{"id":10565,"date":"2017-08-14T23:17:44","date_gmt":"2017-08-14T21:17:44","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-ecrire-la-premiere-fois\/"},"modified":"2023-06-23T23:25:18","modified_gmt":"2023-06-23T21:25:18","slug":"article-ecrire-la-premiere-fois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10565","title":{"rendered":"\u00c9crire la premi\u00e8re fois"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dans <em>M\u00e9moire de fille<\/em>, Annie Ernaux revient sur cet \u00e9t\u00e9 1958 durant lequel elle connut sa premi\u00e8re nuit avec un homme, et relate ce que cela co\u00fbta \u00e0 la jeune fille de ces ann\u00e9es-l\u00e0. Rencontre avec celle qui a repouss\u00e9 les limites de l&#8217;\u00e9criture et du dicible.<\/p>\n<p><em>Extrait du num\u00e9ro d&#8217;\u00e9t\u00e9 2016 de<\/em> Regards<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>C\u2019est dans les bureaux de Gallimard, transform\u00e9s en salons \u00e9l\u00e9gants, que l\u2019on a rendez-vous avec Annie Ernaux. En retard. Un incident sur la ligne 4, croyait- on. Mais non, elle le con rme : il s\u2019agit bien d\u2019une gr\u00e8ve des transports, m\u00eame larv\u00e9e. Ce dont, bien entendu, elle se r\u00e9jouit. Celle qui sout\u00eent avec Pierre Bourdieu les gr\u00e8ves de 95 n\u2019a rien perdu de son sens de la r\u00e9volte.<\/p>\n<p>Elle est un peu lass\u00e9e toutefois, aujourd\u2019hui\u00a0: non du monde tel qu\u2019il va, mais voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 quelques semaines qu\u2019elle se soumet aux lois de la promotion. <em>M\u00e9moire de fille<\/em> conna\u00eet un succ\u00e8s retentissant, tout le monde veut la rencontrer. Elle craint surtout de le diluer, de se r\u00e9p\u00e9ter dans ces entretiens. De d\u00e9voiler ce livre qui, <em>\u00ab\u00a0comme aucun autre auparavant\u00a0\u00bb<\/em>, semble compter \u00e0 ses yeux. Cela tombe bien, puisqu\u2019au fond l\u2019on avait surtout envie de l\u2019interroger sur la fabrique de ce livre, sa forme tout \u00e0 fait in\u00e9dite. Et sur le travail d\u2019\u00e9criture \u2013 parfois <em>\u00ab\u00a0douloureux\u00a0\u00bb<\/em>, confie-t-elle \u2013, dont elle assure qu\u2019il fut rarement aussi \u00e9prouvant. Et pourtant, tout au long de l\u2019entretien, on retrouvera, en d\u00e9pit de la lassitude et de la fatigue \u2013 <em>\u00ab\u00a0je me maintiens\u00a0\u00bb<\/em> dit-elle dans un grand sourire \u2013 une Annie Ernaux rayonnante, \u00e9blouissante. \u00c9panouie comme si elle avait renou\u00e9 avec la libert\u00e9 et l\u2019insolence de cette jeune fille qu\u2019elle f\u00fbt, un \u00e9t\u00e9 1958.<\/p>\n<h2>L\u2019exp\u00e9rience d\u2019un \u00ab intime collectif \u00bb<\/h2>\n<p>On l\u2019interroge tout d\u2019abord sur le titre du r\u00e9cit, M\u00e9moire de fille. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est bien s\u00fbr une allusion, un hommage \u00e0 Simone de Beauvoir et ses M\u00e9moires d\u2019une jeune fille rang\u00e9e\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Tout faux\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019exclame-t-elle dans un rire o\u00f9 se m\u00ealent la jeune fille et la professeure de lettres qu\u2019elle f\u00fbt aussi. Car s\u2019il en va dans ce r\u00e9cit de la m\u00e9moire, il ne consiste pas en m\u00e9moires personnelles \u2013 comme chez Beauvoir justement, explique-t-elle. Il s\u2019agit moins de consigner un r\u00e9cit personnel que l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un <em>\u00ab\u00a0intime collectif\u00a0\u00bb<\/em>. L\u2019exp\u00e9rience, pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 la fois singulier et impersonnel\u00a0: la <em>\u00ab\u00a0premi\u00e8re nuit\u00a0\u00bb<\/em> d\u2019une jeune fille avec un homme. Cela arrive \u00e0 toute jeune fille, mais ce qui lui arrive est et restera toujours singulier <em>\u00ab\u00a0au point d\u2019engager intimement toute la personnalit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>C\u2019est pour cela que, dans le r\u00e9cit de cet \u00e9v\u00e9nement, elle dit avoir eu besoin de dire <em>\u00ab\u00a0elle\u00a0\u00bb<\/em> plut\u00f4t que <em>\u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb<\/em>. Un <em>\u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb<\/em> qui, pour