{"id":10517,"date":"2017-06-19T14:43:46","date_gmt":"2017-06-19T12:43:46","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-legislatives-second-tour-premiers-regards\/"},"modified":"2023-06-23T23:25:09","modified_gmt":"2023-06-23T21:25:09","slug":"article-legislatives-second-tour-premiers-regards","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10517","title":{"rendered":"L\u00e9gislatives, second tour : premiers regards"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Emmanuel Macron a donc sa majorit\u00e9, moins large qu\u2019annonc\u00e9e. L\u2019opposition est en miettes. La gauche est \u00e0 reconstruire. Quant au nouveau pr\u00e9sident, il n\u2019est pas au bout de ses peines. Sa l\u00e9gitimit\u00e9 est bien fragile, quand elle repose sur un socle citoyen si t\u00e9nu\u2026<\/p>\n<h2>Crise politique, crise d\u00e9mocratique<\/h2>\n<p>Une part r\u00e9duite de l\u2019\u00e9lectorat a conduit \u00e0 une majorit\u00e9 parlementaire absolue.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-25134\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph1-8e5.png\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph1.png\" align=\"center\" width=\"278\" height=\"421\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph1-8e5.png 278w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph1-8e5-198x300.png 198w\" sizes=\"auto, (max-width: 278px) 100vw, 278px\" \/><br \/>\n<br \/>\nLe second tour a donc modul\u00e9 les r\u00e9sultats du premier. Plusieurs sondages enregistraient qu\u2019une majorit\u00e9 des personnes interrog\u00e9es ne souhaitait pas que le Pr\u00e9sident \u00e9lu s\u2019appuie sur une majorit\u00e9 \u00e0 sa botte dans la future Assembl\u00e9e. La tactique d\u2019En marche qui pouvait s\u2019av\u00e9rer ravageuse \u2013 je mobilise les \u00e9lecteurs de droite pour \u00e9liminer la gauche\u00a0; je mobilise la gauche pour \u00e9liminer la droite \u2013 a de fait moyennement fonctionn\u00e9. <\/p>\n<p>Les \u00e9lecteurs de gauche et de droite ne se sont pas mobilis\u00e9s en faveur de Macron. Au plus grand bonheur des \u00e9quipes locales qui ne voyaient pas d\u2019un bon \u0153il la Macronie d\u00e9barquer localement. Anne Hidalgo pourrait en t\u00e9moigner\u00a0! Les Fran\u00e7ais ont ainsi moins vot\u00e9 en faveur de la R\u00e9publique en marche que ne le laissaient entendre les augures de l\u2019entre-deux-tours. Mais, avec un tiers des suffrages au premier tour, le nouveau Pr\u00e9sident a sa majorit\u00e9 (la sixi\u00e8me en importance depuis 1958). Toutefois, ladite majorit\u00e9 a ses limites.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-25135\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph2-c9f.png\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph2.png\" align=\"center\" width=\"211\" height=\"419\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph2-c9f.png 211w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph2-c9f-151x300.png 151w\" sizes=\"auto, (max-width: 211px) 100vw, 211px\" \/><br \/>\n<br \/>\nQuand pr\u00e8s de 60% des \u00e9lecteurs s\u2019abstiennent de voter \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un tour jug\u00e9 d\u00e9cisif, cela signifie que la politique est en crise et que la d\u00e9mocratie est malade. Tous les indices, abstention structurelle, discr\u00e9dit des partis, m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9lus, indiquent que nous sommes au point o\u00f9 les institutions politiques perdent leur sens dans l\u2019esprit du plus grand nombre.<\/p>\n<p>Comment en serait-il autrement\u00a0? Les candidats promettent et les gouvernants ne font pas, quand ils ne font pas le contraire de ce pour quoi ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s. Les partis politiques semblent devenus des conservateurs frileux de positions de pouvoir acquises, sans projet clair et distinct. L\u2019esprit public est min\u00e9, conjointement, par la valorisation de la fortune, par la corruption et par le retrait de l\u2019\u00c9tat. La gauche et la droite se confondent dans l\u2019exercice du pouvoir. Quant aux institutions, elles fonctionnent \u00e0 la &#8220;gouvernance&#8221;. Les choix du suffrage universel ne sont d\u00e8s lors respect\u00e9s que lorsqu\u2019ils co\u00efncident avec les convictions des \u00e9lites. La citoyennet\u00e9 est rabougrie et la politique semble inutile. Les valeurs qu\u2019elle doit porter par principe c\u00e8dent en permanence \u00e0 des contraintes, presque toujours \u00e9conomiques, dont la l\u00e9gitimit\u00e9 ne se pr\u00eate \u00e0 aucune contestation.