{"id":10562,"date":"2017-07-27T23:50:10","date_gmt":"2017-07-27T21:50:10","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-neurosciences-l-intelligence-peut-elle-etre-artificielle\/"},"modified":"2023-06-23T23:25:17","modified_gmt":"2023-06-23T21:25:17","slug":"article-neurosciences-l-intelligence-peut-elle-etre-artificielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10562","title":{"rendered":"Neurosciences : l&#8217;intelligence peut-elle \u00eatre artificielle ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le cerveau serait un ordinateur, et inversement\u00a0: telle est la vision dominante des recherches actuelles sur le cerveau. Des voix scientifiques ou philosophiques critiquent cette r\u00e9duction et les projets sur &#8220;l&#8217;intelligence artificielle&#8221; et le &#8220;cerveau augment\u00e9&#8221;. <\/p>\n<p><em>Extrait du num\u00e9ro d&#8217;\u00e9t\u00e9 2016 de<\/em> Regards<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>Si l&#8217;on cherche un livre sur le cerveau, on trouvera, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;ouvrages qui d\u00e9cortiquent nos perceptions sensorielles ou les prodigieuses qualit\u00e9s plastiques de l&#8217;enc\u00e9phale, une ribambelle de guides aux titres accrocheurs\u00a0: <em>D\u00e9veloppez votre m\u00e9moire gr\u00e2ce aux neurosciences<\/em>, <em>Les neurosciences au secours de la motivation<\/em>, <em>\u00c9duquer au quotidien gr\u00e2ce aux neurosciences\u00a0\u00bb<\/em>&#8230; Le neuromath\u00e9maticien Alessandro Sarti[[Directeur de recherche au Centre d&#8217;analyse et de math\u00e9matiques sociales, de l&#8217;EHESS, rattach\u00e9 au CNRS.]] s\u2019en amuse\u00a0: <em>\u00ab Il est facile de faire de grandes annonces, mais il reste difficile d&#8217;affirmer des choses exactes sur le cerveau, et encore plus de parler d&#8217;applications concr\u00e8tes\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Plus s\u00e9rieusement, une controverse majeure concerne l\u2019approche th\u00e9orique du cerveau. Au c\u0153ur de la discussion, la &#8220;th\u00e9orie computationnelle du cerveau&#8221;. N\u00e9e il y a une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es, cette vision \u00e9tablit une analogie entre le cerveau et l&#8217;ordinateur\u00a0: notre enc\u00e9phale serait un dispositif d&#8217;\u00e9laboration de l&#8217;information \u00e0 partir des perceptions, assimilables \u00e0 des donn\u00e9es. Les sciences cognitives consid\u00e8rent la vie mentale comme un processus de &#8220;traitement de l&#8217;information&#8221;. La m\u00e9moire, le libre arbitre, nos \u00e9motions, notre conscience m\u00eame seraient le r\u00e9sultat de connexions neuronales&#8230; <em>\u00ab\u00a0Penser reviendrait \u00e0 calculer, et calculer reviendrait \u00e0 programmer\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Catherine Malabou, philosophe de la plasticit\u00e9 dans <em>Que faire de notre cerveau\u00a0?<\/em> (2004, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2011, \u00e9d. Bayard). <\/p>\n<h2>Algorithmes et p\u00e9ril<\/h2>\n<p>Ainsi, l&#8217;amalgame entre &#8220;pens\u00e9e\u00a0humaine&#8221; et &#8220;calcul\u00a0informatique&#8221; domine aujourd\u2019hui la recherche dans les nanotechnologies-biotechnologies-informatique et sciences cognitives (NBIC). Et cela se traduit d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 dans le vocabulaire. Les algorithmes sont pr\u00e9sent\u00e9s comme une forme d&#8217;intelligence artificielle. Or comme l&#8217;explique Alessandro Sarti, on confond <em>\u00ab\u00a0un processus informationnel abstrait d\u2019optimisation algorithmique et un processus de constitution du sens propre au cerveau\u00a0\u00bb<\/em>. Cette confusion n\u2019est pas que th\u00e9orique. Nous d\u00e9l\u00e9guons aux algorithmes une