{"id":10488,"date":"2017-06-08T14:45:06","date_gmt":"2017-06-08T12:45:06","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-j-3-bilan-d-etape-avant-election\/"},"modified":"2023-06-23T23:25:03","modified_gmt":"2023-06-23T21:25:03","slug":"article-j-3-bilan-d-etape-avant-election","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10488","title":{"rendered":"J-3\u00a0: bilan d\u2019\u00e9tape, avant \u00e9lection"},"content":{"rendered":"\n\n<p class=\"post_excerpt\">Le cycle tumultueux des \u00e9lections voulues par la Constitution s&#8217;ach\u00e8ve bient\u00f4t. Va-t-il de nouveau d\u00e9jouer les pronostics et accumuler les surprises ? Ou les \u00e9lecteurs sont-ils las des tourbillons politiques\u00a0? Tour d\u2019horizon avant le r\u00e9sultat final\u2026<\/p>\n\n<h2>1. Emmanuel Macron aura-t-il sa majorit\u00e9 absolue\u00a0?<\/h2>\n\nLa r\u00e9forme du quinquennat, en 2001, liait institutionnellement pr\u00e9sidentielle et l\u00e9gislatives pour faire co\u00efncider les majorit\u00e9s et \u00e9viter les cohabitations. Jusqu\u2019\u00e0 ce jour, la logique a toujours fonctionn\u00e9. Si l\u2019on en croit les sondages, il en sera de m\u00eame cette fois-ci. Les plus r\u00e9cents (Ipsos, Ifop, BVA) s\u2019accordent \u00e0 attribuer de 29,5% \u00e0 31% au mouvement du pr\u00e9sident et les fourchettes de projection en si\u00e8ges vont de 350 \u00e0 415, soit une majorit\u00e9 absolue dans tous les cas. La France politiquement \u00e9clat\u00e9e accorderait une marge de man\u0153uvre consid\u00e9rable au nouvel \u00e9lu.\n\nInutile de brocarder les sondeurs\u00a0: ils ne se sont pas si mal d\u00e9brouill\u00e9s dans la phase pr\u00e9c\u00e9dente. On ne sous-estimera pas pour autant la part d\u2019al\u00e9atoire qui demeure. On ne sait quel sera le niveau d\u2019abstention, qui a augment\u00e9 contin\u00fbment de 2002 (35,6%) \u00e0 2012 (42,8%). Quant \u00e0 la diversit\u00e9 classique des configurations locales, elle est aviv\u00e9e cette fois par une &#8220;offre&#8221; pl\u00e9thorique\u00a0: la moyenne de candidats par circonscription (13,6) est \u00e0 peine moins forte qu\u2019en 2002 (14,7), nettement sup\u00e9rieure \u00e0 2012 (9,8) et m\u00eame au-dessus de celle de 2007 (12,9). Dans ces conditions, l\u2019anticipation locale des majorit\u00e9s est incertaine, que ce soit en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate ou en triangulaire. Des variations modestes sur le plan national peuvent provoquer des \u00e9carts inattendus, dans tous les sens.\n\nDisons simplement qu\u2019Emmanuel Macron semble tenir solidement la corde, sans que l\u2019on puisse en dire davantage. Il a pour lui l\u2019exigence de renouveau, que le premier tour de la pr\u00e9sidentielle a manifest\u00e9e de fa\u00e7on \u00e9clatante et qu\u2019incarne \u00e0 sa mani\u00e8re son mouvement En marche\u00a0! (EM). Mais le renouveau a son revers \u2013\u00a0l\u2019absence de notori\u00e9t\u00e9 des candidatures\u00a0\u2013 et les sondages disent \u00e0 la fois l\u2019attrait du vote en faveur d\u2019EM et la coupure en deux d\u2019une opinion qui h\u00e9site entre le d\u00e9sir de donner au pr\u00e9sident la base parlementaire dont il a besoin et le souhait d\u2019un partage des responsabilit\u00e9s avec d\u2019autres forces, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche. En bref, la logique pr\u00e9sidentialiste attire et fait peur, \u00e0 parts \u00e9gales\u2026\n\nTel est le lot des crises politiques\u00a0: elles perturbent les logiques install\u00e9es, brouillent les rep\u00e8res et diversifient les comportements, qu\u2019elles rendent volatiles. Au d\u00e9part, c\u2019est une chance pour Emmanuel Macron. Mais jusqu\u2019\u00e0 quel point et pour combien de temps\u00a0?\n\n<h2>2. La droite pourra-t-elle surmonter son \u00e9chec de la pr\u00e9sidentielle\u00a0?<\/h2>\n\nLa droite fran\u00e7aise est dans une situation bien \u00e9trange. Elle a voulu sanctionner l\u2019ex\u00e9cutif pr\u00e9c\u00e9dent et le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 sans appel. Fran\u00e7ois Hollande a renonc\u00e9, Manuel Valls a mordu la poussi\u00e8re et le PS est exsangue. Le nouveau chef du gouvernement vient de la droite, qui d\u00e9tient aussi les minist\u00e8res cruciaux de l\u2019\u00e9conomie. Bref, le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique a le vent en poupe et la gauche <em>stricto sensu<\/em> est dans ses plus basses eaux.