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ne s\u2019arrache pas \u00e0 cette crise, la base m\u00eame de toute d\u00e9mocratie sera menac\u00e9e. Le m\u00e9contentement et l\u2019inqui\u00e9tude ne d\u00e9boucheront pas sur l\u2019action collective concert\u00e9e, mais sur le ressentiment, l\u2019amertume et la haine. La combativit\u00e9 laissera la place \u00e0 la stigmatisation des boucs \u00e9missaires, aux flamb\u00e9es de violence suivies par la r\u00e9signation. \u00c0 ce jeu, o\u00f9 la force reste toujours aux dominants en derni\u00e8re instance, l\u2019\u00e9mancipation ne peut rien gagner.<\/p>\n<p>Se sortir de ce cycle d\u00e9l\u00e9t\u00e8re est une n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e9sormais vitale. Ce n\u2019est pas affaire de simples mots, de mises en sc\u00e8nes et de formules toutes faites. La politique ne vit pas sans esp\u00e9rance, affective certes, mais rationnelle et concr\u00e8te. Elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi dynamique que quand elle pouvait reposer sur des controverses claires, portant en g\u00e9n\u00e9ral sur les projets que l\u2019on entend mettre au c\u0153ur de la vie commune. En abdiquant cette mission, au profit d\u2019une gestion technocratique de l\u2019imm\u00e9diat, la politique a perdu de son sens pour des millions d\u2019individus. Rien n\u2019est plus fondamental que de reconstruire ce sens.<\/p>\n<h2>L\u2019illusion du centre<\/h2>\n<p><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>[Cliquez sur l&#8217;image pour l&#8217;agrandir]<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/IMG\/png\/legislatives-2e-tour-graph3-big.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-25136\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph3-460-7c3.png\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph3-460.png\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"675\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph3-460-7c3.png 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph3-460-7c3-204x300.png 204w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><\/a><br \/>\n<br \/>\nLa tentation du centre est une constante de l\u2019histoire fran\u00e7aise, n\u00e9e au XIXe si\u00e8cle du double refus des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Ancien r\u00e9gime et de la voie r\u00e9volutionnaire. Au d\u00e9part, elle a partie li\u00e9 avec le lib\u00e9ralisme politique. Mais, par peur des r\u00e9volutions, celui-l\u00e0 s\u2019est tr\u00e8s t\u00f4t effac\u00e9 devant la pente conservatrice. Comme le lib\u00e9ralisme politique, en France, le centre a \u00e9t\u00e9 un mythe agissant davantage qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 bien install\u00e9e. En g\u00e9n\u00e9ral, le recours au centre appara\u00eet quand la droite ou la gauche se trouvent en difficult\u00e9. En dehors de ces moments, il est r\u00e9duit \u00e0 la portion congrue.<\/p>\n<p>Sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, au temps de la guerre froide, l\u2019opposition radicale des communistes et des gaullistes, aux deux bouts de l\u2019\u00e9chiquier politique, semblait justifier la constitution de majorit\u00e9s parlementaires de &#8220;Troisi\u00e8me force&#8221; regroupant une partie de la droite (les &#8220;r\u00e9publicains populaires&#8221;) et une partie de la gauche (les socialistes et les radicaux). Instable, la formule fut contin\u00fbment victime de sa fragilit\u00e9 et elle p\u00e9rit, en m\u00eame temps qu\u2019une R\u00e9publique assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 gouvernementale et \u00e0 la compromission des partis.