part croissante de la gestion des m\u00e9gadonn\u00e9es qui nous entourent\u00a0: calcul, tri, mais aussi analyse, pr\u00e9vision et prise de d\u00e9cision. L&#8217;\u00e9conomie mondiale n&#8217;est-elle pas d\u00e9j\u00e0 pilot\u00e9e par des algorithmes, au travers du <em>trading<\/em> dit &#8220;de haute fr\u00e9quence&#8221;\u00a0? <em>\u00ab Les algorithmes ne poss\u00e8dent aucune intentionnalit\u00e9<\/em>, pr\u00e9cise le neuromath\u00e9maticien. <em>Ils re\u00e7oivent de l\u2019ext\u00e9rieur les crit\u00e8res d\u2019optimisation. Le principe de maximisation du profit a \u00e9t\u00e9 pris comme crit\u00e8re pour transformer l\u2019\u00e9conomie en automatisme financier \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>De plus en plus, ce sont des grandes combinatoires et des machines qui d\u00e9cident \u00e0 notre place. Dans <em>La Vie algorithmique<\/em>, \u00c9ric Sadin (\u00e9d. L&#8217;\u00c9chapp\u00e9e, 2015) d\u00e9crit les nombreux domaines qui commencent \u00e0 \u00eatre gouvern\u00e9s par des algorithmes\u00a0: le marketing, la maison (avec les objets connect\u00e9s), des quartiers des &#8220;villes intelligentes&#8221;, le diagnostic m\u00e9dical (avec la m\u00e9decine de donn\u00e9es et les &#8220;profils&#8221; de patients)&#8230; Et maintenant, on nous annonce la science par algorithmes. La revue am\u00e9ricaine <em>Wired<\/em> pr\u00e9dit que les th\u00e9ories scientifiques seront remplac\u00e9es par l\u2019\u00e9laboration des donn\u00e9es\u00a0: r\u00e9organis\u00e9es par des algorithmes, ces donn\u00e9es produiraient les th\u00e9ories de la physique, de la chimie, de la biologie[[&#8220;The End of theory : The Data deluge makes the scientific method obsolete&#8221;, de Chris Anderson, <em>Wired<\/em>, 23 juin 2008.]].<\/p>\n<h2>Mod\u00e8le &#8220;computationnel&#8221;<\/h2>\n<p>Pour la plupart des chercheurs des NBIC, notre cerveau serait comme un artefact auquel on pourrait ajouter des &#8220;fonctions&#8221;. En t\u00e9moigne la qu\u00eate au niveau mondial de proth\u00e8ses &#8220;augmentatives&#8221; pour accro\u00eetre nos capacit\u00e9s. On cherche ainsi \u00e0 inventer une neuroproth\u00e8se qui permettrait de contr\u00f4ler \u00e0 distance, par la pens\u00e9e, un objet connect\u00e9. Bienvenue \u00e0 &#8220;l&#8217;humain augment\u00e9&#8221;, annonc\u00e9 par les transhumanistes&#8230; Un de leurs porte-voix, Laurent Alexandre, PDG de DNAVision (soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9tient le monopole du s\u00e9quen\u00e7age du g\u00e9nome en Europe), pr\u00e9voit que l&#8217;on modifiera les cerveaux pour <em>\u00ab\u00a0apprendre plus vite\u00a0\u00bb<\/em> au lieu de chercher \u00e0 \u00e9duquer. Dans la Silicon Valley, les scientifiques du centre d&#8217;innovation Singularity University lanc\u00e9 par Google, foyer ardent du transhumanisme, envisagent de &#8220;t\u00e9l\u00e9charger&#8221; l&#8217;esprit d&#8217;une personne sur une machine qui deviendrait alors dou\u00e9e de conscience. Ambition d\u00e9clar\u00e9e\u00a0: survivre \u00e0 la mort du corps. <\/p>\n<p>Sans n\u00e9cessairement endosser les d\u00e9lires transhumanistes, les grands programmes mondiaux de recherche sur le cerveau (voir encadr\u00e9) se fondent sur cette approche r\u00e9ductionniste. Tous s&#8217;orientent vers la cr\u00e9ation d&#8217;un mod\u00e8le &#8220;computationnel&#8221; du cerveau. Les \u00c9tats autant que les entreprises finan\u00e7ant la recherche \u2013 les mastodontes de l&#8217;\u00e9conomie num\u00e9rique (Google, Apple, Facebook, Amazon) \u2013 concentrent tous les moyens sur les nanotechnologies-biotechnologies-informatique et sciences cognitives. Le projet Human Brain (<em>\u00ab\u00a0cerveau humain\u00a0\u00bb<\/em>), financ\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne depuis 2013, en