{"id":10572,"date":"2017-09-11T09:59:03","date_gmt":"2017-09-11T07:59:03","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-12-et-23-septembre-conjuguer-le-politique-et-le-social\/"},"modified":"2023-06-23T23:25:19","modified_gmt":"2023-06-23T21:25:19","slug":"article-12-et-23-septembre-conjuguer-le-politique-et-le-social","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10572","title":{"rendered":"12 et 23 septembre\u00a0: conjuguer le politique et le social"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Septembre sera marqu\u00e9 par le grand retour de la lutte sociale. Apr\u00e8s la tumultueuse s\u00e9quence \u00e9lectorale, la rue va s\u2019exprimer. Non sans contradictions\u2026\n<\/p>\n<p>Une fois de plus, la rue parisienne grondera les 12 et 23 septembre prochain, le 12 \u00e0 l\u2019appel de syndicats, le 23 \u00e0 celui de la France insoumise. C\u2019est la manifestation du 23 qui provoque des d\u00e9bats souvent vifs. Beaucoup de syndicalistes manifestent leurs r\u00e9ticences, voyant le risque d\u2019une r\u00e9cup\u00e9ration politique. Rien ne va plus entre M\u00e9lenchon et Martinez\u00a0? Les syndicalistes ne veulent pas \u00eatre \u00e0 la remorque d\u2019une formation politique\u00a0?<\/p>\n<p>En fait, il faudrait savoir raison garder. Tout d\u2019abord, le probl\u00e8me n\u2019est pas nouveau. Le 16 octobre 1999, par exemple, le PCF de Robert Hue avait programm\u00e9 une manifestation pour l\u2019emploi. Elle ne fut pas du go\u00fbt des syndicalistes. La CGT ne voulut pas y appeler et, dans l\u2019ensemble, les rencontres officielles entre politiques et syndicalistes rest\u00e8rent polies, mais peu chaleureuses. Il n\u2019est donc pas n\u00e9cessaire, pour comprendre la tension actuelle, d\u2019y voir un nouvel \u00e9pisode des tensions entre le PC et la France insoumise. Le probl\u00e8me est plus ancien et bien plus profond qu\u2019une querelle de pr\u00e9s\u00e9ance.<\/p>\n<h2>Angleterre, Allemagne, France : trois mod\u00e8les<\/h2>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, l\u2019expansion europ\u00e9enne des soci\u00e9t\u00e9s marchandes et capitalistes se traduisit par une s\u00e9paration fonctionnelle des &#8220;instances&#8221; de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00e9conomique, le social, le politique, le religieux, le symbolique se mirent \u00e0 relever d\u2019organisations distinctes. Les associations, les syndicats et l\u2019organisation nouvelle du parti politique se d\u00e9velopp\u00e8rent ainsi de fa\u00e7on autonome.<\/p>\n<p>Or, si les soci\u00e9t\u00e9s modernes fonctionnent de fa\u00e7on complexe et diversifi\u00e9e, elles le font aussi autour de coh\u00e9rences fortes, faites de finalit\u00e9s, de normes et de m\u00e9thodes plus ou moins dominantes. L\u2019efficacit\u00e9 sociale qui diff\u00e9rencie les activit\u00e9s pousse donc en m\u00eame temps \u00e0 les articuler d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. L\u2019Europe connut ainsi, \u00e0 la charni\u00e8re des XIXe et XXe\u00a0si\u00e8cles, trois grands mod\u00e8les de cette articulation. <\/p>\n<p>Le travaillisme anglais fit du syndicat le pivot du mouvement global, le Parti travailliste n\u2019\u00e9tant que le prolongement parlementaire de l\u2019action syndicale. Dans l\u2019Allemagne tr\u00e8s centralis\u00e9e, ce fut au contraire le parti socialiste qui \u00e9tait cens\u00e9 organiser le mouvement, en constituant autour de lui toute une galaxie d\u2019organisations de tous types, associations ou syndicats qui lui \u00e9taient structurellement subordonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Le mouvement ouvrier fran\u00e7ais connut lui un troisi\u00e8me mod\u00e8le, celui du syndicalisme r\u00e9volutionnaire. Pour pr\u00e9server l\u2019autonomie et le dynamisme de la lutte ouvri\u00e8re, le syndicat devait se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019\u00c9tat et donc des partis, y compris socialistes. Le syndicat, autour du projet de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, \u00e9tait en lui-m\u00eame l\u2019expression globale de l\u2019\u00e9mancipation prol\u00e9tarienne. La Charte d\u2019Amiens, en 1906, fut l\u2019expression globale et un peu mythique de ce d\u00e9sir d\u2019ind\u00e9pendance absolue.