{"id":10564,"date":"2017-08-09T20:58:47","date_gmt":"2017-08-09T18:58:47","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-venezuela-une-crise-capitale-pour-la-gauche-latino-americaine\/"},"modified":"2023-06-23T23:25:18","modified_gmt":"2023-06-23T21:25:18","slug":"article-venezuela-une-crise-capitale-pour-la-gauche-latino-americaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10564","title":{"rendered":"Venezuela : une crise capitale pour la gauche latino-am\u00e9ricaine"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Universitaires au Chili, les auteurs de ce texte analysent la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne dans toute sa complexit\u00e9 et ses contradictions, pour \u00ab\u00a0encourager un d\u00e9bat critique et r\u00e9fl\u00e9chi \u00bb sur celle-ci.<\/p>\n<p>Texte initialement publi\u00e9 <a href=\"http:\/\/alencontre.org\/ameriques\/amelat\/venezuela\/venezuela-une-crise-dune-importance-capitale-pour-la-gauche-latino-americaine.html\">sur alencontre.org<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>Il est douloureux d\u2019\u00e9crire sur le Venezuela. En partie parce que cela implique rendre compte du drame d\u2019un peuple qui, pour la premi\u00e8re fois, commen\u00e7ait \u00e0 participer \u00e0 la redistribution de ses ressources. Mais \u00e9galement parce que cela implique d\u2019aborder le d\u00e9clin d\u2019un processus politique qui a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9f\u00e9rence pour la gauche latino-am\u00e9ricaine pendant les derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>C\u2019est la raison pour laquelle il est fondamental d\u2019encourager un d\u00e9bat critique et r\u00e9fl\u00e9chi sur la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. Cela n\u2019implique pas qu\u2019il faille se soumettre \u00e0 l\u2019opportunisme de la droite, qui, sous une fa\u00e7ade d\u00e9mocratique, r\u00e9duit tout d\u00e9bat \u00e0 la question de savoir si oui ou non le r\u00e9gime v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien est une dictature, alors que ses intentions vont dans le sens de r\u00e9installer un mod\u00e8le aussi socialement et politiquement excluant que celui de type n\u00e9olib\u00e9ral. Mais il ne serait pas non plus responsable d\u2019\u00e9viter le d\u00e9bat comme le fait la majorit\u00e9 des penseurs critiques, qui pr\u00f4nent une sorte de solidarit\u00e9 inconditionnelle avec le processus, au point de se montrer apathiques face \u00e0 la trag\u00e9die que vit le peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien.<\/p>\n<p>Notre int\u00e9r\u00eat pour un d\u00e9bat sur la grave crise que traverse la soci\u00e9t\u00e9 v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne, sur les r\u00e9ussites et les erreurs du chavisme tient \u00e0 l\u2019importance de ce qui est en jeu au Venezuela, non seulement pour l\u2019avenir de ce pays et de toute l\u2019Am\u00e9rique latine, mais \u00e9galement pour la construction de projets radicalement d\u00e9mocratiques, alternatifs \u00e0 ceux de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste.<\/p>\n<p><strong><em>1. La crise du puntofijismo<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Entre 1958 et 1993, l\u2019ordre politique v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien a repos\u00e9 sur le Pacte de Punto Fijo [1]. Fondamentalement cela signifiait que les deux principaux partis politiques, Accion Democratica (AD) et Comit\u00e9 de Organizacion Politica Electoral Independiente (COPEI), d\u2019orientation respectivement social-d\u00e9mocrate et chr\u00e9tienne-sociale, se sont mis d\u2019accord sur le fait que, ind\u00e9pendamment de qui gagnerait les \u00e9lections, ils mettraient en place des gouvernements d\u2019unit\u00e9 nationale sur la base d\u2019un programme minimum et sur la r\u00e9partition entre eux des institutions \u00e9tatiques. Cet accord a entra\u00een\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab m\u00e9ritocrate \u00bb form\u00e9e de groupes d\u2019entreprises, de bureaucraties \u00e9tatiques et des ouvriers du p\u00e9trole, tout cela autour de la distribution de la rente g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019\u00ab Etat dans l\u2019Etat \u00bb que constituait Petroleos de Venezuela SA (PDVSA). Mais cette \u00ab m\u00e9ritocratie puntofijista \u00bb excluait une proportion consid\u00e9rable de travailleurs ainsi que les paysans et des groupes marginaux.<\/p>\n<p>A la fin des ann\u00e9es 1970, il y a eu une longue crise \u00e9conomique et politique. Le d\u00e9clin de la rente p\u00e9troli\u00e8re a r\u00e9duit la capacit\u00e9 de l\u2019Etat \u00e0 r\u00e9pondre aux demandes des forces faisant partie du Pacte. De leur c\u00f4t\u00e9, AD et COPEI sont de plus en plus devenus des machines \u00e9lectorales client\u00e9listes et corrompues et se sont \u00e9loign\u00e9s des bases qui les avaient soutenus sur le plan politique [2]. Au cours du deuxi\u00e8me gouvernement de Carlos Andr\u00e9s P\u00e9rez, partisan de l\u2019AD (1989-1993), des politiques radicales d\u2019ajustement structurel ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre appliqu\u00e9es, ce qui a entra\u00een\u00e9, en f\u00e9vrier et en mars 1989, des protestations populaires massives connues sous le nom de \u00ab Caracazo \u00bb. La violente r\u00e9pression de ces protestations a provoqu\u00e9 des centaines de morts et des milliers de disparus.<\/p>\n<p>La bureaucratie puntofijista s\u2019opposait \u00e0 des r\u00e9formes, car leur application aurait entra\u00een\u00e9 leur mutation et la r\u00e9duction des pr\u00e9bendes vers\u00e9es aux client\u00e8les, ce qui aurait d\u00e9stabilis\u00e9 le d\u00e9licat \u00e9quilibre au sein de l\u2019alliance bourgeoise dominante. Des changements furent effectu\u00e9s, mais ils ne purent stopper la crise \u00e9conomique et politique. En 1993, le puntofijismo a destitu\u00e9 Carlos Andr\u00e9s P\u00e9rez [qui occupa le poste de vice-pr\u00e9sident de l\u2019Internationale social-d\u00e9mocrate et \u00e9tait tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 Felipe Gonzalez], accus\u00e9 de corruption, et c\u2019est ainsi que, pour la premi\u00e8re fois depuis 1958, un candidat non issu du Pacte a pu s\u2019imposer lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>L\u2019ex-partisan de COPEI, Rafael Caldera [il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident entre 1969 et 1974 ; apr\u00e8s un \u00e9chec il est r\u00e9\u00e9lu en 1998], a cr\u00e9\u00e9 un nouveau parti chr\u00e9tien-social et, en s\u2019alliant avec des organisations de gauche, il a gagn\u00e9 les \u00e9lections sur un programme anti-n\u00e9olib\u00e9ral. Cependant, apr\u00e8s avoir \u00e9vit\u00e9 la pire crise financi\u00e8re de l\u2019histoire du pays [en 1994], Caldera a n\u00e9goci\u00e9 avec le FMI et a impuls\u00e9 l\u2019Agenda Venezuela. Celui-ci pr\u00e9voyait l\u2019application de mesures mon\u00e9taristes orthodoxes, une r\u00e9duction drastique des prestations sociales aux travailleurs et le lancement de politiques d\u2019ouverture et d\u2019internationalisation de l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re. Cet ensemble de mesures a suscit\u00e9 de nouvelles protestations.