est un exemple. Ce vaste programme international affiche l\u2019objectif de comprendre le fonctionnement du cerveau humain. <\/p>\n<h2>Projet cerveau humain<\/h2>\n<p>Parvenir \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la vie incroyablement complexe des neurones et des connexions neuronales capables de se modeler, de se modifier et de se r\u00e9parer, ceci jusqu&#8217;\u00e0 la fin de la vie, serait une avanc\u00e9e scientifique gigantesque. Avec des retomb\u00e9es imm\u00e9diates attendues\u00a0: elle ouvrirait la possibilit\u00e9 de soigner nombre de pathologies, de l\u2019AVC aux maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme Alzheimer. Pour y parvenir, le programme pr\u00e9voit de r\u00e9cup\u00e9rer toutes les donn\u00e9es sur les neurones et leurs connexions aupr\u00e8s des h\u00f4pitaux et des centres de recherche europ\u00e9ens et de les mettre en relation. \u00c0 partir de ces bases de m\u00e9ga-donn\u00e9es, il s\u2019agirait de construire un ensemble d\u2019infrastructures informatiques de simulation, en un mot un &#8220;superordinateur&#8221;, pour visualiser les innombrables connexions neuronales de nos m\u00e9ninges (entre dix et cent milliards\u00a0!). Le centre de simulation du projet Human Brain, h\u00e9berg\u00e9 par l\u2019\u00c9cole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale de Lausanne (Suisse), a bel et bien mod\u00e9lis\u00e9 en octobre 2015 un \u00e9chantillon du cerveau d&#8217;un rat nouveau-n\u00e9. Mais seul le comportement \u00e9lectrique d\u2019un fragment du n\u00e9ocortex (comportant huit millions de connexions) a \u00e9t\u00e9 reconstruit num\u00e9riquement. Cela reste bien limit\u00e9. <\/p>\n<p>Loin de soulever un enthousiasme unanime de la communaut\u00e9 scientifique, l&#8217;ensemble du projet europ\u00e9en suscite un certain scepticisme. L\u2019utilit\u00e9 du &#8220;superordinateur&#8221;, tr\u00e8s co\u00fbteux, est mise en cause\u00a0: comment construire une simulation lorsque l&#8217;on ignore encore pratiquement tout du fonctionnement de notre syst\u00e8me nerveux central\u00a0? Comme le souligne avec humour un chercheur du Allen Institut aux \u00c9tats-Unis, nous n&#8217;arrivons pas encore \u00e0 saisir le fonctionnement du cerveau du ver n\u00e9matode qui comporte seulement trois cents neurones&#8230; Le chemin sera long avant de comprendre le cerveau humain et ses 83 milliards de neurones. <\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0L&#8217;enc\u00e9phale dans un pot de confiture\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Le Projet Human Brain a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 parce qu&#8217;il concentrait les financements sur la recherche technologique plut\u00f4t que sur la recherche classique en neurosciences. Dans une lettre adress\u00e9e en 2014 \u00e0 la Commission europ\u00e9enne, trois cents chercheurs (rejoints par huit cents autres) r\u00e9clamaient la r\u00e9int\u00e9gration des recherches exp\u00e9rimentales et th\u00e9oriques plus larges[[Directeur de recherche \u00e9m\u00e9rite au CNRS-Centre Cavaill\u00e8s, \u00e0 l&#8217;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure.]]. Pour Alessandro Sarti, <em>\u00ab\u00a0l&#8217;infrastructure de pointe promise par le projet Human Brain pourrait \u00eatre utile&#8230; pour les sciences de l&#8217;information et de la communication. Moins pour les neurosciences. Dans tous les cas, la condition imp\u00e9rative est que l&#8217;on ne confonde pas cet ordinateur avec un cerveau vivant\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, insiste-t-il. <\/p>\n<p>Des chercheurs en sciences humaines, notamment le psychiatre Patrick Juignet et le philosophe des sciences Jean-Michel Besnier, auteur de <em>L&#8217;Homme simplifi\u00e9<\/em> (\u00e9d. Fayard, 2012), mais aussi