{"id":10560,"date":"2017-07-21T00:56:48","date_gmt":"2017-07-20T22:56:48","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-le-monde-par-le-theatre\/"},"modified":"2017-07-21T00:56:48","modified_gmt":"2017-07-20T22:56:48","slug":"article-le-monde-par-le-theatre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10560","title":{"rendered":"Avignon 2017 : le monde par le th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Pr\u00e9sent\u00e9s au Festival d\u2019Avignon avant de continuer leur tourn\u00e9e en France les saisons prochaines, plusieurs spectacles abordent des questions d\u2019actualit\u00e9. Passage en revue d\u2019un th\u00e9\u00e2tre saisi par l&#8217;\u00e9poque et ses remous.<\/p>\n<p>La semaine derni\u00e8re, deux pol\u00e9miques ont anim\u00e9 le Festival d\u2019Avignon. La premi\u00e8re est li\u00e9e \u00e0 la programmation par le th\u00e9\u00e2tre de la Manufacture, pour une poign\u00e9e de dates dans le Off, de <em>Moi, la mort, je l\u2019aime, comme vous aimez la vie.<\/em> \u00c9crite par l\u2019auteur alg\u00e9rien Mohamed Kacimi \u00e0 partir des verbatims (publi\u00e9s dans le journal <em>Lib\u00e9ration<\/em>) des \u00e9changes entre Mohammed Merah et la police avant que cette derni\u00e8re ne l\u2019abatte et mise en sc\u00e8ne par Yohan Manca, la pi\u00e8ce a donn\u00e9 lieu \u00e0 un d\u00e9p\u00f4t de plainte pour apologie du terrorisme et \u00e0 une p\u00e9tition. <\/p>\n<p>Ayant recueilli \u00e0 ce jour un peu plus de 4.000 signatures, celle-ci demandait l\u2019interdiction du spectacle, consid\u00e9rant ce dernier comme un geste en faveur de Merah (pour rappel, ce dernier a assassin\u00e9 en mars 2012 \u00e0 Montauban et Toulouse trois militaires, puis trois enfants et un enseignant d\u2019une \u00e9cole juive). Si un tel spectacle doit naturellement \u00eatre analys\u00e9, critiqu\u00e9, et d\u00e9nonc\u00e9 en cas de positions suspectes, le probl\u00e8me est que les initiateurs de ses d\u00e9marches\u2026 n\u2019ont pas vu le spectacle.<\/p>\n<h2>Avignon, caisse de r\u00e9sonance<\/h2>\n<p>Plus confidentielle, la <a href=\" http:\/\/www.sceneweb.fr\/premieres-tensions-entre-les-artistes-et-le-ministere-de-la-culture\/\">seconde pol\u00e9mique<\/a> est n\u00e9e de la rencontre organis\u00e9e entre R\u00e9gine Hatchondo, directrice g\u00e9n\u00e9rale de la cr\u00e9ation artistique au minist\u00e8re de la Culture et les directeurs de centres dramatiques nationaux (structures th\u00e9\u00e2trales d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la cr\u00e9ation et la diffusion du th\u00e9\u00e2tre, fer de lance de la d\u00e9centralisation culturelle). R\u00e9gine Hatchondo \u2013 qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment conseill\u00e8re culture et m\u00e9dias au cabinet du premier ministre Manuel Valls \u2013 a, entre autres choses, d\u00e9clar\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Quand vous me parlez d\u2019argent, vous ne me faites pas r\u00eaver\u2026 heureusement que j\u2019ai autre chose que vous dans ma vie\u00a0\u00bb.<\/em> Ainsi que <em>\u00ab\u00a0Il va falloir quand m\u00eame penser \u00e0 faire tomber le mur de Berlin entre vous et le th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re pol\u00e9mique : une confusion fond\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019en repr\u00e9sentant une chose, le th\u00e9\u00e2tre la d\u00e9fende ou l\u2019h\u00e9ro\u00efse forc\u00e9ment. Dans la seconde : la mise \u00e0 nu d\u2019une politique n\u00e9olib\u00e9rale d\u00e9complex\u00e9e dont le discours r\u00e9v\u00e8le la violence et le m\u00e9pris \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux \u00e0 qui il s\u2019adresse. S\u2019il fallait s\u2019en tenir \u00e0 ces deux exemples, le festival d\u2019Avignon lui-m\u00eame ne ferait pas &#8220;r\u00eaver&#8221;. Apr\u00e8s, est-ce l\u00e0 la seule fonction de cet \u00e9v\u00e9nement ? \u00c0 regarder ce qui s\u2019y joue, son fonctionnement, l\u2019articulation de ses programmations, ou encore son offre pl\u00e9thorique, la manifestation constitue plut\u00f4t une int\u00e9ressante caisse de r\u00e9sonance du monde et de ce qui l\u2019agite. Pour le pire, mais aussi pour le meilleur. <\/p>\n<p>Pour cette \u00e9dition 2017, nombre d\u2019artistes, qu\u2019ils soient programm\u00e9s dans le In ou dans le Off, se saisissent de questions d\u2019actualit\u00e9. De la migration \u00e0 l\u2019exil, des questions migratoires aux luttes f\u00e9ministes et sociales, passage en revue de spectacles qui interpellent \u2013 et qui continuent leur route en France dans les mois \u00e0 venir.