{"id":1054,"date":"1998-07-01T00:00:00","date_gmt":"1998-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/construction-europeenne1054\/"},"modified":"1998-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-06-30T22:00:00","slug":"construction-europeenne1054","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1054","title":{"rendered":"Construction europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le welfare, ce mod\u00e8le social des pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s depuis l&#8217;apr\u00e8s-guerre, a v\u00e9cu. Faut-il faire son deuil d&#8217;un nouvel Etat social en Europe, ancr\u00e9 dans la mutation r\u00e9elle des soci\u00e9t\u00e9s ? Une construction europ\u00e9enne diff\u00e9rente se profile derri\u00e8re cette invitation \u00e0 la r\u00e9flexion alternative qui nous vient d&#8217;Italie. <\/p>\n<p>Ce &#8221; si\u00e8cle bref &#8220;, qui est le n\u00f4tre, a vu na\u00eetre en Europe les luttes et les conqu\u00eates du mouvement ouvrier et la profonde transformation du welfare state: d&#8217;instrument de tutelle contre les risques de &#8221; l&#8217;absence de travail &#8221; (vieillesse, maladie, ch\u00f4mage temporaire), il est devenu un syst\u00e8me complexe de s\u00e9curit\u00e9 sociale. En effet, au-del\u00e0 des diff\u00e9rentes caract\u00e9ristiques de chaque pays et des contradictions et des limites de chaque syst\u00e8me national, l&#8217;Etat social europ\u00e9en a pris l&#8217;aspect d&#8217;une organisation d\u00e9mocratique de l&#8217;Etat moderne allant dans le sens de l&#8217;insertion sociale et du d\u00e9veloppement de la citoyennet\u00e9. Aujourd&#8217;hui, cet Etat social est la cible des politiques n\u00e9o-lib\u00e9rales tandis que les mouvements sociaux de &#8220;r\u00e9sistance&#8221;, au-del\u00e0 de leurs r\u00e9sultats \u00e9lectoraux, ne r\u00e9ussissent pas \u00e0 produire de nouvelles certitudes et de nouvelles perspectives.<\/p>\n<p> <strong> Welfare, un pacte pour une phase de d\u00e9veloppement lin\u00e9aire  <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est la t\u00e2che de la gauche que de produire un effort d&#8217;innovation politique et sociale bas\u00e9 sur la compr\u00e9hension des raisons de la crise du mod\u00e8le welfare, ce compromis obtenu gr\u00e2ce aux conqu\u00eates du mouvement ouvrier dans une phase de d\u00e9veloppement lin\u00e9aire, r\u00e9unissant croissance \u00e9conomique et progr\u00e8s social. Il s&#8217;agit d&#8217;un d\u00e9veloppement fond\u00e9 sur le pacte keyn\u00e9sien entre travail et entreprise qui a permis, en outre, l&#8217;inclusion de sujets m\u00eame indirectement contractants, un Etat social construit sur le mod\u00e8le de production fordiste et &#8221; souvent on l&#8217;oublie &#8221; sur des rapports sociaux o\u00f9 le sujet de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9tait le travailleur, homme, adulte et chef de famille. Un mod\u00e8le fond\u00e9 sur une scansion stable et r\u00e9gl\u00e9e de la vie (\u00e9cole-travail-retraite) o\u00f9 les prestations sont \u00e9tal\u00e9es du d\u00e9but \u00e0 la fin de la vie active, sauf pour des &#8220;dysfonctionnements&#8221; passagers (maladie, courtes p\u00e9riodes de ch\u00f4mage). L&#8217;\u00e9ventail des probl\u00e8mes sociaux devait alors \u00eatre rapport\u00e9 \u00e0 des cat\u00e9gories homog\u00e8nes de risques sociaux. Ce welfare \u00e9tait fond\u00e9 sur une division sexuelle des r\u00f4les sociaux, o\u00f9 le travail &#8221; d&#8217;assistance &#8221; \u00e9tait de toute fa\u00e7on fourni gratuitement par les femmes, r\u00e9duisait le co\u00fbt social du travail productif et permettait ainsi \u00e0 chaque citoyen de b\u00e9n\u00e9ficier du welfare en tant que travailleur. Quel th\u00e9oricien du plein emploi a-t-il jamais \u00e9voqu\u00e9 cette division des t\u00e2ches parmi l&#8217;ensemble des hommes et des femmes en \u00e2ge de travailler ? Le faire aurait signifi\u00e9 remettre en cause le pacte implicite entre les sexes sur lequel le welfare \u00e9tait lui-m\u00eame b\u00e2ti. Les transformations historiques dans les conditions mat\u00e9rielles et dans la conscience des hommes et des femmes sont utilis\u00e9es pour d\u00e9manteler, d\u00e9l\u00e9gitimer