la premi\u00e8re fois, lui est apparu comme une <em>\u00ab\u00a0position fausse\u00a0\u00bb<\/em>. Car enfin que sommes-nous, affirme-t-elle, sinon une collection d\u2019exp\u00e9riences disparates, dont ne saurait rendre compte <em>\u00ab\u00a0l\u2019illusion autobiographique\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0? L\u2019exp\u00e9rience fondatrice de ce <em>\u00ab\u00a0moi d\u2019autrefois\u00a0\u00bb<\/em>, de cette jeune fille \u2013 <em>\u00ab\u00a0la fille de 58\u00a0\u00bb<\/em> comme elle le r\u00e9p\u00e9tera tout au long de l\u2019entretien \u2013 ce n\u2019est qu\u2019au terme du travail d\u2019\u00e9criture et de m\u00e9moire qu\u2019elle aura pu, en d\u00e9finitive, se la r\u00e9approprier. Qu\u2019elle aura enfin pu \u00e9crire\u00a0: <em>\u00ab\u00a0elle est moi, je suis elle\u00a0\u00bb<\/em>. Ce qui s\u00e9parait jusqu\u2019alors la jeune fille de l\u2019\u00e9crivaine, c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience de la <em>\u00ab\u00a0honte\u00a0\u00bb<\/em>. La honte de cette premi\u00e8re nuit, de ce moment si singulier qui l\u2019aura comme dissoci\u00e9 d\u2019elle-m\u00eame. <\/p>\n<p>Pour la surmonter, il lui aura fallu toutes ces ann\u00e9es et, en fait, cet <em>incipit<\/em>, ces \u00e9tranges paragraphes qui ouvrent le d\u00e9but du texte, au caract\u00e8re formel et programmatique. <em>\u00ab\u00a0Programmatique\u00a0\u00bb<\/em>, elle reprend le mot \u00e0 la vol\u00e9e. Car ces \u00e9tranges paragraphes ont surgi sous sa plume un apr\u00e8s-midi, <em>\u00ab\u00a0comme de nulle part\u00a0\u00bb<\/em>. Comme une injonction \u00e0 soi-m\u00eame et \u00e0 d\u2019autres \u2013 elle s\u2019y adresse aussi de mani\u00e8re impersonnelle \u00e0 <em>\u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb<\/em>, le lecteur \u2013 de se souvenir, d\u2019\u00e9crire cette premi\u00e8re nuit de sexe. Et pourtant, si le texte conserve un caract\u00e8re impersonnel, asexu\u00e9, il garde une trace sp\u00e9cifique de la f\u00e9minit\u00e9, o\u00f9 l\u2019on per\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la honte et de la douleur : le d\u00e9tail, la mention d\u2019une <em>\u00ab\u00a0culotte souill\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>Le temps qui r\u00e9siste<\/h2>\n<p>On lui sugg\u00e8re qu\u2019il s\u2019agit de son texte le plus pongien. Ponge invitait l\u2019\u00e9crivain \u00e0 rechercher, pour chaque texte, pour chaque objet, une <em>\u00ab\u00a0rh\u00e9torique\u00a0\u00bb<\/em> originale, qui laisse parler <em>\u00ab\u00a0la minorit\u00e9 de soi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/em>. Elle acquiesce. Rh\u00e9torique, forme, peu importe le mot. L\u2019essentiel est que pour ce texte-l\u00e0, <em>\u00ab\u00a0et celui-l\u00e0 seulement\u00a0\u00bb<\/em>, insiste-t-elle, il lui aura fallu traverser la <em>\u00ab\u00a0douleur de la forme\u00a0\u00bb<\/em>. Jusque-l\u00e0, au fond, avoue-t-elle, \u00e9crire se confondait avec un certain plaisir. Cette fois, elle consid\u00e8re avoir repouss\u00e9 les <em>\u00ab\u00a0limites de l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb<\/em>, et croit pouvoir affirmer, <em>\u00ab\u00a0esp\u00e8re m\u00eame\u00a0\u00bb<\/em> qu\u2019un livre ne lui redemandera jamais autant de travail. Un travail non seulement d\u2019\u00e9criture, mais sur soi aussi, pour <em>\u00ab\u00a0d\u00e9sincarc\u00e9rer\u00a0la fille de 58\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Car c\u2019est cela l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0de la premi\u00e8re nuit avec un homme, brutal, indiff\u00e9rent: l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00a0<em>\u00ab\u00a0effarement du r\u00e9el\u00a0\u00bb<\/em> (ce mot  \u2013 l\u2019effarement \u2013  que, rappelle-t-elle, elle avait d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9 dans L\u2019\u00c9v\u00e9nement, le r\u00e9cit d\u2019un avortement). Cette premi\u00e8re nuit de sexe, qui aura constitu\u00e9 comme une effraction du dehors, au plus profond de son intimit\u00e9, l\u2019aura aussi comme enferm\u00e9 en elle-m\u00eame. Laiss\u00e9e effar\u00e9e, devant <em>\u00ab\u00a0l\u2019inimaginable\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0l\u2019impensable\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 