<\/p>\n<p>Hugo Chavez a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s avoir pass\u00e9 deux ans en prison pour son r\u00f4le dans le coup d\u2019Etat manqu\u00e9 de 1992. Une tentative de coup d\u2019Etat qui a fait de lui une r\u00e9f\u00e9rence politique \u00e0 \u00e9chelle nationale. Avec le soutien de militaires, d\u2019intellectuels et de militants de gauche, il se lance dans une forte activit\u00e9 politique. C\u2019est dans ce contexte d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment divis\u00e9e, dont le syst\u00e8me politique \u00e9tait totalement d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9 et les conditions de vie de la population se d\u00e9gradaient de plus en plus, que Chavez a fond\u00e9 en 1997 le Movimiento Quinta Republica (MVR). L\u2019ann\u00e9e suivante il s\u2019est impos\u00e9 aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles en mettant en avant un projet qui exprimait cet \u00e9norme malaise social en lui donnant une orientation et un espoir.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la transformation n\u00e9olib\u00e9rale avait entra\u00een\u00e9 l\u2019effondrement d\u2019un syst\u00e8me politique corrompu qui \u00e9tait en place depuis l\u2019accord de Punto Fijo. C\u2019est ce contexte de vide politique qui explique en partie la vertigineuse ascension de Chavez. Apr\u00e8s quinze ans de ce gouvernement, le chavisme va inverser plusieurs des r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales en appliquant une redistribution radicale de la rente p\u00e9troli\u00e8re. Cela permettra le d\u00e9veloppement de nouvelles client\u00e8les \u00e0 un Etat qui soutient un projet national et populaire mais qui ne cesse pas pour autant d\u2019\u00eatre capitaliste [3].<\/p>\n<p><strong><em>2. L\u2019ascension et le d\u00e9veloppement du chavisme (1999-2013)<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le projet initial de Chavez n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 des orientations du populisme latino-am\u00e9ricain : un discours anti-imp\u00e9rialiste, la r\u00e9cup\u00e9ration de la souverainet\u00e9 nationale, la centralit\u00e9 de l\u2019Etat, un chef de file militaire, des styles de pouvoir politique autoritaires et d\u2019importants programmes de redistribution de la richesse [4]. Lors de son premier mandat, le gouvernement de Chavez a mis la priorit\u00e9 sur la convocation d\u2019une Assembl\u00e9e constituante pour la cr\u00e9ation de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique. Avec une large majorit\u00e9 chaviste, la nouvelle Constitution r\u00e9affirme le caract\u00e8re capitaliste de l\u2019\u00e9conomie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne avec un Etat fort, qui se r\u00e9serve l\u2019activit\u00e9 p\u00e9troli\u00e8re et les autres industries d\u2019int\u00e9r\u00eat publique ou strat\u00e9gique. Sur le plan politique, il incorpore divers m\u00e9canismes participatifs en vue d\u2019approfondir la d\u00e9mocratie [avant tout \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale] ; ainsi les droits populaires sont significativement \u00e9largis sur les plans \u00e9conomique, social et culturel.<\/p>\n<p>Etant donn\u00e9 l\u2019extr\u00eame d\u00e9pendance de toute l\u2019\u00e9conomie \u2013 et de l\u2019Etat v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien \u2013 par rapport \u00e0 la rente p\u00e9troli\u00e8re, le chavisme commence par inverser certaines des mesures politiques n\u00e9olib\u00e9rales des ann\u00e9es 1990 [5]. Cela le conduit \u00e0 s\u2019affronter directement avec la PDVSA [Petr\u00f3leos de Venezuela SA, compagnie p\u00e9troli\u00e8re dont le capital appartient pour l\u2019essentiel \u00e0 l\u2019Etat], qui, depuis des ann\u00e9es, donnait priorit\u00e9 \u00e0 la rentabilit\u00e9 au d\u00e9triment de l\u2019int\u00e9r\u00eat national [tout en distribuant de mani\u00e8re socialement s\u00e9lective une grande partie de la rente p\u00e9troli\u00e8re]. Chavez a restructur\u00e9 la politique fiscale de la PDVSA, augment\u00e9 sa contribution directe \u00e0 l\u2019Etat et a mis un terme au processus d\u2019ouverture \u00e0 des capitaux multinationaux initi\u00e9 au cours de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente. Le gouvernement chaviste a \u00e9galement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 l\u2019initiative au sein de l\u2019OPEP, afin de contr\u00f4ler les niveaux de production \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale et ainsi stabiliser ou augmenter les prix du baril. En particulier, la politique de \u00ab contr\u00f4le des prix \u00bb convenue avec des pays comme l\u2019Irak [de Saddam Hussein] et la Libye [de Mouammar Khadafi] provoque des confrontations entre Chavez et les Etats-Unis.<\/p>\n<p>Deux lois pass\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque par le gouvernement chaviste ont particuli\u00e8rement suscit\u00e9 l\u2019opposition du patronat : d\u2019abord, celle relative \u00e0 la terre et au d\u00e9veloppement agraire et, ensuite, celle concernant les hydrocarbures. La premi\u00e8re de ces lois a \u00e9t\u00e9 une tentative tardive de r\u00e9forme agraire pour limiter le pouvoir des latifundistes et donner une certaine s\u00e9curit\u00e9 agroalimentaire aux paysans [mais sans appui technique, entre autres]. La deuxi\u00e8me permettait de r\u00e9cup\u00e9rer le contr\u00f4le politique et \u00e9conomique sur la PDVSA. Les deux lois ont \u00e9t\u00e9 catalogu\u00e9es par le patronat et par l\u2019opposition politique comme \u00e9tant un attentat contre la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Pendant son deuxi\u00e8me mandat (2001-2007), Chavez a entam\u00e9 l\u2019affrontement avec une opposition qui \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 utiliser tous les moyens pour renverser le gouvernement. Cette opposition regroupait des secteurs militaires, des patrons, des partis puntofijistes, la \u00ab m\u00e9ritocratie \u00bb de la PDVSA et presque tous les m\u00e9dias, sans compter le soutien du gouvernement \u00e9tats-unien. En avril 2002, elle a d\u00e9clench\u00e9 un coup d\u2019Etat, mais une mobilisation populaire combative, appuy\u00e9e par un secteur cl\u00e9 des militaires, oblige finalement les putschistes \u00e0 restituer la pr\u00e9sidence \u00e0 Chavez. C\u2019est \u00e0 la fin de cette m\u00eame ann\u00e9e qu\u2019une gr\u00e8ve p\u00e9troli\u00e8re patronale a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e [6].