<\/p>\n<p>La Ve R\u00e9publique, par la vertu de son principe majoritaire, revigora le dualisme de la gauche et de la droite. Mais la tentation centriste persista, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 la droite comme la gauche au pouvoir donnaient l\u2019apparence de la fragilit\u00e9. Au milieu des ann\u00e9es soixante, la mont\u00e9e des oppositions au gaullisme relan\u00e7a un centrisme politique, comme une alternative possible au gaullisme historique. Il prit alors la forme &#8220;am\u00e9ricaine&#8221; du Centre d\u00e9mocrate de Jean Lecanuet, puis d\u2019une UDF qui, avec Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing, se voulut se substituer au gaullisme au travers de l\u2019ambition de rassembler &#8220;deux Fran\u00e7ais sur trois&#8221;.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, constatant le d\u00e9clin acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 du PCF, Fran\u00e7ois Mitterrand tenta de se conforter, au travers d\u2019de son c\u00f4t\u00e9 une op\u00e9ration de s\u00e9duction en direction du centre, lors de la campagne pour sa r\u00e9\u00e9lection en 1988. La formule lui permit de remporter l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, mais fut repouss\u00e9e par l\u2019\u00e9lectorat de gauche aux l\u00e9gislatives qui suivirent. \u00c0 droite comme \u00e0 gauche, le centrisme parut ainsi vou\u00e9 \u00e0 un rang modeste, variable au gr\u00e9 des circonstances, mais toujours subordonn\u00e9\u00a0: Fran\u00e7ois Bayrou a \u00e9t\u00e9 le symbole de cette place en demi-teintes.<\/p>\n<p>Le fait nouveau est que la droite et la gauche \u00e0 vocation gouvernementale se trouvent en m\u00eame temps dans l\u2019\u0153il du cyclone, \u00e9puis\u00e9es par des gestions qui manifestent l\u2019impuissance du politique plus que son utilit\u00e9. Tandis que, dans les p\u00e9riodes pr\u00e9c\u00e9dentes, la droite et la gauche b\u00e9n\u00e9ficiaient alternativement des d\u00e9boires du camp oppos\u00e9, elles se trouvent l\u2019une et l\u2019autre incapables de le faire. D\u00e9sormais, c\u2019est la pertinence m\u00eame de leur contraste qui se trouve en question. Dans la perspective de la pr\u00e9sidentielle, Alain Jupp\u00e9 esp\u00e9rait s\u2019appuyer sur ce marasme pour relancer une voie centriste classique, dans l\u2019esprit des tentatives pr\u00e9c\u00e9dentes. Les \u00e9lecteurs de la primaire \u00e0 droite en ont d\u00e9cid\u00e9 autrement. La droite a pay\u00e9 cher cette t\u00e9m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>La voie \u00e9tait donc libre pour un centrisme d\u2019apparence plus \u00e0 gauche, sur le mod\u00e8le du parti d\u00e9mocrate &#8220;clintonien&#8221; ou du d\u00e9mocratisme \u00e0 l\u2019italienne d\u2019un Matteo Renzi. Emmanuel Macron s\u2019est engouffr\u00e9 dans la br\u00e8che, avec son curieux mouvement, \u00e0 la fois attrape-tout et \u00e9litiste, fond\u00e9 sur une &#8220;soci\u00e9t\u00e9 civile&#8221; qui, dans l\u2019esprit dominant de l\u2019Union europ\u00e9enne, se confond avec les sommets de la vie \u00e9conomique, des r\u00e9seaux communicants et du pouvoir administratif. Or ni la droite classique ni le socialisme en crise profonde ne se sont av\u00e9r\u00e9s en \u00e9tat de le contrer. La pr\u00e9sidentielle, puis les deux tours des l\u00e9gislatives ont ent\u00e9rin\u00e9 le rapport des forces r\u00e9el\u00a0: l\u2019option r\u00e9put\u00e9e &#8220;centriste&#8221; l\u2019a emport\u00e9e par d\u00e9faut.<\/p>\n<p>Mais une victoire par d\u00e9faut peut tr\u00e8s bien se transformer en h\u00e9g\u00e9monie plus prenne. Il ne faut donc pas sous-estimer le ph\u00e9nom\u00e8ne macronien dans sa globalit\u00e9, quand bien m\u00eame sa &#8220;technicit\u00e9&#8221; proprement politique s\u2019av\u00e8re encore limit\u00e9e. Celui qui l\u2019a rendue possible ne manque pas de r\u00e9flexion et de d\u00e9termination. Il tentera de donner du corps \u00e0 l\u2019option qu\u2019il a impos\u00e9e, en l\u2019installant en force politique coh\u00e9rente. L\u2019ampleur de la crise du socialisme et de la droite h\u00e9rit\u00e9e du gaullisme laisseront d\u2019autant plus de champ \u00e0 ses efforts que les notions de gauche et de droite ont perdu une grande part de leur sens dans les repr\u00e9sentations communes.