des neuroscientifiques condamnent l&#8217;analogie entre ordinateur et cerveau. <em>\u00ab\u00a0C&#8217;est comme si on pla\u00e7ait l&#8217;enc\u00e9phale dans un pot de confiture\u00a0en disant qu&#8217;il est vivant\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, affirme le math\u00e9maticien Giuseppe Longo[[&#8220;Open message to the European Commission concerning the Human Brain Project&#8221;, 7 juillet 2014. Cette lettre a ensuite d\u00e9clench\u00e9 une r\u00e9forme, en cours depuis le printemps 2016, qui devrait r\u00e9int\u00e9grer la recherche exp\u00e9rimentale.]]. Dans son dernier essai, Miguel Benasayag rappelle l&#8217;\u00e9vidence\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le cerveau ne pense pas, tout le corps pense\u00a0\u00bb<\/em>. Le philosophe et psychanalyste, qui participe \u00e0 des recherches sur les perceptions sensorielles, \u00e9num\u00e8re ce qui emp\u00eache de mettre sur le m\u00eame plan machine et cerveau. <em>\u00ab\u00a0Le vivant est contextualis\u00e9, li\u00e9 \u00e0 une infinit\u00e9 de variables de l&#8217;environnement, de l&#8217;histoire, de ce qui l&#8217;a d\u00e9termin\u00e9 dans la longue dur\u00e9e de l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;esp\u00e8ce. Le vivant est singulier, il est aussi impr\u00e9visible, ind\u00e9termin\u00e9, et n&#8217;a pas d&#8217;autre fin que lui-m\u00eame.\u00a0Notre cerveau, en exp\u00e9rimentant la vie, se modifie en permanence. Il n&#8217;y a pas une pens\u00e9e qui circule par des circuits neutres\u00a0: pens\u00e9e et chair sont indivisibles\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>Logique du calcul et projet de barbarie<\/h2>\n<p>Chaque cerveau est diff\u00e9rent et unique, et se sculpte en permanence. Non seulement le cerveau n&#8217;est pas un syst\u00e8me clos et fig\u00e9, mais il construit du sens. Alessandro Sarti l&#8217;explique : <em>\u00ab\u00a0On n\u00e9glige souvent cette diff\u00e9rence entre un processus de repr\u00e9sentation de l\u2019information et un processus de construction du sens. Notre cerveau est une interface entre le monde ext\u00e9rieur et le corps singulier. Alors qu\u2019un mod\u00e8le computationnel ne fait qu\u2019\u00e9laborer des informations, le cerveau essaie, lui, de construire des objets mentaux\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Comment expliquer l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie de cette approche &#8220;computationnelle&#8221;, r\u00e9ductionniste\u00a0? <em>\u00ab\u00a0Le r\u00e9ductionnisme est une tentation,<\/em> r\u00e9pond Benasayag. <em>Il est si simple de trouver une cause unique. Or, il n&#8217;y a pas un savoir final\u00a0: tout savoir se fonde sur un non-savoir structurel\u00a0\u00bb<\/em>. Mais <em>\u00ab\u00a0le projet transhumaniste est aujourd&#8217;hui le projet n\u00e9olib\u00e9ral individualiste,<\/em> d\u00e9clare Miguel Benasayag<em>\u00a0: la qu\u00eate d&#8217;un corps parfait, sans souffrances, sans maladie, qui permettrait de vivre mille ans, d&#8217;\u00e9chapper \u00e0 la mort&#8230; Il passe par la disparition des limites humaines, ce qui est, in\u00e9vitablement, un projet de barbarie \u00bb<\/em>. Le philosophe voit dans cette id\u00e9ologie et cette pratique un grand danger. <em>\u00ab\u00a0La pens\u00e9e sp\u00e9culative, la pens\u00e9e \u00e9thique, la pens\u00e9e philosophique, la culture ne doivent pas \u00eatre colonis\u00e9es par la logique du calcul, affirme-t-il. Il est n\u00e9cessaire de d\u00e9fendre la r\u00e9gulation et la limitation, au nom de l&#8217;organicit\u00e9 de la vie m\u00eame, de sa singularit\u00e9. La seule solution est de r\u00e9ussir \u00e0 incorporer la technologie au service de la vie et de la culture.