{"id":10547,"date":"2017-06-30T12:27:46","date_gmt":"2017-06-30T10:27:46","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-libres-d-inventer-les-autres-solutions\/"},"modified":"2023-06-23T23:25:13","modified_gmt":"2023-06-23T21:25:13","slug":"article-libres-d-inventer-les-autres-solutions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10547","title":{"rendered":"Libres d\u2019inventer les autres solutions"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Tribune \u2013 Un an apr\u00e8s son lancement, le collectif Le Temps des lilas appelle la gauche d&#8217;alternative \u00e0 \u00eatre \u00e0 la hauteur des enjeux en se lib\u00e9rant de ses postures et de ses impuissances, pour proposer un projet de soci\u00e9t\u00e9 concret et mobilisateur.<\/p>\n<p>Il y a un an, nous lancions le collectif <a href=\"http:\/\/www.lilas.org\/\">&#8220;Le temps des lilas&#8221;<\/a> pour cr\u00e9er un espace de r\u00e9flexion, au-del\u00e0 des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales de l\u2019ann\u00e9e\u00a02017. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des mobilisations contre la loi Travail et la fin de Nuit debout, la campagne pr\u00e9sidentielle s\u2019ouvrait sur une impasse. Malgr\u00e9 les tentatives de r\u00e9sistance, le lib\u00e9ralisme et son TINA (&#8220;Il n\u2019y a pas d\u2019alternative&#8221;) restaient omnipr\u00e9sents, le repli identitaire et les folies s\u00e9curitaires \u00e9taient chaque jour plus vives. Depuis, les \u00e9lections ont rebattu les cartes du jeu politique. Mais elles se sont sold\u00e9es par une nouvelle victoire du syst\u00e8me. Nous partions du constant que pour changer vraiment la vie, le travail d\u2019invention est d\u00e9cisif. Nous voulions d\u00e9montrer que d\u2019autres solutions sont possibles. Un an apr\u00e8s, cette d\u00e9marche nous para\u00eet plus que jamais n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/lilas-2.jpg\" alt=\"lilas-2.jpg\" align=\"center\" \/><br \/>\n<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle\u00a0de 2017 a produit un spectacle formidable\u00a0: un casting sans cesse renouvel\u00e9, des rebondissements \u00e0 n\u2019en plus finir \u2013 sans qu\u2019il ne soit jamais vraiment question de politique. Le 7 mai au soir, sans surprise, c\u2019est Emmanuel Macron qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu. Dans des habits neufs et une version sexy, sa victoire est bien celle du syst\u00e8me et la cons\u00e9cration de la technocratie aust\u00e9ritaire. La recomposition politique a \u00e9t\u00e9 rapide, mettant fin \u00e0 plus de trente ans de rivalit\u00e9s factices entre sociaux-lib\u00e9raux et lib\u00e9raux tout court, En Marche\u00a0! est en passe de devenir le parti unique du TINA. <\/p>\n<p>Emmanuel Macron a surtout bouscul\u00e9 la sociologie des dirigeants. Sous un vernis de &#8220;soci\u00e9t\u00e9 civile&#8221; fait d\u2019entrepreneurs et autres CSP+, il a su installer au gouvernement les fractions des classes dominantes les mieux int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la mondialisation, balayant les vieilles \u00e9lites et les anciens codes politiques. Bien s\u00fbr, <a href=\"http:\/\/www.courrierinternational.com\/une\/vu-du-royaume-uni-quand-macron-marche-sur-leau\">il ne marchera pas sur l\u2019eau<\/a> ni ne rendra pas la plan\u00e8te <em>\u00ab\u00a0great again\u00a0\u00bb<\/em>, la parit\u00e9 restera de fa\u00e7ade, les MM. Propre de la politique continueront \u00e0 \u00eatre balay\u00e9s par les affaires. <\/p>\n<p>Nous subirons de plein fouet ses ordonnances de destruction du droit du travail et la permanence de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Mais il ne faut pas sous-estimer nos adversaires et leur capacit\u00e9 d\u2019attraction. Leur strat\u00e9gie s\u00e9duit une partie du salariat et cherche \u00e0 diviser notre camp en d\u00e9signant comme &#8220;privil\u00e8ges&#8221; les acquis sociaux.<\/p>\n<p>L\u2019abstention a battu de nouveaux records, en particulier dans les classes populaires. Pour beaucoup, le jeu politique ne semble pas en valoir la chandelle. \u00c0 quoi bon se d\u00e9placer, quand on n\u2019en peut plus et qu\u2019aucune alternative ne s\u2019impose comme d\u00e9sirable ou plausible. C\u2019est toute la faiblesse de notre camp que de ne pas savoir mobiliser cette col\u00e8re diffuse. C\u2019est aussi la plus grande force de l\u2019ordre \u00e9tabli\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 pourrait fleurir l\u2019envie d\u2019un autre monde, il produit de la r\u00e9signation et du retrait. <\/p>\n<p>Pour \u00eatre \u00e0 la hauteur, notre camp ne peut se satisfaire de poursuivre ses routines ou de tenter un \u00e9ni\u00e8me &#8220;coup&#8221; \u00e9lectoral. Ce n\u2019est pas par une &#8220;blitzkrieg&#8221; que nous renverserons le syst\u00e8me. Il y a une bataille culturelle \u00e0 mener et elle repose sur un patient travail de d\u00e9construction des id\u00e9es re\u00e7ues et d\u2019\u00e9laboration de propositions pour montrer qu\u2019une alternative se dessine. C\u2019est \u00e0 ces questions que nous nous sommes attel\u00e9s et ce sont ces &#8220;autres solutions&#8221; que nous continuons \u00e0 creuser.