qu\u2019elle aura pourtant d\u00e9sir\u00e9 de toutes ses forces, au point de ne plus savoir, encore aujourd\u2019hui, d\u00e9m\u00ealer le <em>\u00ab\u00a0consentement\u00a0\u00bb<\/em> de la <em>\u00ab\u00a0soumission\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0C\u2019est le propre de l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb<\/em> dit-elle, que l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un <em>\u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0-l\u00e0\u00a0\u00bb<\/em>, d\u2019un <em>\u00ab\u00a0retard\u00a0\u00bb<\/em> de la conscience sur ce qui lui arrive. Si bien que ces quelques heures de sexe \u2013 parfois <em>\u00ab\u00a0vingt minutes\u00a0\u00bb<\/em> \u00e0 peine, fait-elle remarquer en riant \u2013 restent comme inscrites dans un autre temps, un temps h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et irr\u00e9ductible au <em>\u00ab\u00a0temps des ann\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em> qui constituait d\u2019ordinaire le cadre de son travail. Un temps qui, par cons\u00e9quent, r\u00e9siste \u00e0 toute explication sociologique ou psychanalytique, et r\u00e9clame un effort d\u2019\u00e9criture et de restitution sp\u00e9cifiques. Et c\u2019est ici-m\u00eame, nous dit-elle, que l\u2019on rentre au plus profond de <em>\u00ab\u00a0l\u2019entreprise\u00a0\u00bb<\/em> litt\u00e9raire. Il faut <em>\u00ab\u00a0faire table rase\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0suspendre\u00a0\u00bb<\/em> tout ce qu\u2019on croyait d\u00e9j\u00e0 savoir. Et il y a l\u00e0 une forme d\u2019<em>\u00ab\u00a0asc\u00e8se\u00a0\u00bb<\/em>, insiste-elle. Seul le travail litt\u00e9raire peut donner forme, en l\u2019inventant, \u00e0 ce qu\u2019il y a d\u2019in\u00e9dit, de proprement <em>\u00ab\u00a0d\u00e9concertant\u00a0\u00bb<\/em> dans la violence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<h2>La m\u00e9moire du corps<\/h2>\n<p>Car bien s\u00fbr, \u00e9crire, c\u2019est aussi se redonner un pouvoir, une ma\u00eetrise sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Et notamment le pouvoir de dater, d\u00e9chiffrer 58. Au point que <em>\u00ab\u00a058\u00a0\u00bb<\/em> sera rest\u00e9, dans son journal intime, le <em>\u00ab\u00a0chiffre\u00a0\u00bb<\/em> d\u2019un temps et d\u2019un lieu dont longtemps, elle ne sera pas parvenue \u00e0 \u00e9lucider le sens. Et si, pour Annie Ernaux, l\u2019ann\u00e9e 59 (l\u2019ann\u00e9e de la perte des r\u00e8gles, de la boulimie), reste sous la d\u00e9pendance de l\u2019ann\u00e9e 58 (l\u2019ann\u00e9e de la premi\u00e8re fois, et de la honte sexuelle), c\u2019est <em>\u00ab\u00a0dans l\u2019ordre des \u00e9v\u00e9nements, et non des ann\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em>. C\u2019est un bloc d\u2019\u00e9v\u00e9nements, un bloc affectif qu\u2019il lui aura fallu d\u00e9crire, non une suite chronologique. C\u2019est dans les effets sur son corps, <em>\u00ab\u00a0marqu\u00e9e dans sa chair\u00a0\u00bb<\/em>, qu\u2019elle d\u00e9couvrira la r\u00e9alit\u00e9 de ce qu\u2019elle avait v\u00e9cu cette premi\u00e8re nuit.<\/p>\n<p>Tout se passait donc comme si l\u2019ann\u00e9e 58, et la jeune fille de 58, \u00e9taient rest\u00e9es enferm\u00e9es en elles-m\u00eames. Comme si cette ann\u00e9e et ce lieu (la colonie de vacances de l\u2019Orne o\u00f9 advint cette nuit et celles qui suivirent), \u00e9taient devenus des <em>\u00ab\u00a0mythes\u00a0\u00bb<\/em> de l\u2019internement. D\u2019ailleurs, confie-t-elle, le titre fut d\u2019abord <em>La Colonie<\/em>. Un titre qu\u2019il faut rapprocher de Kafka ou Genet, et de leurs descriptions d\u2019institutions totales, o\u00f9 les individus d\u00e9viants sont broy\u00e9s sous le regard des autres.