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat du premier tour des l\u00e9gislatives dit de fa\u00e7on spectaculaire le double recul que nourrit cette perte de sens. Le total de la gauche et des \u00e9cologistes a atteint son niveau le plus bas (23.9% des exprim\u00e9s) depuis la Lib\u00e9ration. Quant \u00e0 la droite, elle enregistre son plus mauvais score depuis le d\u00e9but de la Ve R\u00e9publique.<\/p>\n<h2>Les r\u00e9sultats du PCF et de la France insoumise<\/h2>\n<p>Les candidats du PCF et de la France insoumise s\u2019en sortent plut\u00f4t bien. Ils \u00e9taient 78 \u00e0 avoir franchi le seuil du premier tour\u00a0; ils sont 27 \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lus au second et ils ont tout de m\u00eame engrang\u00e9 6% des suffrages au plan national. Sur les circonscriptions o\u00f9 ils \u00e9taient pr\u00e9sents, ils obtiennent une moyenne appr\u00e9ciable de 47,1% des suffrages exprim\u00e9s.<\/p>\n<p>La France insoumise obtient des scores qui vont de 64,2% (2e circonscription du Nord) \u00e0 33,9% (3e du Morbihan). Elle rate la qualification de peu (moins de 2%) dans 5 circonscriptions et obtient au total 17 d\u00e9put\u00e9s. Elle s\u2019empare de 15 si\u00e8ges d\u00e9tenus par des socialistes, dont ceux de Bruno Leroux (Eric Coquerel), d\u2019\u00c9lisabeth Guigou (Bastien Lachaud), de Claude Bartolone (Sabine Rubin), de Daniel Hanotin (St\u00e9phane Peu), de Razzy Hammadi (Alexis Corbi\u00e8re) et de Daniel Vaillant (Danielle Obono). Elle s\u2019installe solidement en Seine-Saint-Denis (5 si\u00e8ges, dont celui de Cl\u00e9mentine Autain, plus celui du communiste St\u00e9phane Peu), dans le Nord (2 circonscriptions) et dans les deux circonscriptions de l\u2019Ari\u00e8ge. Jean-Luc M\u00e9lenchon lui permet de reprendre pied dans les Bouches-du-Rh\u00f4ne. Elle r\u00e9cup\u00e8re le si\u00e8ge de No\u00ebl Mam\u00e8re en Gironde. Dans le Val-de-Marne, elle s\u2019empare de la 10e circonscription, que le MRC Jean-Luc Laurent avait ravi aux communistes en 2012 (Ivry-Gentilly). Elle parvient ainsi \u00e0 concr\u00e9tiser l\u2019implantation solide qu\u2019avaient r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la pr\u00e9sidentielle et le premier tour des l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p>Le PCF, quant \u00e0 lui, fait quasiment carton plein\u00a0: il a 10 \u00e9lus sur les 12 qui se pr\u00e9sentaient officiellement sous son \u00e9tiquette, tandis que deux autres (B\u00e9n\u00e9dicte Taurine dans l\u2019Ari\u00e8ge et St\u00e9phane Peu en Seine-Saint-Denis), \u00e9lus sous \u00e9tiquette FI, sont membres du PC. Ces \u00e9lections de 2017 sont ainsi paradoxales pour les communistes. En 2012, alors que le Front de gauche obtenait 2,5% de plus que le seul PC en 2007, les communistes avaient perdu la moiti\u00e9 de leurs d\u00e9put\u00e9s (8 sur 15). En 2017, avec seulement 2,7% au premier tour, les communistes renforcent leur pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Il perd certes au second tour le si\u00e8ge de Nicolas Sansu dans le Cher, mais conserve les si\u00e8ges convoit\u00e9s d\u2019Alain Bocquet et de Jean-Jacques Candelier dans le Nord. En Seine-Maritime, lilravit trois si\u00e8ges au PS et, autour du maire de Dieppe, S\u00e9bastien Jumel, s\u2019affirme comme la force d\u00e9partementale d\u2019opposition \u00e0 la R\u00e9publique en marche du Premier ministre. Avec pr\u00e8s de deux tiers des suffrages exprim\u00e9s, Andr\u00e9 Chassaigne s\u2019impose \u00e0 nouveau et confirme la solide implantation du PC dans le d\u00e9partement du Puy de D\u00f4me, malgr\u00e9 la contestation vive de FI. Quant \u00e0 Elsa Faucillon, \u00e0 Gennevilliers-Colombes, en s\u2019emparant du si\u00e8ge du socialiste Alexis Bachelay, elle compense, pour les Hauts-de-Seine, la perte de Nanterre, fruit de la division entre partisans de Jean-Luc M\u00e9lenchon.