<\/p>\n<p>Une fois de plus, la r\u00e9sistance populaire \u00e9tait en faveur du chavisme, ce qui a permis de faire reculer le sabotage de l\u2019opposition. Apr\u00e8s avoir surmont\u00e9 ces deux assauts et malgr\u00e9 les dommages qu\u2019ils ont entra\u00een\u00e9s sur le plan \u00e9conomique et la drastique r\u00e9duction des revenus fiscaux, Chavez en est sorti renforc\u00e9. Il s\u2019est produit un changement dans le rapport des forces qui a permis de d\u00e9sarticuler l\u2019opposition d\u2019un secteur militaire et les bureaucraties p\u00e9troli\u00e8res, mais en \u00e9change d\u2019un nouveau pacte avec les groupes populaires dont d\u00e9pendait la survie du r\u00e9gime. M\u00eame s\u2019ils avaient d\u00e9j\u00e0 vot\u00e9 pour Chavez, c\u2019est la chaleur du conflit qui les fait sentir que ce gouvernement \u00e9tait \u00ab le leur \u00bb [7].<\/p>\n<p>Au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es du chavisme, la crise budg\u00e9taire, la priorit\u00e9 constitutionnelle et la d\u00e9stabilisation provoqu\u00e9e par l\u2019opposition ont emp\u00each\u00e9 une am\u00e9lioration des conditions de vie des secteurs populaires. Mais \u00e9tant donn\u00e9, d\u2019une part, la centralit\u00e9 des secteurs populaires pour la continuit\u00e9 du processus et, d\u2019autre part, l\u2019imminence d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum r\u00e9vocatoire convoqu\u00e9 par l\u2019opposition, l\u2019administration chaviste a mis toute son \u00e9nergie \u00e0 d\u00e9velopper une nouvelle politique sociale. Au moyen de ce qu\u2019on a appel\u00e9 les \u00ab Missions \u00bb [initiatives concernant la sant\u00e9 et l\u2019\u00e9ducation dans les quartiers paup\u00e9ris\u00e9s, s\u2019appuyant fortement sur une aide de Cuba compens\u00e9e par des livraisons p\u00e9troli\u00e8res et des cr\u00e9dits], elle a appliqu\u00e9 un programme de d\u00e9mocratisation de la rente p\u00e9troli\u00e8re qui a permis d\u2019am\u00e9liorer de mani\u00e8re significative les revenus, la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation, les communications et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la culture du peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien [8]. En contraste avec les politiques qui ont pr\u00e9valu dans une bonne partie de l\u2019Am\u00e9rique latine, les d\u00e9penses sociales ont \u00e9t\u00e9 concentr\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 diminuer les in\u00e9galit\u00e9s, devenant une composante fondamentale des d\u00e9penses publiques. En r\u00e9sum\u00e9, pendant cette p\u00e9riode le chavisme a construit un relatif tissu productif et social ainsi qu\u2019une nouvelle institutionnalit\u00e9.<\/p>\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 de la nouvelle politique sociale s\u2019est exprim\u00e9e clairement lors du r\u00e9f\u00e9rendum r\u00e9vocatoire de 2004, o\u00f9 Chavez s\u2019est impos\u00e9 avec 59% des votes. De m\u00eame, lors des \u00e9lections des gouverneurs des d\u00e9partements [structure f\u00e9d\u00e9rale] la m\u00eame ann\u00e9e, il n\u2019en a perdu que 2 sur les 23 Etats. L\u2019ann\u00e9e suivante, devant la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre balay\u00e9e de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, l\u2019opposition s\u2019est retir\u00e9e des \u00e9lections, ce qui a laiss\u00e9 un Parlement constitu\u00e9 exclusivement de partisans du chavisme. Lors des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2006, Chavez a triomph\u00e9 avec presque 63% des suffrages face \u00e0 Manuel Rosales, candidat de l\u2019AD.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, Chavez s\u2019est consolid\u00e9 en tant que figure internationale, non seulement parce qu\u2019il \u00e9tait un acteur important de la nouvelle strat\u00e9gie de contr\u00f4le des prix de l\u2019OPEP, mais aussi parce qu\u2019il a r\u00e9ussi \u00e0 freiner la politique \u00e9tats-unienne de subordination latino-am\u00e9ricaine au travers de l\u2019ALCA [zone de libre-\u00e9change des Am\u00e9riques]. Il a pu accomplir cela gr\u00e2ce \u00e0 une alliance avec les gouvernements du Br\u00e9sil de Lula et de l\u2019Argentine de Nestor Kirchner, en cr\u00e9ant l\u2019ALBA en 2004 [un projet que ne se concr\u00e9tisera qu\u2019\u00e0 la marge] et au moyen d\u2019autres initiatives d\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique et sociale, sans compter le soutien croissant \u00e0 des gouvernements tels que ceux de la Bolivie [Evo Morales] et de l\u2019Equateur [Rafael Correa]. C\u2019est ainsi qu\u2019a pu s\u2019\u00e9tablir une r\u00e9sistance politique et culturelle aux pr\u00e9tentions h\u00e9g\u00e9moniques des Etats-Unis sur l\u2019Am\u00e9rique latine men\u00e9es par George W. Bush.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but 2007, Chavez a annonc\u00e9 que la \u00ab phase de transition \u00bb au Venezuela \u00e9tait achev\u00e9e et que c\u2019\u00e9tait le moment d\u2019avancer dans la construction du \u00ab Socialisme du XXIe si\u00e8cle \u00bb. Pour cela il lui fallait des lois de type constitututionnel pour lui accorder des pouvoirs extraordinaires, et donc une r\u00e9forme constitutionnelle pour d\u00e9clarer socialiste la R\u00e9publique bolivarienne de Venezuela. A cela, il a ajout\u00e9 la construction du Parti socialiste uni v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien-PSUV [qui \u00e9tait \u00e9troitement contr\u00f4l\u00e9 par les sommets du chavisme]. Parmi d\u2019autres propositions sp\u00e9cifiques, Chavez r\u00e9affirmait la propri\u00e9t\u00e9 et le contr\u00f4le de l\u2019Etat sur les hydrocarbures, l\u2019\u00e9limination des restrictions pour la r\u00e9\u00e9lection pr\u00e9sidentielle pour plus de deux mandats [afin d\u2019assurer une permanence de son pouvoir] et la r\u00e9organisation territoriale politique du pays [r\u00e9organisation du dit f\u00e9d\u00e9ralisme et de l\u2019ind\u00e9pendance des unit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales par rapport au pouvoir central].