l&#8217;Etat social. Interpr\u00e9ter la r\u00e9alit\u00e9 en mutation, fonder une fa\u00e7on nouvelle de conjuguer responsabilit\u00e9 et solidarit\u00e9, \u00e9largir la capacit\u00e9 de repr\u00e9sentation des sujets sont autant de passages oblig\u00e9s pour la gauche si nous voulons sauvegarder les importants r\u00e9sultats obtenus par le conflit de classe sur le terrain des droits sociaux et de l&#8217;\u00e9largissement de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p> <strong> Des facteurs de crise et d&#8217;innovation potentiels <\/strong><\/p>\n<p>Pour repenser le welfare, il convient de se mesurer avec les transformations sociales et la nature de celles-ci. La prolongation de l&#8217;esp\u00e9rance de vie, les changements dans la famille, l&#8217;augmentation de l&#8217;\u00e2ge scolaire, l&#8217;immigration sont des ph\u00e9nom\u00e8nes quantitatifs et qualitatifs ambivalents dans le sens o\u00f9 ils constituent \u00e0 la fois des facteurs de crise et d&#8217;innovation potentiels.<\/p>\n<p>1. L&#8217;entr\u00e9e massive des femmes sur le march\u00e9 du travail et dans le travail a repr\u00e9sent\u00e9 l&#8217;\u00e9l\u00e9ment le plus marquant dans la rupture des vieux \u00e9quilibres et dans l&#8217;exigence de changements radicaux remettant en cause le pacte entre les sexes, fond\u00e9 sur la division des r\u00f4les. En effet, les femmes qui travaillent ou qui, en masse, veulent travailler, r\u00e9v\u00e8lent l&#8217;ampleur du travail d&#8217;assistance, comme \u00e9tant une invasion obs\u00e9dante, empi\u00e9tant sur le travail productif ainsi que le probl\u00e8me de l&#8217;irrationalit\u00e9 des temps et des modes de travail, et posent la question d&#8217;une r\u00e9organisation des horaires et des rythmes de vie quotidienne, la cr\u00e9ation d&#8217;un rapport \u00e9quilibr\u00e9 entre le travail productif et les autres sph\u00e8res de la vie, la reconnaissance du travail et des responsabilit\u00e9s d&#8217;assistance \u00e0 travers la socialisation et le partage du travail. D&#8217;autre part, dans la pr\u00e9carisation du travail et l&#8217;augmentation du ch\u00f4mage, entrent des causes structurelles (globalisation des march\u00e9s, r\u00e9volution technologique, informatisation) et des raisons politiques (choix n\u00e9o-lib\u00e9raux, h\u00e9g\u00e9monie des entreprises). Mais la rupture du mod\u00e8le fordiste a caus\u00e9 la pr\u00e9carisation et le ch\u00f4mage, parce que ce sont les choix des entreprises qui ont gagn\u00e9, tandis qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de cette rupture existaient aussi des \u00e9l\u00e9ments subjectifs qui exigeaient le d\u00e9passement des &#8221; rigidit\u00e9s &#8221; et du travail productif standard, au profit d&#8217;espaces de libert\u00e9 et d&#8217;autod\u00e9termination du et dans le travail, au point de devoir r\u00e9viser le concept m\u00eame de travail.<\/p>\n<p>2. De nouvelles exigences, de nouveaux besoins, de nouveaux rapports sociaux tels que le passage du besoin au droit social. Comment, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 travers quelles garanties de distributions et de prestations, s&#8217;exerce un droit social. Quel est le rapport entre \u00e9galit\u00e9 et diff\u00e9rences l\u00e0 o\u00f9 les diff\u00e9rences sont plut\u00f4t des disparit\u00e9s \u00e0 d\u00e9passer ou des discriminations \u00e0 combattre ? Autre question: quelle valeur rev\u00eat aujourd&#8217;hui le bin\u00f4me inclusion-exclusion, non seulement par rapport au revenu et au travail, mais par rapport \u00e0 la formation, aux savoirs, aux circuits de la socialisation et de la communication ?