<\/p>\n<h2>&#8220;Syndicalisme de lutte des classes&#8221; et subordination<\/h2>\n<p>Mais la France est un curieux pays. Elle r\u00eava toujours de sa c\u00e9l\u00e8bre Charte, mais ne cessa en pratique de se tourner vers le mod\u00e8le allemand ou vers le mod\u00e8le anglais. Ruse de l\u2019histoire, au XXe si\u00e8cle le mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate allemand ne s\u2019imposa pas dans l\u2019espace de la social-d\u00e9mocratie, mais\u2026 dans celui du communisme. <\/p>\n<p>Pendant quelques d\u00e9cennies, le communisme fran\u00e7ais fut, bien au-del\u00e0 d\u2019un simple parti politique, une vaste galaxie incluant de l\u2019associatif (les &#8220;organisations de masse&#8221;), du syndicalisme et du culturel. Officiellement, les syndicats dirig\u00e9s par les communistes \u00e9taient ind\u00e9pendants et de fait, ils d\u00e9pass\u00e8rent de tr\u00e8s loin l\u2019espace du communisme stricto sensu. Mais la vie syndicale \u00e9tait discut\u00e9e de fa\u00e7on pr\u00e9cise au Bureau politique et au Comit\u00e9 central\u2026<\/p>\n<p>Inutile aujourd\u2019hui de simplifier cet \u00e9tonnant mod\u00e8le. Il fut incontestablement une source de dynamisme et de coh\u00e9rence, qui permit \u00e0 la symbiose du PC et de la CGT de peser utilement sur les rapports de forces et de modeler l\u2019\u00c9tat-providence \u00e0 la fran\u00e7aise. Mais ces qualit\u00e9s se firent au prix d\u2019une subordination qui co\u00fbta cher \u00e0 ce &#8220;syndicalisme de lutte des classes&#8221; que voulut et sut incarner la CGT.<\/p>\n<p>Depuis quelques d\u00e9cennies, la subordination a \u00e9t\u00e9 \u00e9corn\u00e9e. La ligne syndicale ne fait plus l\u2019objet de discussion au sein des directions politiques et, en sens inverse, la CGT ne relaie plus le point de vue communiste dans les grandes circonstances de la vie politique. Mais, comme pour corriger brusquement et radicalement un d\u00e9faut ant\u00e9rieur, la conqu\u00eate de l\u2019ind\u00e9pendance s\u2019est traduite par une s\u00e9paration. Une sorte de gentlemen&#8217;s agreement s\u2019est alors install\u00e9, le &#8220;social&#8221; apparaissant comme le lieu par excellence du syndicalisme et le &#8220;politique&#8221; comme celui du parti. Chacun chez soi et les cochons seront bien gard\u00e9s\u2026<\/p>\n<h2>D\u00e9saffection du syndicalisme et crise de la &#8220;forme-parti&#8221;<\/h2>\n<p>Le probl\u00e8me est que l\u2019\u00e9volution du capitalisme, sa &#8220;mondialisation&#8221;, sa forme financi\u00e8re dominante et son d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019\u00c9tat-providence appellent, de plus en plus, \u00e0 opposer au d\u00e9sordre de la concurrence, de la gouvernance et des in\u00e9galit\u00e9s une logique plus humaine du partage, de la d\u00e9mocratie et de l\u2019\u00e9galit\u00e9. D\u00e8s lors, l\u2019absence de convergence consciente entre les diff\u00e9rentes facettes de l\u2019action collective appara\u00eet comme un manque \u00e0 gagner. <\/p>\n<p>Ajoutons que le vieillissement des structures existantes touche aujourd\u2019hui le champ tout entier de ce que fut le mouvement ouvrier. La d\u00e9saffection \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syndicalisme est en cela le pendant de la crise de la &#8220;forme-parti&#8221; historique.<\/p>\n<p>Penser que l\u2019on peut, d\u2019un coup de baguette magique, revenir sur la distinction fonctionnelle des pratiques sociales est une illusion, source d\u2019\u00e9normes dangers et\u2026 de d\u00e9sillusions futures. Mais poser la question d\u2019une r\u00e9articulation \u00e9vitant la double impasse de la s\u00e9paration et de la subordination est une n\u00e9cessit\u00e9 historique fondamentale.