<\/p>\n<p>Le PC profite ainsi du coup de fouet de la pr\u00e9sidentielle, qui a redonn\u00e9 des couleurs aux zones de force qui furent les siennes autrefois et qui n\u2019avaient cess\u00e9 de se r\u00e9tracter jusqu\u2019en 2012. Mais, s\u2019il conforte sa place dans le Puy-de-D\u00f4me et surtout en Seine-Maritime, il doit d\u00e9sormais compter avec la concurrence de FI dans ses anciennes terres d\u2019\u00e9lection du Nord, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne.<\/p>\n<h2>Gauche\u00a0: la fin d\u2019un long cycle<\/h2>\n<p>Avec ses 72 d\u00e9put\u00e9s, la gauche se trouve au plus bas niveau de son histoire. Le tableau ci-dessous montre l\u2019\u00e9volution des votes socialistes et communistes, depuis que les socialistes se sont r\u00e9unifi\u00e9s en 1905. Du parti de Jean Jaur\u00e8s et de Jules Guesde jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, tout laisse entendre que la boucle est boucl\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-25137\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph4-46b.png\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph4.png\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph4-46b.png 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph4-46b-170x300.png 170w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><br \/>\n<br \/>\nQuand se constitue le Parti socialiste unifi\u00e9, au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la premi\u00e8re consultation \u00e9lectorale le place \u00e0 10% des suffrages exprim\u00e9s et il envoie 54 d\u00e9put\u00e9s \u00e0 la Chambre. Au premier tour des l\u00e9gislatives de 2017, le Parti communiste et le Parti socialiste regroupent \u00e0 eux deux 10,2% des suffrages et leur repr\u00e9sentation parlementaire est de 40 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Communistes et socialistes ont structur\u00e9 la gauche fran\u00e7aise du XXe si\u00e8cle, atteignant \u00e0 eux seuls la majorit\u00e9 absolue en 1945 et en 1981. Selon les moments, la dominante est revenue au PCF (1945-1978) ou au PS (1924-1936, 1978-2012). Mais, depuis que le Parti radical a pass\u00e9 la main, en 1936, toutes les formations en dehors des communistes et des socialistes ont \u00e9t\u00e9 vou\u00e9es \u00e0 jouer les utilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Pendant un temps, l\u2019affaiblissement du PCF, amorc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970, a \u00e9t\u00e9 compens\u00e9 par l\u2019h\u00e9g\u00e9monie \u00e9crasante du PS. Mais cette situation tenait \u00e0 la capacit\u00e9, pour le PS, \u00e0 concilier un langage rest\u00e9 marqu\u00e9 par les valeurs historiques du socialisme et une gestion de plus en plus align\u00e9e sur les canons du lib\u00e9ralisme dominant. D\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 cette alchimie instable n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 op\u00e9rationnelle et que les socialistes se sont sentis tenus de choisir entre des options contradictoires, les deux d\u00e9clins, celui du PCF et celui du PS, se sont conjugu\u00e9s, au lieu de s\u2019\u00e9quilibrer.<\/p>\n<p>Ce retour au niveau de 1906 est symbolique\u00a0: il sugg\u00e8re que la gauche est arriv\u00e9e \u00e0 la fin d\u2019un vaste cycle. Le premier, amorc\u00e9 en 1789 et parachev\u00e9 au d\u00e9but du si\u00e8cle par l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du radicalisme, \u00e9tait construit autour de l\u2019exigence d\u00e9mocratique (l\u2019\u00e9galit\u00e9 en droit) et stimulait la formation d\u2019un &#8220;bloc jacobin&#8221;, rassemblant les couches populaires rurales et urbaines autour des &#8220;classes moyennes&#8221;. Le second cycle, ouvert dans l\u2019entre-deux-guerres, a articul\u00e9 l\u2019expansion du monde ouvrier et l\u2019affirmation d\u2019une gauche plus &#8220;sociale&#8221;, centr\u00e9e sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des conditions et l\u2019affirmation d\u2019un \u00c9tat r\u00e9gulateur et redistributeur. Dans ce cycle, le monde ouvrier urbain a acquis, notamment par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019action communiste, une place affirm\u00e9e, ce qui a permis d\u2019articuler gauche sociale et gauche bien \u00e0 gauche pendant quelques d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>La fin des ann\u00e9es 1970 et le glissement de dominante en faveur