\u00a0On peut imaginer, par exemple, des m\u00e9decins et des patients prenant position pour d\u00e9fendre une m\u00e9decine qui incorpore les bienfaits de la technologie tout en restant une m\u00e9decine du diagnostic et de la singularit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<h2>Critique de la raison num\u00e9rique<\/h2>\n<p>La r\u00e9sistance doit venir de la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0: <em>\u00ab La politique est un m\u00e9canisme de r\u00e9gulation, dans la mesure o\u00f9 elle manifeste des courants vivants dont l\u2019\u00c9tat d\u00e9mocratique doit se faire l&#8217;\u00e9cho. C&#8217;est un d\u00e9fi pour tous les mouvements politiques\u00a0: il faut une politique qui ne se fasse plus en termes de centralit\u00e9 du pouvoir mais dans un mouvement de longue dur\u00e9e, de construction de nouveaux paradigmes, de nouveaux modes de socialit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. D\u00e9battre des enjeux de la techno-science comme un sujet politique, s&#8217;interroger sur le poids de la technologie par rapport \u00e0 la culture, \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation ou la science est une urgence pour \u00c9ric Sadin. <em>\u00ab\u00a0Soumettre la vie algorithmique contemporaine \u00e0 une critique en acte de la raison num\u00e9rique qui l&#8217;ordonne rel\u00e8ve d&#8217;un combat politique, \u00e9thique et civilisationnel majeur de notre temps\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit-il. <\/p>\n<p>Alessandro Sarti pr\u00f4ne \u00e9galement une r\u00e9orientation de la recherche. Pour lui, la recherche scientifique sur le cerveau devrait s&#8217;appuyer sur une \u00e9tude de la singularit\u00e9 du vivant plut\u00f4t que sur la th\u00e9orie computationnelle. Pour le neuromath\u00e9maticien, les math\u00e9matiques contemporaines peuvent contribuer \u00e0 comprendre le vivant sans le r\u00e9duire \u00e0 un syst\u00e8me pr\u00e9visible, \u00e0 penser son immense complexit\u00e9, en particulier sa part d&#8217;ind\u00e9termination. Pour d\u00e9velopper ces savoirs encore jeunes que sont les neurosciences, le chercheur du Centre d&#8217;analyse et de math\u00e9matiques sociales, pr\u00e9conise de croiser les disciplines scientifiques avec les sciences humaines. <em>\u00ab\u00a0Si l&#8217;on veut comprendre quelque chose du cerveau humain, il faut absolument faire des neurosciences au sein de laboratoires interdisciplinaires et travailler avec des chercheurs en psychologie ou sociologie, car les cerveaux sont en fait des sculptures sociales. \u00bb<\/em> <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10562 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/neurosciences-46c.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/neurosciences-46c-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"neurosciences.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cerveau serait un ordinateur, et inversement\u00a0: telle est la vision dominante des recherches actuelles sur le cerveau. Des voix scientifiques ou philosophiques critiquent cette r\u00e9duction et les projets sur &#8220;l&#8217;intelligence artificielle&#8221; et le &#8220;cerveau augment\u00e9&#8221;. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":25220,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[494,454],"class_list":["post-10562","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-sciences","tag-technologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10562","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10562"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10562\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/25220"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10562"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10562"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10562"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}