<\/p>\n<p>On imagine mal aujourd\u2019hui, ajoute-t-elle, combien la sexualit\u00e9 d\u2019une jeune fille pouvait encore faire l\u2019objet d\u2019une surveillance, d\u2019un contr\u00f4le exacerb\u00e9s. C\u2019est m\u00eame pourquoi le travail de m\u00e9moire s\u2019est confondu, dans ce livre, avec ce qu\u2019elle appelle un travail d\u2019\u00a0<em>\u00ab\u00a0historicisation\u00a0\u00bb<\/em>. Il s\u2019agissait moins de <em>\u00ab\u00a0faire revivre\u00a0\u00bb<\/em> cette jeune fille, que de la saisir dans son <em>\u00ab\u00a0historicit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, celle d\u2019une jeune fille libre, insouciante, en butte \u00e0 une histoire des femmes qui n\u2019avait pas encore connu 68. <\/p>\n<p>On s\u2019amuse \u00e0 relier le geste symbolique qui marque son d\u00e9sir de libert\u00e9 \u2013 d\u00e9faire son chignon, d\u00e9livrer ses cheveux \u2013 au <em>coming-out<\/em> dans la vie gay d\u2019avant Stonewall. D\u00e9faire son chignon voulait dire participer, pour la premi\u00e8re fois, aux grands bals travestis du New York des ann\u00e9es 20. <em>\u00ab\u00a0Ah ouais\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: elle rit, heureuse d\u2019avoir inconsciemment retrouv\u00e9 la symbolique d\u2019un geste qui perdure par-del\u00e0 les \u00e2ges, les genres et les sexualit\u00e9s. Heureuse, aussi, que ce livre si singulier se pr\u00eate \u00e0 des formes d\u2019identifications, en d\u00e9pit d\u2019un lexique corporel (le sang, les ovaires, les r\u00e8gles) qui, comme rarement, permet au lecteur de p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019intimit\u00e9 des femmes. Et d\u2019en mieux comprendre l\u2019exp\u00e9rience singuli\u00e8re, la face cach\u00e9e et organique. C\u2019est que, r\u00e9pond-t-elle, dans ce livre plus qu\u2019un autre, <em>\u00ab\u00a0tout arrive par le corps, et reste dans le corps\u00a0\u00bb<\/em>. Et d\u2019abord la culpabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Pourtant, ce travail d\u2019\u00e9criture lui aura \u00e9galement permis de se r\u00e9concilier avec l\u2019orgueil, l\u2019\u00a0<em>\u00ab\u00a0intr\u00e9pidit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> sexuelle de cette jeune fille qu\u2019elle fut aussi. Sa face solaire, insolente, affirmative. Alors bien s\u00fbr, longtemps, la honte de cette intr\u00e9pidit\u00e9 l\u2019aura hant\u00e9e, lui aura m\u00eame impos\u00e9 une forme de silence et d\u2019oubli. Mais c\u2019est aussi cette <em>\u00ab\u00a0intr\u00e9pidit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, dit-elle, qui est toujours pr\u00e9sente dans sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire, sa volont\u00e9 de repousser les limites du dicible. Comme si la jeune fille de 58 s\u2019\u00e9tait finalement surv\u00e9cue dans la litt\u00e9rature, la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre un \u00e9crivain qui dit tout. <\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/regards-le-numero-d-ete-10555\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-25217\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/pres-43-00-une-home-460-2-283.jpg\" alt=\"pres-43-00-une-home-460-2.jpg\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"326\" \/><\/a><br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10565 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/pres-43-00-une-home-460-2-f1a.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/pres-43-00-une-home-460-2-f1a-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"pres-43-00-une-home-460-2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/ernaux-livre-bf0.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/ernaux-livre-bf0-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"ernaux-livre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans <em>M\u00e9moire de fille<\/em>, Annie Ernaux revient sur cet \u00e9t\u00e9 1958 durant lequel elle connut sa premi\u00e8re nuit avec un homme, et relate ce que cela co\u00fbta \u00e0 la jeune fille de ces ann\u00e9es-l\u00e0. Rencontre avec celle qui a repouss\u00e9 les limites de l&#8217;\u00e9criture et du dicible.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":25217,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[306,353],"class_list":["post-10565","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-feminisme","tag-litterature"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10565","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10565"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10565\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/25217"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10565"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10565"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10565"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}