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision d\u2019appeler \u00e0 une manifestation le 23 septembre heurte des sensibilit\u00e9s syndicalistes\u00a0? Sans aucun doute. Mais il faut alors aussi convenir que la carence d\u2019incitative proprement politique est une source de faiblesse pour le mouvement tout entier. La soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, depuis trop longtemps et en tout cas depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, souffre de ce que le raccord ne s\u2019op\u00e8re pas entre la critique pratique de &#8220;l\u2019ordolib\u00e9ralisme&#8221; et les constructions politiques alternatives.<\/p>\n<h2>Avancer vers une r\u00e9articulation<\/h2>\n<p>Or il ne suffit plus de s\u2019en tenir au partage ancien des t\u00e2ches. R\u00e9server la construction d\u2019alternatives aux seules formations politiques revient, de fait, \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer aux pouvoirs politiques et \u00e0 l\u2019\u00c9tat le soin de r\u00e9guler la soci\u00e9t\u00e9, pour infl\u00e9chir la loi d\u2019airain du capital. On a de solides raisons de penser que cette fa\u00e7on de faire, qui alterne les mobilisations sociales, les alternances politiques\u2026 et les d\u00e9sillusions populaires n\u2019est plus de mise aujourd\u2019hui. Il faut donc bien que, dans le processus de construction de l\u2019alternative, dans la formalisation des projets globaux de soci\u00e9t\u00e9, dans la mobilisation continue pour exprimer, imposer, contr\u00f4ler et \u00e9valuer, les formations politiques sp\u00e9cialis\u00e9es ne soient pas seules \u00e0 la man\u0153uvre. <\/p>\n<p>La m\u00e9thode retenue par M\u00e9lenchon et la France insoumise n\u2019est pas la meilleure\u00a0? Peut-\u00eatre. Mais l\u2019absence d\u2019initiative faisant converger le social et le politique n\u2019est-elle pas plus p\u00e9nalisante encore pour tout le mouvement\u00a0? Le plus sage est sans doute de s\u2019en tenir \u00e0 une position coh\u00e9rente, autour de deux affirmations ins\u00e9parables.<\/p>\n<p>Il faut tout d\u2019abord consid\u00e9rer que la succession des deux manifestations est une chance pour rassembler les cat\u00e9gories populaires, dans le refus comme dans la proposition alternative. Chacune de ces mobilisations se fera avec sa dominante, plus &#8220;sociale&#8221; ou plus &#8220;politique&#8221;. Mieux vaut toutefois consid\u00e9rer que toutes deux s\u2019inscrivent dans la m\u00eame fibre critique et constructive.<\/p>\n<p>Il reste, \u00e0 l\u2019avenir, \u00e0 avancer plus ouvertement vers ce qui se cherche sans se trouver\u00a0: une r\u00e9articulation qui permette \u00e0 chacun, dans le respect de sa fonction et de ses missions, \u00e0 reconstruire de l\u2019esp\u00e9rance, \u00e0 la fois sociale et politique. D\u2019une certaine fa\u00e7on, la victoire de Macron \u00e9tait dans la continuit\u00e9 totale du &#8220;TINA&#8221; (&#8220;Il n\u2019y a pas d\u2019alternative&#8221;) de Margaret Thatcher. Si l\u2019on veut mettre fin \u00e0 &#8220;l\u2019alternance&#8221; ravageuse de la droite et d\u2019une certaine gauche au pouvoir, cette reconstruction d\u2019espoir, et donc cette r\u00e9articulation d\u2019un mouvement par nature composite sont des enjeux fondamentaux.<\/p>\n<p>Si l\u2019on veut faire des cat\u00e9gories populaires qui se l\u00e8vent, non pas seulement une multitude mais un peuple acteur, rien ne serait pire que d\u2019opposer le 12 et le 23 septembre, quand il faut tout faire pour les conjuguer.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10572 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/rentree-septembre-b3f.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/rentree-septembre-b3f-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"rentree-septembre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Septembre sera marqu\u00e9 par le grand retour de la lutte sociale. 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