<\/p>\n<p>La gauche s\u2019\u00e9gare trop souvent dans un discours abstrait, moral ou intellectualiste, sans donner \u00e0 voir comment elle changerait nos quotidiens. Nous devons aussi revenir aux pr\u00e9occupations concr\u00e8tes de la population. Or, c\u2019est en s\u2019appuyant sur le d\u00e9sir de changement, sur la volont\u00e9 d\u2019en finir avec les humiliations, les rel\u00e9gations, les invisibilisations, les fins de mois difficiles, la violence polici\u00e8re, les espoirs d\u00e9\u00e7us, que nous pourrons mobiliser au-del\u00e0 du cercle des convaincus. Il nous faut enfin d\u00e9montrer que &#8220;c\u2019est possible&#8221;, que d\u2019ailleurs des alternatives existent d\u00e9j\u00e0. <\/p>\n<p>Pour combattre ce poncif trop r\u00e9pandu selon lequel notre camp ne propose que des chim\u00e8res, nous devons d\u00e9velopper notre syst\u00e8me d\u2019expertise et de contre-expertise. Que ce soit le fruit de recherches universitaires ou d\u2019alternatives concr\u00e8tes cr\u00e9\u00e9es par en bas, tout doit nous inspirer. Mais nous devons autant trouver des propositions concr\u00e8tes et percutantes qu\u2019inventer un langage politique nouveau. Nous avons besoin d\u2019un r\u00e9cit politique qui dit dise notre destin commun, qui rende visibles et d\u00e9construise les dominations et donne envie de tracer de nouveaux horizons. <\/p>\n<p>&#8220;Abrogation de la loi Travail&#8221;, &#8220;Non au CETA comme au TAFTA&#8221;, &#8220;retraite \u00e0 soixante ans&#8221;\u00a0: notre camp exprime toujours ses revendications sur un registre d\u00e9fensif. R\u00e9clamer le retour \u00e0 une r\u00e9forme que l\u2019on avait combattue quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, c\u2019est se condamner \u00e0 courir, sans succ\u00e8s, apr\u00e8s des miettes. C\u2019est se contenter de pansements contre l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, d\u2019un keyn\u00e9sianisme rafra\u00eechi, de r\u00e9sistance isol\u00e9e face \u00e0 la catastrophe qui vient. Il ne suffit plus de relancer la machine capitaliste avec quelques milliards d\u2019investissement verts ou solidaires. Pour vraiment changer nos vies, il faut revenir \u00e0 la racine de notre opposition au syst\u00e8me et trouver les leviers d\u2019une transformation radicale de la soci\u00e9t\u00e9. Pour proposer un horizon r\u00e9ellement \u00e9mancipateur, il nous faut repousser les limites de ce que notre camp propose et imposer de nouvelles conqu\u00eates.<\/p>\n<p>C\u2019est tout ce travail qu\u2019il nous faut mener pour inventer d\u2019autres solutions. C\u2019est celui que nous avons essay\u00e9 de mener dans le cadre de nos <a href=\"http:\/\/www.lilas.org\/causeries-des-lilas\/\">&#8220;Causeries des lilas&#8221;<\/a> En r\u00e9fl\u00e9chissant aux moyens concrets de faire autrement, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 nous poser la question du <a href=\"http:\/\/www.lilas.org\/textes\/notre-demarche\/comment-le-chainon-manquant\/\">&#8220;comment&#8221;<\/a>, trop souvent \u00e9lud\u00e9e \u00e0 gauche. Un exemple. Le travail est une pr\u00e9occupation centrale des millions d\u2019ouvriers et d\u2019employ\u00e9s. Pourtant, sur le sujet, la pr\u00e9sidentielle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur. La hausse du SMIC de 150\u00a0euros par mois ne suffit pas. La campagne pour le revenu universel a eu le m\u00e9rite de vouloir renouveler les questionnements, mais sans y apporter de r\u00e9ponses satisfaisantes. <\/p>\n<p>Comment mobiliser des salari\u00e9s qui vivent dans la peur de perdre un jour leur emploi en d\u00e9fendant la &#8220;fin du travail&#8221; ? Dans notre r\u00e9flexion, nous avons explor\u00e9 d\u2019autres pistes. Pour permettre l\u2019\u00e9mancipation du travail, il faut ouvrir les entreprises \u00e0 la d\u00e9mocratie, inventer les cadres qui permettront demain aux salari\u00e9s de g\u00e9rer eux-m\u00eames leurs entreprises. Et, plut\u00f4t que de r\u00e9clamer des miettes pour les instances existantes comme les comit\u00e9s d\u2019entreprise, il faut aujourd\u2019hui inventer et imposer les institutions qui nous permettront de d\u00e9cider quoi produire et comment en r\u00e9partir les fruits. D\u00e9mocratiser l\u2019entreprise, inventer et imposer les institutions d\u2019une d\u00e9mocratie \u00e9conomique, voil\u00e0 qui serait un vrai moteur de progr\u00e8s social et permettrait aux salari\u00e9s de reprendre concr\u00e8tement du pouvoir sur leurs vies.