<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pendant cette p\u00e9riode qu\u2019il y a eu un infl\u00e9chissement dans le processus \u00e9conomique et politique, qui allait avoir des cons\u00e9quences tr\u00e8s importantes pour le Venezuela. D\u2019abord, au lieu de s\u2019orienter vers une diversification productive afin de rendre le pays moins d\u00e9pendant de la rente p\u00e9troli\u00e8re et des cycles \u00e9conomiques internationaux, il s\u2019est employ\u00e9 \u00e0 renforcer la distribution de la rente [avec des dimensions client\u00e9laires renforc\u00e9es] et la formation d\u2019un patronat chaviste de caract\u00e8re commercial et financier [la dite bolibourgeoisie]. C\u2019est ainsi que la \u00ab mal\u00e9diction des ressources naturelles \u00bb a fini par enterrer sur le long terme les efforts de d\u00e9mocratisation sociale qui avaient \u00e9t\u00e9 atteints. Ensuite, Chavez a fini par r\u00e9duire son projet de socialisme \u00e0 un \u00e9tatisme et \u00e0 un verticalisme [pouvoir concentr\u00e9 autour de Chavez et d\u2019un secteur militaire]. En effet, au lieu de radicaliser la d\u00e9mocratie politique, il est rest\u00e9 prisonnier de l\u2019autoritarisme militaire et \u2013 malgr\u00e9 sa rh\u00e9torique \u2013 de l\u2019h\u00e9ritage du populisme et des dits socialismes r\u00e9els. Enfin, au lieu d\u2019accorder davantage de pouvoir politique aux classes populaires, il finit par le diminuer en faveur d\u2019un client\u00e9lisme \u00e9tatique plus important et d\u2019un contr\u00f4le bureaucratique du processus.<\/p>\n<p>Donc, au-del\u00e0 des difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019affrontement face aux Etats-Unis et face aux forces r\u00e9actionnaires de l\u2019opposition ainsi que des limitations du sous-d\u00e9veloppement latino-am\u00e9ricain, c\u2019est justement au moment de l\u2019apog\u00e9e du chavisme que celui-ci perd une possibilit\u00e9 historique de radicaliser le processus social et politique en cours. Nicolas Maduro [fonction pr\u00e9sidentielle prise le 8 mars 2013, puis \u00e9lection gagn\u00e9e le 14 avril 2013 ; Chavez d\u00e9c\u00e8de le 5 mars 2013] a h\u00e9rit\u00e9 de conditions sociales et politiques qui vont \u00e9clater suite \u00e0 la baisse des prix du p\u00e9trole, mais ces conditions ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es bien avant son ascension \u00e0 la pr\u00e9sidence.<\/p>\n<p><strong><em>3. Le Venezuela apr\u00e8s Chavez<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Avec la mort de Chavez en 2013, et en l\u2019absence d\u2019autre leader de la m\u00eame carrure dans le PSUV, le \u00ab choix \u00bb porta sur Maduro, d\u2019une part, \u00e9tant donn\u00e9 sa position de position de vice-pr\u00e9sident depuis octobre 2012 et, d\u2019autre part, \u00e0 cause de ses liens politiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et internationale. Cela pour prendre la t\u00eate d\u2019un amalgame complexe de tendances et de mouvements qui convergent dans l\u2019alliance chaviste. Mais son ascension au pouvoir a co\u00efncid\u00e9 avec la diminution de la rente p\u00e9troli\u00e8re. Celle-ci repr\u00e9sentait pr\u00e8s de 95% des revenus d\u2019exportations, 60% de ses rentr\u00e9es budg\u00e9taires et 12% de son PIB. En suivant cette pente, en 2015, les revenus issus de l\u2019exportation de p\u00e9trole brut \u00e9taient tomb\u00e9s de 40%, et en 2016 la dette ext\u00e9rieure augmentait de plus de 350% par rapport \u00e0 1998 [9].<\/p>\n<p>L\u2019effet d\u00e9vastateur de cette contraction \u00e9conomique fait que le gouvernement peut tr\u00e8s difficilement maintenir les programmes de redistribution sociale et par cons\u00e9quent aussi le consensus au sein de l\u2019alliance dominante. A cela s\u2019ajoute le renforcement des traits autoritaires du r\u00e9gime politique, aussi bien ceux h\u00e9rit\u00e9s du processus bolivarien dans son ensemble que ceux li\u00e9s \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 politique du nouveau pr\u00e9sident. Il faut surtout souligner la destruction du tissu social que l\u2019h\u00e9g\u00e9monie chaviste avait stabilis\u00e9. En effet, la crise \u00e9conomique et politique a aggrav\u00e9 la faille d\u2019origine du chavisme, qui consistait en une mauvaise compr\u00e9hension de l\u2019organisation sociale de base sur laquelle s\u2019est fond\u00e9 ce mouvement consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant autog\u00e9r\u00e9 et autonome, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 ce mouvement \u00e9tait plut\u00f4t le produit de politiques publiques men\u00e9es par l\u2019Etat v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien [10].<\/p>\n<p>Au sein du PSUV et du mouvement chaviste, cette faille s\u2019est exprim\u00e9e dans une culture politique qui, depuis l\u2019\u00e9poque de Chavez, a peu \u00e0 peu supprim\u00e9 le d\u00e9bat critique au sein des rangs du parti, ce qui avait \u00e9t\u00e9 en partie un trait lors de sa fondation [11]. Par ailleurs, une des tendances de ces derni\u00e8res ann\u00e9es est l\u2019augmentation de la militarisation de l\u2019Etat et du gouvernement. Il est possible que cela soit d\u00fb au fait que Maduro, n\u2019ayant pas de lien organique avec les Forces arm\u00e9es, a incorpor\u00e9 davantage de ses membres \u00e0 des postes de pouvoir pour s\u2019assurer leur loyaut\u00e9. C\u2019est ainsi qu\u2019aujourd\u2019hui un tiers des ministres (12 sur 31) et des gouverneurs (13 sur 20) sont des militaires, et beaucoup d\u2019autres se trouvent dans des positions cl\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie, o\u00f9, le manque de contr\u00f4les d\u00e9mocratiques cr\u00e9e des conditions favorisant la prolif\u00e9ration de la corruption, surtout dans les domaines comme la r\u00e9partition des devises, le contr\u00f4le des ports [importations de biens de consommation, pour l\u2019essentiel devant \u00eatre achet\u00e9s sur les march\u00e9s internationaux] ou la distribution d\u2019aliments [12].<\/p>\n<p>Outre la corruption, vieux probl\u00e8me v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien qui est ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience chaviste, la crise met en \u00e9vidence les effets n\u00e9gatifs li\u00e9s au r\u00e9gime rentier p\u00e9trolier (extractiviste) qui r\u00e9git l\u2019\u00e9conomie. Par exemple, dans le secteur \u00e9nerg\u00e9tique, le manque d\u2019investissements a provoqu\u00e9 des coupes et des restrictions dans la fourniture d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et a fait sombrer le pays dans une p\u00e9nurie de gaz naturel et de ses d\u00e9riv\u00e9s, alors m\u00eame que celui-ci poss\u00e8de une des plus importantes r\u00e9serves reconnues de gaz conventionnel \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Pire, le gouvernement s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 utiliser les techniques de perforation horizontale et de fracking, qui se sont av\u00e9r\u00e9es dommageables pour l\u2019environnement et pour la sant\u00e9, cela dans le but de commercer l\u2019exploitation de gaz dans le bassin du lac Maracaibo [13]. Ce sont ces techniques qui, paradoxalement, ont permis aux Etats-Unis d\u2019obtenir une relative autonomie \u00e9nerg\u00e9tique, entra\u00eenant un d\u00e9s\u00e9quilibre dans le march\u00e9 mondial du p\u00e9trole, ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire chuter les prix globaux et a nui au Venezuela [14].