du socialisme a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9faire le lien de la gauche et du mouvement social. La confusion de la fibre sociale et de la propension \u00e9tatiste (qui a caract\u00e9ris\u00e9 longtemps la lecture &#8220;sovi\u00e9tique&#8221; de la r\u00e9gulation sociale) a pouss\u00e9 une part de la gauche \u00e0 chercher un nouvel \u00e9quilibre. La &#8220;seconde gauche&#8221; a donc remplac\u00e9 le mod\u00e8le traditionnel du socialisme et du communisme par la juxtaposition de l\u2019alignement sur les crit\u00e8res lib\u00e9raux et d\u2019une attention prioritaire aux questions &#8220;soci\u00e9tales&#8221;. La d\u00e9connexion du social et du politique qui en r\u00e9sulte constitue alors le socle du d\u00e9samour qui s\u00e9pare progressivement les cat\u00e9gories populaires de la gauche politique. L\u2019affaiblissement continu du PC \u2013\u00a0rest\u00e9 longtemps le parti ouvrier par excellence\u00a0&#8211; accentue le ph\u00e9nom\u00e8ne dans les ann\u00e9es 1980-1990, vouant les espaces ouvriers \u00e0 l\u2019abstention et, pour la part la plus d\u00e9stabilis\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9volution vers le Front national.<\/p>\n<p>Quand s\u2019amorce, autour de 1993, un regain du &#8220;mouvement social&#8221; et de la gauche critique, il ne d\u00e9bouche pas sur une restructuration globale. Le &#8220;social&#8221; et le &#8220;soci\u00e9tal&#8221; se d\u00e9veloppent parall\u00e8lement et ne convergent que rarement. Quant \u00e0 la gauche critique, le retrait persistant du PC la voue \u00e0 une certaine marginalit\u00e9 politique, que ne rompent pas plus la courte perc\u00e9e de l\u2019extr\u00eame gauche entre 1998 et 2002, que la force du &#8220;non&#8221; de gauche au projet de trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en en 2005.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections de 2017 marquent donc une rupture d\u00e9cisive. Le PS d\u2019\u00c9pinay a manifestement clos la longue phase qui, de 1971 \u00e0 aujourd\u2019hui, l\u2019a vu prendre le pas sur le PC, conqu\u00e9rir le pouvoir, h\u00e9siter sur son orientation et s\u2019engluer dans le &#8220;hollandisme&#8221;. Les adh\u00e9rents socialistes diront, dans les mois qui viennent, comment ils envisagent l\u2019avenir du socialisme fran\u00e7ais. De leur c\u00f4t\u00e9, les militants communistes feront le bilan d\u2019une p\u00e9riode bien heurt\u00e9e. En attendant, la faiblesse simultan\u00e9e du PS et du PC nous dit ainsi que la gauche a achev\u00e9, tout \u00e0 la fois, son cycle &#8220;d\u00e9mocratique&#8221; et son cycle &#8220;social-ouvrier&#8221;. Dans la forme qui a \u00e9t\u00e9 la sienne au XXe si\u00e8cle, autour du couple PC-PS, elle est d\u00e9sormais \u00e9puis\u00e9e. Reste \u00e0 dire si cet \u00e9puisement est celui seulement d\u2019une forme, ou s\u2019il renvoie \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s plus structurelles encore.<\/p>\n<p><strong>(La suite dans quelques jours\u2026)<\/strong><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10517 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph4-8b6.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph4-8b6-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph4.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph1-438.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph1-438-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph1.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph2-042.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph2-042-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph3-460-9f9.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph3-460-9f9-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph3-460.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph3-big-a87.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2e-tour-graph3-big-a87-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"legislatives-2e-tour-graph3-big.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emmanuel Macron a donc sa majorit\u00e9, moins large qu\u2019annonc\u00e9e. 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