<br \/>\nMais au-del\u00e0 du projet, nous avons besoin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la capacit\u00e9 de notre camp \u00e0 construire un espace politique \u00e9mancipateur et mobilisateur pour mener notre combat et le populariser. Les partis politiques existants sont tous en crise et n\u2019attirent plus depuis longtemps. Les nouveaux &#8220;mouvements&#8221; tels qu\u2019En marche\u00a0! et la France insoumise, sans structure de d\u00e9lib\u00e9ration collective, ne peuvent pas, dans leur \u00e9tat actuel, r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019exigence d\u2019un r\u00e9el fonctionnement d\u00e9mocratique. Pour permettre \u00e0 toutes et tous, m\u00eame les plus \u00e9loign\u00e9s de la politique, de participer activement \u00e0 la r\u00e9flexion et \u00e0 la prise de d\u00e9cision politiques, de nouvelles formes d\u2019engagement et de formation sont n\u00e9cessaires. <\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mancipation r\u00e9elle ne pourra venir que de notre capacit\u00e9 \u00e0 ne pas reproduire en interne les sch\u00e9mas de domination qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 et nous ne progresserons dans ce sens qu\u2019en permettant la remise en question permanente de nos fonctionnements. C\u2019est la discussion que nous avons ouverte avec les &#8220;Fabrique des lilas&#8221;, d\u00e9bats publics o\u00f9 nous avons \u00e9tudi\u00e9, d\u00e9cortiqu\u00e9 des exp\u00e9riences pass\u00e9es et actuelles, pour essayer d\u2019imaginer les contours de l\u2019organisation politique dont nous avons besoin.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il reste beaucoup \u00e0 faire. Pour pr\u00e9ciser et mettre en d\u00e9bat et en \u0153uvre ces &#8220;autres solutions&#8221;, mais aussi pour construire un nouveau r\u00e9cit politique porteur d\u2019espoir et capable de mobiliser notre camp, et de rendre sa perspective majoritaire. La gauche ressort de cette s\u00e9quence \u00e9lectorale toujours aussi minoritaire, mais plus que jamais la question essentielle de ce que nous voulons faire ensemble, pour qui et comment sont pos\u00e9es avec acuit\u00e9. <\/p>\n<p>Pour d\u00e9couvrir notre travail, pour y participer, ou bien tout simplement pour se rencontrer, le Temps des Lilas organise <a href=\"http:\/\/www.lilas.org\/evenement\/fete-1-an-temps-lilas-dimanche-2-juillet-17h\/\">une f\u00eate le dimanche 2 juillet au Lieu-Dit<\/a> (Paris 20e), \u00e0 partir de 17\u00a0h. Nous vous invitons chaleureusement \u00e0 nous y rejoindre.<\/p>\n<p><strong>Les membres du collectif Le Temps des lilas<\/strong> : Sylvie Aebischer, Alberto Amo, Alexis Cukier, Laurence De Cock, Guilhem Grimal, Mathilde Larr\u00e8re, Arthur Leducq, Fr\u00e9d\u00e9ric Lemaire, Fabien Marcot, Quitterie Tabard, Alexis Vilanova, Alice Vintenon, Claire Vives.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10547 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/lilas-695.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/lilas-695-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"lilas.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tribune \u2013 Un an apr\u00e8s son lancement, le collectif Le Temps des lilas appelle la gauche d&#8217;alternative \u00e0 \u00eatre \u00e0 la hauteur des enjeux en se lib\u00e9rant de ses postures et de ses impuissances, pour proposer un projet de soci\u00e9t\u00e9 concret et mobilisateur.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":25179,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[295],"class_list":["post-10547","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-nupes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10547","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10547"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10547\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/25179"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10547"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10547"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10547"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}