<\/p>\n<p>En outre, la crise approfondit la p\u00e9n\u00e9tration du capital transnational, comme le montre la cr\u00e9ation de la Nouvelle zone de d\u00e9veloppement strat\u00e9gique nationale \u00ab Arco minero del Orinoco \u00bb, qui ouvrira presque 112\u2019000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s \u00e0 la grande industrie mini\u00e8re locale et \u00e9trang\u00e8re sous la supervision des Forces arm\u00e9es [15].<\/p>\n<p>Consciente de la faiblesse de Maduro, la m\u00eame opposition qui avait affront\u00e9 Chavez s\u2019est renforc\u00e9e et a repris vigueur suite \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 perdue sous l\u2019effet du coup d\u2019Etat de 2002. Rassembl\u00e9e au sein de la Mesa de Unidad Democratica (MUD), elle r\u00e9unit des groupes qui vont de la gauche mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite putschiste, chacun ayant son programme propre. A cause de leur poids majoritaire dans l\u2019Assembl\u00e9e nationale [\u00e9lue en d\u00e9cembre 2015], les organisations qui dirigent la MUD sont Primero Justicia (PJ) et Voluntad Popular (VP) [16] aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019ancien parti AD (Alliance d\u00e9mocratique). Parmi les membres de PJ se trouvent l\u2019ex-candidat pr\u00e9sidentiel Henrique Capriles et Julio Borges, l\u2019actuel pr\u00e9sident du Parlement, arch\u00e9types de la g\u00e9n\u00e9ration politique qui, avec la mont\u00e9e du chavisme, n\u2019ont pas pu effectuer leur passage logique \u00e0 la politique puntofijista apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et avoir appartenu au COPEI. VP, dirig\u00e9e par Leopoldo Lopez, appelle \u00e0 la mobilisation de rue, avec un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de violence, en refusant d\u2019accepter la l\u00e9gitimit\u00e9 du gouvernement et faisant campagne pour une intervention \u00e9trang\u00e8re contre le Venezuela de Maduro [17].<\/p>\n<p>Bien qu\u2019elle ait exist\u00e9, l\u2019orientation de l\u2019opposition pr\u00f4nant le dialogue n\u2019a dur\u00e9 que jusqu\u2019\u00e0 la publication des r\u00e9sultats de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2013. En effet, depuis l\u2019intenable accusation de fraude \u00e9lectorale de la part de Capriles [18], appel qui a entra\u00een\u00e9 11 morts, la radicalisation de l\u2019opposition a donn\u00e9 lieu \u00e0 des faits brutaux comme ceux qui se sont pass\u00e9s lors des manifestations d\u2019\u00e9tudiants de f\u00e9vrier 2014, lorsque Lopez et son parti, aux c\u00f4t\u00e9s de la parlementaire Maria Corina Machado et du maire de Caracas, Antonio Ledezma, ont soutenu une mobilisaton qui a fait 47 morts et durant laquelle on a vu l\u2019installation de fils de fer tendus dans les rues pour d\u00e9capiter les motocyclistes pro-gouvernementaux. L\u2019appel \u00e0 faire tomber le gouvernement a fait que Lopez et Ledezma ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 des peines de prison. Cependant, une offensive internationale dirig\u00e9e par l\u2019ex pr\u00e9sident espagnol Jos\u00e9 Maria Aznar et d\u2019autres ex-mandataires ib\u00e9ro-am\u00e9ricains, avec le soutien du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019OEA, Luis Almagro [d\u2019origine uruguayenne], les a transform\u00e9s \u2013 malgr\u00e9 leurs ant\u00e9c\u00e9dents putschistes \u2013 en \u00ab martyrs \u00bb de la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie et des droits humains.<\/p>\n<p>Le grand probl\u00e8me de l\u2019opposition est le manque d\u2019un projet commun et alternatif au chavisme. Cela est apparu clairement suite \u00e0 la \u00ab super majorit\u00e9 \u00bb parlementaire qu\u2019elle a obtenue en d\u00e9cembre 2015 [19]. Sa politique ne s\u2019est centr\u00e9e que sur le d\u00e9mant\u00e8lement de tout ce qui avait \u00e9t\u00e9 fait pr\u00e9c\u00e9demment et sur la strat\u00e9gie la plus ad\u00e9quate pour renverser Maduro, en n\u00e9gligeant la recherche de mesures concr\u00e8tes pour affronter la criminalit\u00e9 et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 [ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont tr\u00e8s marqu\u00e9s, depuis longtemps, entre autres dans la p\u00e9riph\u00e9rie de la capitale Caracas ; le \u00ab Gran Caracas \u00bb compte quelque 4,5 millions d\u2019habitants] ou pour soulager la crise \u00e9conomique. Les rares propositions programmatiques \u00e0 son actif vont dans le sens d\u2019une croissance de la rente p\u00e9troli\u00e8re, la lib\u00e9ralisation \u00e9conomique et \u00ab l\u2019aide \u00bb que pourrait offrir le FMI [face \u00e0 la dette publique], ce qui est peu attractif pour la soci\u00e9t\u00e9 v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne, car beaucoup de fractions populaires pensent que si l\u2019opposition arrivait au pouvoir, ces mesures leur feraient perdre encore davantage que ce qu\u2019elles ont d\u00e9j\u00e0 perdu [20]. Ces propositions vont enfin dans le sens d\u2019une r\u00e9articulation du pacte \u00e9litaire qui a domin\u00e9 toute l\u2019histoire v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. En s\u2019insurgeant contre le r\u00e9gime qui les exclut de la politique distributive \u00e9tatique ou qui limite sa participation \u00e0 la distribution de la rente p\u00e9troli\u00e8re, cette opposition cherche \u00e0 d\u00e9stabiliser cet Etat par la force.<\/p>\n<p>Mais derni\u00e8rement, la crise humanitaire provoqu\u00e9e par la d\u00e9t\u00e9rioration socio-\u00e9conomique grave du pays a permis \u00e0 l\u2019opposition d\u2019instrumentaliser en sa faveur la mobilisation populaire de l\u2019ouest de Caracas, bastion du chavisme, ouvrant ainsi une br\u00e8che dans l\u2019indiscutable enracinement populaire bolivarien. L\u2019opposition appelle \u00e0 cr\u00e9er un couloir humanitaire [terme utilis\u00e9 par analogie avec les couloirs humanitaires demand\u00e9s par des ONG pour des villes assi\u00e9g\u00e9es] afin de r\u00e9soudre le manque de produits et de m\u00e9dicaments. Mais elle se mobilise surtout sur des revendications politiques telles que la lib\u00e9ration des prisonniers politiques ou le r\u00e9f\u00e9rendum r\u00e9vocatoire contre Maduro. En m\u00eame temps le peuple, qui se r\u00e9f\u00e8re en majorit\u00e9 au chavisme d\u2019origine, se mobilise contre les autorit\u00e9s pouss\u00e9 par la faim, par la p\u00e9nurie de m\u00e9dicaments et de produits de base ainsi que suite \u00e0 l\u2019explosion de la violence et de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es [li\u00e9e \u00e0 la paup\u00e9risation et \u00e0 la crise des institutions et du r\u00e9gime] [21].