<\/p>\n<h2>Raconter l\u2019exil<\/h2>\n<p>Pourquoi \u00e0 un moment certains ont-ils d\u00fb fuir, quitter un pays\u00a0? Comment reconstruit-on une vie\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019on transmet \u00e0 ces enfants de cette culture, quelle m\u00e9moire se fabrique des lieux, des proches, abandonn\u00e9s souvent de force\u00a0? Deux spectacles interrogent avec pudeur et intelligence ces questions, renvoyant \u00e0 la n\u00e9gligence voire \u00e0 l\u2019occultation qui les entoure encore parfois. Mont\u00e9es par des enfants et petits-enfants d\u2019immigr\u00e9s, ces cr\u00e9ations passent par des parcours personnels pour embrasser des questionnements plus vastes. Des gestes d\u2019autant plus int\u00e9ressants que les questions de l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire de la colonisation fran\u00e7aise ainsi que celles de la diffusion et l\u2019enseignement de cette histoire \u00e0 l\u2019\u00e9cole suscitent r\u00e9guli\u00e8rement des d\u00e9bats. <\/p>\n<p>Dans <em>Sa\u00efgon<\/em> (festival In), Carole Guiela Nguyen installe ses personnages dans un restaurant vietnamien, situ\u00e9 dans le XIIIe arrondissement de Paris. Dans un perp\u00e9tuel aller-retour entre le Sa\u00efgon de 1956 et le Paris de 1996, la metteuse en sc\u00e8ne dessine des vies \u00e9cras\u00e9es sous le poids d\u2019une histoire qui les an\u00e9anties. Les colons fran\u00e7ais demeur\u00e9s nostalgiques du Vietnam croisent les Viet kieu, vietnamiens ayant d\u00fb quitter leur pays, tous demeurant dans un fantasme de la m\u00e9tropole devenue depuis H\u00f4 Chi Minh-Ville. Travaillant l\u2019hyperr\u00e9alisme dans sa mise en sc\u00e8ne, empruntant aux codes du cin\u00e9ma, Carole Guiela Nguyen con\u00e7oit une \u0153uvre fleuve aux forts accents m\u00e9lo et impr\u00e9gn\u00e9e de culture vietnamienne. L\u2019\u00e9tirement du temps, la r\u00e9p\u00e9tition des actions, le ressassement des m\u00eames questions, l\u2019insignifiance des dialogues et des moments \u00e9chang\u00e9s redisent l\u2019impossibilit\u00e9 de ces personnages \u00e0 s\u2019arracher au cul-de-sac dans lequel ils se trouvent. <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/avignon-monde-2.jpg\" alt=\"avignon-monde-2.jpg\" align=\"center\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Sicilia \u2013 photo Arnold Jerocki<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Pour <em>Sicilia<\/em>, c\u2019est autour d\u2019une table que la com\u00e9dienne et conceptrice Clyde Chabot re\u00e7oit les spectateurs. Photos de familles et de lieux visit\u00e9s, sp\u00e9cialit\u00e9s italiennes et objets h\u00e9rit\u00e9s, pour certains triviaux\u00a0: partageant ces \u00e9l\u00e9ments avec nous, Clyde Chabot remonte le fil de ses racines et retrace le parcours d\u2019anc\u00eatres partis de la Sicile pour rejoindre, pour certains la France apr\u00e8s la Tunisie, pour d\u2019autres les \u00c9tats-Unis. Dans une adresse directe au public, la com\u00e9dienne explique, le souci de savoir, les difficult\u00e9s \u00e0 retracer parfaitement les itin\u00e9raires et les choix les ayant motiv\u00e9s, les trous dans les r\u00e9cits, dans les vies. Avec subtilit\u00e9 et justesse, <em>Sicilia<\/em> d\u00e9passe la seule \u00e9num\u00e9ration d\u2019anecdotes et de souvenirs, pour aborder des enjeux plus vastes, de la souffrance de l\u2019immigr\u00e9 (en l\u2019occurrence italien) subissant le racisme en France \u00e0 l\u2019injonction inconsciente \u00e0 l\u2019int\u00e9gration en passant par la position ambigu\u00eb de la France vis-\u00e0-vis de ces nouveaux arrivants. <\/p>\n<h2>Les voix des femmes<\/h2>\n<p>En 2014, dans <em>Samedi d\u00e9tente<\/em>, Doroth\u00e9e Munyaneza racontait le g\u00e9nocide du Rwanda, la fuite avec sa famille de Kigali pour \u00e9chapper \u00e0 la mort, la travers\u00e9e du pays dans un sens puis dans l\u2019autre une fois le conflit termin\u00e9 (un spectacle encore en tourn\u00e9e aujourd\u2019hui). Avec <em>Unwanted<\/em>, la chor\u00e9graphe et interpr\u00e8te continue d\u2019explorer la question des conflits, mais elle quitte son histoire personnelle pour transmettre la voix de femmes victimes de viols dans des zones de conflits. <\/p>\n<p>Dans