<\/p>\n<p>3. Pour le financement, partir des droits et non pas des comptabilit\u00e9s \u00e9conomiques permet aussi d&#8217;affronter les questions de la d\u00e9pense en des termes non seulement \u00e9conomiques, mais aussi sociaux, et de joindre rendement et efficacit\u00e9 en fonction des exigences et des conditions mat\u00e9rielles des femmes et des hommes et de leur mod\u00e8le social de r\u00e9f\u00e9rence. On en revient \u00e0 la question principale: celle de la faillite du march\u00e9 et des politiques n\u00e9o-lib\u00e9rales qui se traduisent par l&#8217;augmentation du ch\u00f4mage qui cr\u00e9e un circuit pervers du c\u00f4t\u00e9 des cotisations et de la pr\u00e9voyance, de la fiscalit\u00e9 et de la distribution des services. Les transformations sociales et le choix des valeurs de r\u00e9f\u00e9rence et de mod\u00e8les de cohabitations ouvrent pour la gauche les perspectives de r\u00e9forme suivantes: n L&#8217;axe fondateur du nouvel Etat social devrait \u00eatre le lien entre production et reproduction sociale ou, en d&#8217;autres termes, le travail repens\u00e9 comme activit\u00e9 historiquement n\u00e9cessaire au fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 et qui inclue donc les travaux formels et informels, tous les travaux de reproduction du travail d&#8217;assistance non salari\u00e9 exerc\u00e9 par les femmes. n Quel travail productif ? Si nous consid\u00e9rons comme acquis et irr\u00e9versible le ch\u00f4mage de longue dur\u00e9e et la pr\u00e9carisation du travail, l&#8217;Etat social ne peut que fournir des d\u00e9dommagements et des indemnit\u00e9s dans diff\u00e9rents domaines, de la formation parking aux diff\u00e9rentes formes d&#8217;allocation ch\u00f4mage et de revenu minimum garanti. Si, au contraire, nous lions la r\u00e9forme de l&#8217;Etat social et les batailles pour l&#8217;emploi, pour la cr\u00e9ation et la redistribution du travail (r\u00e9duction du temps de travail, d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux informatiques, redistribution du travail d&#8217;assistance), nous pouvons prospecter un Etat social promotionnel. n Un syst\u00e8me d&#8217;Etat social qui nous rend citoyens, offre, de fa\u00e7on horizontale et non hi\u00e9rarchis\u00e9e, plus de droits (travail, formation, sant\u00e9, pr\u00e9voyance, services sociaux, assistance) et de liens entre ceux-ci. n Tout cela comporte un nouveau pacte social parmi les contractants, entre Etat et citoyens et entre sujets diff\u00e9rents, qui aurait comme priorit\u00e9 l&#8217;emploi, comme lien social, comme facteur d&#8217;identit\u00e9, comme instrument de participation d\u00e9mocratique \u00e0 la Cit\u00e9. n Pour son fonctionnement, il faut penser \u00e0 de nouveaux crit\u00e8res de redistribution des richesses, de la r\u00e9forme fiscale au d\u00e9passement du seul principe de contribution, \u00e0 l&#8217;insertion dans la comptabilit\u00e9 \u00e9conomique nationale des aspects de bien-\u00eatre, exclus du PIB.<\/p>\n<p> <strong> Faire appel aux capacit\u00e9s de la gauche en Europe pour d\u00e9finir un projet <\/strong><\/p>\n<p>Pour conclure, prospecter pour un nouvel Etat social me semble aujourd&#8217;hui devoir faire appel aux capacit\u00e9s de la gauche en Europe &#8221; en particulier l\u00e0 o\u00f9 les gauches sont au gouvernement &#8221; pour lire et interpr\u00e9ter les transformations sociales \u00e0 la lumi\u00e8re d&#8217;un projet qui lui soit propre, pour transformer la soci\u00e9t\u00e9, et d&#8217;un diff\u00e9rent mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. Il faut de la cr\u00e9ativit\u00e9, de l&#8217;innovation, il faut retrouver son identit\u00e9 contre la culture h\u00e9g\u00e9monique de la pens\u00e9e unique, la pr\u00e9pond\u00e9rance des march\u00e9s et des opportunit\u00e9s de la m\u00e9ritocratie. Cette voie-ci et non seulement celle de Maastricht et de ses crit\u00e8res mon\u00e9taristes est la voie pour l&#8217;Europe, une Europe qui n&#8217;accepte pas l&#8217;in\u00e9luctabilit\u00e9 des logiques de march\u00e9 et leur pr\u00e9\u00e9minence sur la rationalit\u00e9 sociale, qui renforce le lien entre droits sociaux et droit \u00e0 la libert\u00e9, qui retrouve la donn\u00e9e de la participation d\u00e9mocratique des citoyennes et des citoyens comme fondement de sa constitution.<\/p>\n<p>* Pr\u00e9sidente de l&#8217;Istituto Ricerce Economiche et Sociali (IRES).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le welfare, ce mod\u00e8le social des pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s depuis l&#8217;apr\u00e8s-guerre, a v\u00e9cu. Faut-il faire son deuil d&#8217;un nouvel Etat social en Europe, ancr\u00e9 dans la mutation r\u00e9elle des soci\u00e9t\u00e9s ? 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