<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me de contr\u00f4le des devises et des prix impos\u00e9 en 2002-2003 pour faire face au sabotage \u00e9conomique de l\u2019opposition est devenu dysfonctionnel lorsqu\u2019il a permis la sp\u00e9culation par les secteurs qui contr\u00f4lent les devises. Le manque chronique de dollars a sap\u00e9 toute capacit\u00e9 \u00e9conomique, surtout dans le secteur de l\u2019importation. Par cons\u00e9quent ce sont les groupes populaires qui d\u00e9pendent des produits import\u00e9s par le gouvernement et qu\u2019il vend \u00e0 des prix contr\u00f4l\u00e9s qui sont les plus touch\u00e9s [car ces produits sont rares]. Cette situation a entra\u00een\u00e9 une croissance du march\u00e9 noir. Le manque d\u2019une strat\u00e9gie d\u2019approvisionnement et de distribution \u2013 une autre tare du d\u00e9veloppement bolivarien \u2013 y a \u00e9galement contribu\u00e9 [22]. Outre ces graves probl\u00e8mes de p\u00e9nurie, les derni\u00e8res donn\u00e9es \u00e9conomiques diffus\u00e9es par l\u2019Institut national de statistique (INE) v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien et par la Commission \u00e9conomique pour l\u2019Am\u00e9rique latine (CEPAL) indiquent pour d\u00e9cembre 2015 une inflation g\u00e9n\u00e9rale de 180,9% et une inflation du prix des aliments de 218% [23]. Dans ce contexte, la d\u00e9nutrition augmente, pour la premi\u00e8re fois \u00e0 cause de la faim et non pas des maladies, la population a perdu en moyenne 8 kg par personne, alors qu\u2019augmentent ceux qui indiquent qu\u2019ils ne mangent que deux fois par jour, ou moins [24].<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir scell\u00e9 d\u00e9finitivement son accord avec les secteurs populaires au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, les politiques sociales chavistes ont entra\u00een\u00e9 une diminution pratiquement ininterrompue de la pauvret\u00e9 et de l\u2019indigence. Celles-ci atteignaient leur niveau le plus bas en 2012, lorsque la pauvret\u00e9 \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 25,4% de la population et l\u2019indigence \u00e0 7,1% [25]. Mais, entre 2014 et 2016, le pourcentage de foyers pauvres monte en fl\u00e8che, passant de 48,4% \u00e0 81,8% ; 51,5% des foyers se trouvant dans une situation de pauvret\u00e9 extr\u00eame [26]. Cela d\u00e9montre l\u2019importance qu\u2019a eue la redistribution sociale de la rente p\u00e9troli\u00e8re, tout en \u00e9tant en m\u00eame temps le talon d\u2019Achille du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>La crise politique s\u2019est accentu\u00e9e depuis avril 2017, alors que les traits autoritaires se sont exacerb\u00e9s avec Maduro, au point de contourner la Constitution de 1999, cela avec l\u2019assentiment du Conseil national \u00e9lectoral (CNE) et, initialement, du Tribunal supr\u00eame de justice (TSJ) [27].<\/p>\n<p>Il faut ajouter \u00e0 cela l\u2019augmentation de la radicalit\u00e9 des affrontements entre les forces de choc de l\u2019opposition et celles du gouvernement. Ce qui est le plus marquant du point de vue politique est \u00e0 quel point cette situation approfondit la division au sein du chavisme. Au d\u00e9but du mandat de Maduro la tension se manifestait entre, d\u2019une part, une faction civile charg\u00e9e d\u2019importants minist\u00e8res tels que celui de l\u2019Agriculture et des Terres et celui de l\u2019Energie et du P\u00e9trole et, d\u2019autre part, une faction militaire, compos\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments actifs et retrait\u00e9s, dont plusieurs compagnons de Chavez depuis l\u2019\u00e9meute de 1992, et qui dirigeaient des secteurs nationaux strat\u00e9giques. Ces derniers contr\u00f4laient l\u2019Assembl\u00e9e nationale et le PSUV en la personne de Diosdado Cabello [28]. Mais aujourd\u2019hui cette division, faussant la polarit\u00e9 initiale, s\u2019\u00e9largit vers de nouvelles franges civiles et militaires.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les militaires, le \u00ab commando F4 \u00bb gagne en importance. Ce groupe, dirig\u00e9 par d\u2019ex-compagnons d\u2019armes de Chavez, reproche \u00e0 Maduro son \u00e9loignement de tout projet r\u00e9volutionnaire, socialiste ou bolivarien, tout en soulignant la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique qui affecte la troupe professionnelle et les familles des militaires [29]. De son c\u00f4t\u00e9, la dissidence de gauche du chavisme \u2013 dont le noyau est Marea Socialista, un collectif de politiciens et d\u2019intellectuels chavistes critiques dont l\u2019existence pr\u00e9c\u00e8de la crise actuelle \u2013 gagne de nouveaux appuis, y compris des ex-ministres de Chavez et de Maduro, des dirigeants politiques, sociaux et universitaires qui critiquent la \u00ab rupture des lignes de force constitutionnelles \u00bb et l\u2019\u00e9tat de polarisation et de violence qui affectent le pays [30].<\/p>\n<p>Les deux groupes misent sur l\u2019ouverture d\u2019un dialogue politique et social pour permettre un consensus national. Mais pour l\u2019opposition de gauche, il s\u2019agit d\u2019alerter sur le fait que le tournant anti-d\u00e9mocratique pris par Maduro, qui vient s\u2019ajouter \u00e0 celui de l\u2019opposition et qui a mis \u00e0 mal le fragile r\u00e9gime institutionnel v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, pourrait ouvrir la porte \u00e0 l\u2019intervention \u00e9trang\u00e8re. Mais cette alternative de gauche est quoi qu\u2019il en soit peu d\u00e9velopp\u00e9e et, en r\u00e9alit\u00e9, elle n\u2019a pas la capacit\u00e9 suffisante pour diriger le processus de transition. L\u2019orientation qu\u2019adopte ce processus continue plut\u00f4t \u00e0 \u00eatre entre les mains des militaires, dont le soutien \u00e0 Maduro explique en bonne partie son maintien au pouvoir.<\/p>\n<p>Ce qui est en jeu apr\u00e8s la mort de Chavez est plus que le processus de d\u00e9mocratisation du Venezuela, une question qui pourrait concerner la majorit\u00e9 des pays latino-am\u00e9ricains. En jeu est la possibilit\u00e9 que se d\u00e9veloppe en Am\u00e9rique latine un capitalisme national et populaire dans le cadre d\u2019une \u00e9conomie internationale de tendance n\u00e9olib\u00e9rale. Cependant, aujourd\u2019hui la position imm\u00e9diate que devraient d\u00e9fendre les forces de gauche dans la r\u00e9gion est de veiller \u00e0 l\u2019autonomie populaire dans la r\u00e9solution de cette crise, en \u00e9vitant toute d\u00e9rive vers un nouveau pacte \u00e9litaire, qui pourrait y compris \u00eatre d\u00e9cid\u00e9 depuis l\u2019ext\u00e9rieur des fronti\u00e8res v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes.<\/p>\n<p><strong><em>4. Critique et internationalisme face \u00e0 la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le processus v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien reste tr\u00e8s ouvert. En grande partie parce qu\u2019il n\u2019y a pas eu [pour l\u2019instant] de br\u00e8che importante au sein des Forces arm\u00e9es. N\u00e9anmoins les conditions de vie dramatiques que conna\u00eet quotidiennement le peuple pourraient acc\u00e9l\u00e9rer le cours des \u00e9v\u00e8nements. Suivant quelles fractions du chavisme et\/ou de l\u2019opposition finiront pas s\u2019imposer (ou par conclure un accord), le cours historique de Venezuela pourrait prendre une orientation impr\u00e9visible. Mais plut\u00f4t que de chercher \u00e0 pr\u00e9dire ce que l\u2019avenir r\u00e9serve au Venezuela, nous tenons \u00e0 r\u00e9affirmer quelques r\u00e9flexions sur la crise du chavisme et \u2013 qu\u2019on le veuille ou non \u2013 ce qu\u2019h\u00e9ritent de cette exp\u00e9rience les efforts de ceux qui visent \u00e0 une transformation anti-n\u00e9olib\u00e9rale et cherchent la faire \u00e9merger sous diff\u00e9rentes latitudes de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>D\u2019abord, quelle que soit l\u2019attractivit\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices que procure l\u2019exploitation des ressources naturelles pour \u00e9tendre la \u00ab d\u00e9mocratie sociale \u00bb, y compris lorsque ces b\u00e9n\u00e9fices sont monopolis\u00e9s par l\u2019Etat, ce moyen impose des limites aux projets politiques de transformation. En effet, ils g\u00e9n\u00e8rent une extr\u00eame d\u00e9pendance par rapport aux cycles \u00e9conomiques internationaux [prix des commodities], ils produisent des crises socio-environementales dans les territoires exploit\u00e9s et entra\u00eenent en g\u00e9n\u00e9ral une d\u00e9pression d\u2019autres secteurs productifs (le dit \u00ab syndrome hollandais \u00bb qui r\u00e9sulte d\u2019une surexploitation des ressources naturelles et conjointement produit le d\u00e9clin de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re). Il est \u00e9vident que de telles critiques doivent \u00eatre compatibles avec les revendications l\u00e9gitimes de redistribution des secteurs populaires, qui sont justement ceux qui alimentent ces exp\u00e9riences.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 une fois de plus qu\u2019il ne suffit pas de \u00ab prendre l\u2019Etat \u00bb pour avancer dans la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, m\u00eame si c\u2019est avec les outils de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. La trag\u00e9die que vit le Venezuela nous renvoie de nouveau aux limites historiques des gauches au pouvoir au cours du XXe si\u00e8cle qui, de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, ont r\u00e9duit le probl\u00e8me du socialisme \u00e0 l\u2019\u00e9tatisme, alors qu\u2019il s\u2019agit au contraire de socialiser de mani\u00e8re permanente le pouvoir et de d\u00e9mocratiser de mani\u00e8re croissante la vie sociale.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement il faut noter que la crise au Venezuela aura un impact \u00e9norme pour la gauche latino-am\u00e9ricaine. Une d\u00e9faite entra\u00eenerait la d\u00e9l\u00e9gitimation de certaines bonnes id\u00e9es que le chavisme a tent\u00e9 de d\u00e9velopper, et permettrait une pr\u00e9dominance accrue de l\u2019influence \u00e9tats-unienne dans la r\u00e9gion, cette fois par le biais de la Colombie, o\u00f9 les Etats-Unis disposent de bases militaires importantes. D\u2019autant que le Br\u00e9sil est \u00e9galement travers\u00e9 par une crise politique aigu\u00eb.<\/p>\n<p>Nous ne savons pas comment va se terminer cette crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. Mais quelle qu\u2019en soit l\u2019issue nous devrons porter la lourde charge de son h\u00e9ritage. Nous devrons l\u2019expliquer, apprendre de ses r\u00e9ussites et de ses erreurs. Mais la gauche ne pourra en tout cas pas l\u2019ignorer, m\u00eame si cela entra\u00eene des co\u00fbts politiques (ou \u00e9lectoraux) importants. Au minimum nous devons sortir de ce silence int\u00e9ress\u00e9, d\u00e9fendre le fait que notre critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Venezuela est destin\u00e9e \u00e0 radicaliser ses r\u00e9ussites et \u00e0 ne pas les inverser, apprendre de ses erreurs, mais aussi contrer les termes qu\u2019essaient de nous imposer la r\u00e9action et le progressisme n\u00e9olib\u00e9ral dont les orientations ont \u00e9t\u00e9 les principales responsables des conditions de vie tr\u00e8s pauvres que connaissent les peuples latino-am\u00e9ricains, jour apr\u00e8s jour.<\/p>\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, la solidarit\u00e9 de la gauche latino-am\u00e9ricaine avec le peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien doit s\u2019appuyer sur son engagement critique en faveur d\u2019une solution anti-n\u00e9olib\u00e9rale et d\u00e9mocratique de la crise, poussant pour que les forces qui repr\u00e9sentent cette orientation s\u2019imposent. Avec la m\u00eame d\u00e9termination il faudra affronter le caract\u00e8re putschiste, \u00e9litaire et n\u00e9olib\u00e9ral que repr\u00e9sentent les actuels agissements de l\u2019opposition. En fin de compte, la constitution d\u2019une gauche radicale passe aussi par le fait de r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019internationalisme critique et solidaire qui a caract\u00e9ris\u00e9 la tradition r\u00e9volutionnaire de notre Am\u00e9rique latine. (Article publi\u00e9 le 29 juin 2017, traduction A l\u2019Encontre)<\/p>\n<p><em>Giorgio Boccardo enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Chili dans le master &#8220;Les \u00e9tudes latino-am\u00e9ricaines&#8221;. Sebastian Caviedes est chercheur \u00e0 la Fondation Nodo XXI, enseignant \u00e0 l\u2019Univerit\u00e9 du Chili.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>[1] Le Pacte de Puntofiho a \u00e9t\u00e9 conclu en 1958 entre les trois grands partis v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens. Comme expliqu\u00e9 dans l\u2019article, il va se prolonger jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1980. Voir Becerra, M. (2001). El colapso del sistema de partidos en Venezuela : explicaci\u00f3n de una muerte anunciada. En Maing\u00f3n, T., Carrasquero, J., y Welsch, F. (Eds.). Venezuela en transici\u00f3n : elecciones y democracia, 1998-2000. Caracas : RedPol, pp. 36-51.<br \/>\n[2] Lander, E. (2007). Venezuela : logros y tensiones en los primeros ocho a\u00f1os del proceso de cambio. Gobiernos de izquierda en Am\u00e9rica Latina. Un balance pol\u00edtico. Bogot\u00e1 : Aurora, pp. 39-76.<br \/>\n[3] Ru\u00edz, C., y Boccardo, G. (2015). \u00bfAm\u00e9rica Latina ante una nueva encrucijada ? Anuario del conflicto social.