une forme qui, comme <em>Samedi d\u00e9tente<\/em>, alterne chants, danses, et moments de jeux, <em>Unwanted<\/em> se structure autour de la diffusion des t\u00e9moignages de ces femmes, leur voix enregistr\u00e9e \u00e9tant traduite en direct par Doroth\u00e9e Munyaneza. Plus que par sa forme, c\u2019est par cette parole brute, franche et puissante sur la question des enfants non d\u00e9sir\u00e9s, fils de l\u2019ennemi \u2013 qui peut, parfois, \u00eatre le voisin \u2013 que <em>Unwanted<\/em> saisit. Sans nier la violence subie, <em>Unwanted<\/em> affirme \u00e9galement la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9silience, le spectacle se cl\u00f4turant par un t\u00e9moignage de femme, affirmant : <em>\u00ab\u00a0On est toujours l\u00e0\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Sur un tout autre sujet, le spectacle de cirque <em>Reflets dans un \u0153il d\u2019homme<\/em> aborde la question des rapports homme\/femme. \u00c0 mille lieues du caract\u00e8re p\u00e9remptoire et des positions aussi approximatives que probl\u00e9matiques de l\u2019ouvrage de l\u2019essayiste Nancy Huston dont il tire son titre, ce projet interroge l\u2019assignation des r\u00f4les avec finesse et sagacit\u00e9. Encha\u00eenant les port\u00e9s, le trio de circassiens (Caroline Le Roy, Adria Cordoncillo et Micha\u00ebl Pallandre) de la compagnie Le Diable au corps passe en revue les injonctions, les attentes, ou encore la question du regard de l\u2019autre. <\/p>\n<p>Dans cette succession de s\u00e9quences, le trio amical et\/ou amoureux inverse les r\u00f4les, retourne les attendus, d\u00e9joue les mod\u00e8les ou les saisit \u00e0 bras le corps. Cela avec une virtuosit\u00e9 physique rare, d\u2019autant plus int\u00e9ressante que la mise en sc\u00e8ne ne convoque pas le spectaculaire, pr\u00e9f\u00e9rant d\u00e9ployant son univers avec fluidit\u00e9, douceur et \u00e9l\u00e9gance. <\/p>\n<p>Frontal par ses interpellations directes aux spectateurs, percutant par sa forme proche de la revue, <em>Depuis l\u2019aube (ode au clitoris)<\/em> r\u00e9unit trois com\u00e9diens pour un inventaire de femmes et de situations de violence ou de lutte. De l\u2019excision \u00e0 la masturbation, du viol aux agressions quotidiennes, la metteuse en sc\u00e8ne Pauline Ribat et ses deux comparses explorent dans une alternance de s\u00e9quences les mille et une situations de violence, et d\u00e9montent avec causticit\u00e9 les pr\u00e9jug\u00e9s sexistes. <\/p>\n<h2>D\u00e9j\u00e0 vu sur <em>Regards<\/em>, et \u00e0 (re)voir<\/h2>\n<p>Com\u00e9dien, auteur et metteur en sc\u00e8ne, Nicolas Lambert joue sa trilogie documentaire Bleu-Blanc-Rouge, l\u2019a-d\u00e9mocratie. L\u2019occasion de d\u00e9couvrir un th\u00e9\u00e2tre hors-normes par son engagement, ainsi que par sa captation pr\u00e9cise, intelligente et rigoureuse de trois \u00ab\u00a0temps\u00a0\u00bb de l\u2019histoire politique fran\u00e7aise\u00a0: le proc\u00e8s Elf avec <em>Elf, La pompe Afrique<\/em>\u00a0; les politiques \u00e9nerg\u00e9tiques fran\u00e7aises avec <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/nos-selections\/theatre-nicolas-lambert-du-petrole,7490\"><em>Avenir radieux, une fission fran\u00e7aise<\/em><\/a>, et l\u2019armement dans <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/nicolas-lambert-le-maniement-du-documentaire\"><em>Le Maniement des larmes<\/em><\/a>, troisi\u00e8me et ultime volet. <\/p>\n<p>Com\u00e9dien, Philippe Durand a pass\u00e9 plusieurs mois \u00e0 recueillir l\u2019histoire des Fralibs. Dans <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/philippe-durand-il-faut-faire-entendre-la-parole-des-ouvriers\"><em>1336, Paroles de Fralibs<\/em><\/a>, il raconte par le menu, sans ang\u00e9lisme ni na\u00efvet\u00e9 les \u00e9tapes de la lutte de ces ouvriers face \u00e0 Unilever \u2013 l\u2019entreprise ayant d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9localiser en Pologne sa production de th\u00e9s. Si la lutte a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9, les salari\u00e9s ayant depuis cr\u00e9\u00e9 une Scop, le combat continue.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sent\u00e9s au Festival d\u2019Avignon avant de continuer leur tourn\u00e9e en France les saisons prochaines, plusieurs spectacles abordent des questions d\u2019actualit\u00e9. 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