<br \/>\n[4] Ch\u00e1vez, H. (1996). Agenda Alternativa Bolivariana : Una propuesta patri\u00f3tica para salir del laberinto. Caracas. Recuperado de : http:\/\/minci.gob.ve\/2014\/03\/libro-rojo\/<br \/>\n[5] Bou\u00e9, J. C. (2002). Internacionalizaci\u00f3n de PDVSA : \u00bfTriunfo estrat\u00e9gico o desastre fiscal ? Revista Venezolana de Econom\u00eda y Ciencias Sociales, 8(2), pp. 237-282.<br \/>\n[6] Maya, M. L. (2003). Venezuela en la encrucijada. Revista OSAL, (9), pp. 55-60.<br \/>\n[7] Lander, E. (2007). Op. cit.<br \/>\n[8] Maya, M. L. (2008). Venezuela : Hugo Ch\u00e1vez y el bolivarianismo. Revista Venezolana de Econom\u00eda y Ciencias Sociales, 14(3), pp. 55-82.<br \/>\n[9] Cepal. (2016). Anuario Estad\u00edstico de Am\u00e9rica Latina y el Caribe. Santiago : ONU. Mientras en 2013 el precio promedio del crudo era de US$100, en febrero de 2016 cae a su punto m\u00e1s bajo al costar US$24,25.<br \/>\n[10] Lander, E. (2016, 12 de julio). \u00ab La implosi\u00f3n de la Venezuela rentista \u00bb. Aporrea.org.<br \/>\n[11] Buxton, J. (2016, julio-agosto). \u00ab Venezuela despu\u00e9s de Ch\u00e1vez. Entrevista \u00bb. New Left Review (99), pp. 7-29.<br \/>\n[12] Lander, E. (2016). Op. cit.<br \/>\n[13] J. (2014, 19 de junio). \u00ab El peligroso fracking en Venezuela \u00bb. Aporrea.org.<br \/>\n[14] Telesur. (2015, 22 de octubre). \u00ab El fracking desequilibr\u00f3 el mercado petrolero mundial \u00bb. Telesurtv.net<br \/>\n[15] AVN. (2016, 27 de febrero). \u00ab Plan del Arco del Orinoco contempla industrializar potencial minero nacional \u00bb.<br \/>\n[16] Son las que vehiculizan m\u00e1s recursos econ\u00f3micos, especialmente del financiamiento que Estados Unidos le viene otorgando a la oposici\u00f3n desde 2002, a trav\u00e9s de agencias como Usaid y la NED. N\u00fa\u00f1ez, E. (2014, 5 de abril). \u00ab Usaid : \u00bfagencia de desarrollo o de operaciones encubiertas ? \u00bb BBC Mundo.<br \/>\n[17] Lewit, A. y Brito, G. (2016). \u00ab Radiograf\u00eda de la MUD : an\u00e1lisis sobre la oposici\u00f3n venezolana \u00bb. Celag.org<br \/>\n[18] Se apunt\u00f3 a la aver\u00eda de 535 m\u00e1quinas del sistema electr\u00f3nico de votaci\u00f3n nacional. No obstante, aun cuando sea cierta esta situaci\u00f3n, se trata de una cantidad de votos marginal respecto al total de sufragios. Ver Rosnick, D. y Weisbrot, M. (2013, mayo). A statistical note on the April 14 Venezuelan Presidential Election and audit of results. Center for Economic and Policy Research (CEPR).<br \/>\n[19] Su desproporci\u00f3n visibiliz\u00f3 el fracaso del PSUV al abordar los problemas del marco electoral. El frente opositor obtuvo el 56% de los votos, mientras que el PSUV y su Gran Polo Patri\u00f3tico el 41%. Sin embargo, habiendo 164 esca\u00f1os en juego, 113 fueron adjudicados de acuerdo con un sistema mayoritario y los restantes 51 en raz\u00f3n de un sistema de lista. La s\u00faper mayor\u00eda de la MUD depend\u00eda del apoyo de tres miembros que proced\u00edan de comunidades ind\u00edgenas. Pero esta se acab\u00f3 cuando se descubri\u00f3 que ellos estaban implicados en un fraude electoral, junto a un miembro del PSUV, siendo los cuatro inhabilitados. Ver Buxton, Op. cit.<br \/>\n[20] Pardo, D. (2017, 5 de mayo). \u00ab \u2018Si esta es una dictadura, es la m\u00e1s feliz del mundo\u2019 : \u00bfqu\u00e9 piensan y c\u00f3mo ven los chavistas convencidos la crisis de Venezuela ? \u00bb BBC Mundo.<br \/>\n[21] Pardo, D., Op. cit. La confusi\u00f3n y la propaganda est\u00e1n a la orden del d\u00eda en este punto. Recordada es la visible naturaleza de clase con que se inician las protestas contra Maduro, a poco de la muerte de Ch\u00e1vez, concentradas en las zonas m\u00e1s acomodadas de Caracas, donde personas exhib\u00edan sus camionetas \u00faltimo modelo y sus ropas de US$300. Weisbrot, M. (2014, 20 de marzo). \u00ab The truth about Venezuela : a revolt of the well-off, not a \u2018terror campaign\u2019 \u00bb. The Guardian.<br \/>\n[22] Buxton, J. Op. cit.<br \/>\n[23] Estos datos, ciertamente, son subestimaciones que hoy, adem\u00e1s, se han acrecentado. Ver Cepal. (2016). Panorama social de Am\u00e9rica Latina y el Caribe, 2015. Santiago : ONU.<br \/>\n[24] Esto, seg\u00fan el acceso a una \u201ccanasta normativa de alimentos\u201d. Ver UCV-UCB-USB. (2017, febrero). Encuesta de Condiciones de Vida en Venezuela (Encovi), 2016. Caracas : Fundaci\u00f3n Bengoa.<br \/>\n[25] Cepal. (2016). Op. cit.<br \/>\n[26] UCV-UCB-USB. Op. cit.<br \/>\n[27] Este giro se expresa, sucesivamente, en : desconocer a la Asamblea Nacional de mayor\u00eda opositora (sobrepasada reiteradamente por las decisiones del TSJ) ; bloquear y postergar el refer\u00e9ndum revocatorio para el que la oposici\u00f3n hab\u00eda cumplido con todos los requisitos constitucionales ; postergar la realizaci\u00f3n de las elecciones a gobernador de 2016 ; y convocar a una Asamblea Constituyente, salt\u00e1ndose el requisito previo del plebiscito, pasando a llevar una disposici\u00f3n que el propio Ch\u00e1vez respeto en su momento.<br \/>\n[28] BBC Mundo. (2012, 11 de dciembre). \u00ab Un mapa del chavismo : socialistas y militares. \u00bb BBC Mundo.<br \/>\n[29] Santacecilia, M. (2016, 30 de mayo). \u00ab \u00bfQui\u00e9nes son las ovejas negras del chavismo ? \u00bb Deutsche Welle.<br \/>\n[30] Aporrea. (2017, 25 de mayo). \u00ab Sectores fuera de la polarizaci\u00f3n hacen llamado a detener escalada de violencia \u00bb. Aporrea.org.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10564 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/venezuela-alencontre-e22.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/venezuela-alencontre-e22-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"venezuela-alencontre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Universitaires au Chili, les auteurs de ce texte analysent la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne dans toute sa complexit\u00e9 et ses contradictions, pour \u00ab\u00a0encourager un d\u00e9bat critique et r\u00e9fl\u00e9chi \u00bb sur celle-ci.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":25229,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[320,322],"class_list":["post-10564","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-amerique-latine","tag-venezuela"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10564","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10564"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10564\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/25229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10564"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10564"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10564"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}