\n\nMais l\u2019opinion, qui a opt\u00e9 largement pour des lib\u00e9raux, affirme en m\u00eame temps qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8re le dialogue social \u00e0 la mani\u00e8re forte des ordonnances. Et elle ne semble pas avoir l\u2019intention de choisir des repr\u00e9sentants aussi clairement \u00e0 droite qu\u2019on le pr\u00e9voyait il y a quelques mois. Les sondages donnent \u00e0 la droite hors FN entre 19% (Ifop) et 23% (Ipsos) (20% pour BVA) et annoncent une fourchette allant de 105 \u00e0 153 si\u00e8ges. Les \u00e9lecteurs de la primaire \u00e0 droite avaient repouss\u00e9 largement la propension r\u00e9put\u00e9e centriste d\u2019Alain Jupp\u00e9 et choisi l\u2019option plus radicale qu\u2019incarnait Fran\u00e7ois Fillon. Ce faisant, ils ont lib\u00e9r\u00e9 un espace au centre, qui siphonne les partis &#8220;gouvernementaux&#8221;, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche. S\u2019il n\u2019y a plus de muraille de Chine entre les gestions de droite et de gauche, pourquoi ne pas tenter de les r\u00e9unir\u00a0? Du coup, l\u2019\u00e9lectorat de droite est d\u00e9mobilis\u00e9 et d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9, \u00e9cartel\u00e9 entre l\u2019entente avec Macron et une franche opposition.\n\nLe choix est d\u2019autant plus difficile que le Front national lui-m\u00eame est dans un surprenant entre-deux. Les d\u00e9partementales et les r\u00e9gionales de 2015, de m\u00eame que les premiers sondages pr\u00e9sidentiels lui laissaient esp\u00e9rer une confortable premi\u00e8re place. Les r\u00e9sultats de Marine Le Pen ne sont certes pas \u00e0 n\u00e9gliger. Elle fait mieux que tous les scores pr\u00e9c\u00e9dents du FN, dispose d\u2019un \u00e9lectorat populaire et consolide l\u2019implantation locale de son parti\u00a0: le 23 avril, elle est en t\u00eate dans 216 circonscriptions et plus de la moiti\u00e9 des communes\u00a0; au second tour, elle est majoritaire dans un quart des communes m\u00e9tropolitaines. Mais elle a fl\u00e9chi en fin de campagne (Fran\u00e7ois Fillon et Jean-Luc M\u00e9lenchon l\u2019ont presque rattrap\u00e9e) et elle peine \u00e0 s\u2019implanter dans la France urbaine et m\u00e9tropolitaine. Du coup, ce qui aurait pu \u00eatre tenu pour un franc succ\u00e8s appara\u00eet comme un semi-\u00e9chec.\n\nD\u2019une certaine fa\u00e7on, Marine Le Pen rencontre le probl\u00e8me classique de toutes les martingales politiques, contrainte tout \u00e0 la fois de mobiliser le c\u0153ur de son \u00e9lectorat et de gagner des secteurs de l\u2019opinion plus \u00e9loign\u00e9s au d\u00e9part. Elle a longtemps cherch\u00e9 \u00e0 rassurer pour &#8220;d\u00e9diaboliser&#8221; son image, au risque d\u2019attiser les m\u00e9contentements identitaires. <em>In extremis<\/em>, elle a d\u00e9cid\u00e9 de montrer \u00e0 nouveau des dents, au risque de les briser. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, elle a perdu sur les deux tableaux, ce qui annonce des lendemains strat\u00e9giques tumultueux. De ce fait, les l\u00e9gislatives ne s\u2019annoncent pas sous leur meilleur jour, malgr\u00e9 des r\u00e9sultats exceptionnels dans les Hauts-de-France et dans l\u2019Est. Les sondages la fixent \u00e0 17-18% et ne lui laissent esp\u00e9rer qu\u2019une fourchette allant de 5 \u00e0 16 si\u00e8ges. Les digues, en 2017, ne sont pas encore toutes tomb\u00e9es, ce qui met Marine Le Pen au pied du mur et menace le FN d\u2019\u00e9clatement.\n\n<h2>3. Le PS ira-t-il au bout de l\u2019enfer\u00a0?<\/h2>\n\nLe 23 avril, les \u00e9lecteurs ont rejet\u00e9 Beno\u00eet Hamon du c\u00f4t\u00e9 du score d\u00e9sastreux que le socialiste Gaston Defferre avait obtenu en 1969. Sans doute les sondages laissent-ils entrevoir un score l\u00e9gislatif un peu meilleur, mais nettement au-dessous des 10% (7,5% pour l\u2019Ifop, 8% pour BVA, 8,5% pour Ipsos), avec une repr\u00e9sentation parlementaire qui pourrait osciller entre 20 et 35 si\u00e8ges. Dans tous les cas, cela place les socialistes au niveau l\u00e9gislatif le plus bas de toute leur histoire depuis le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle (en 1993, ils \u00e9taient tomb\u00e9s \u00e0 57 d\u00e9put\u00e9s).\n\n\u00c0 quoi s\u2019ajoute bien s\u00fbr le dilemme strat\u00e9gique \u00e0 venir\u00a0: le futur groupe \u2013\u00a0s\u2019il s\u2019en constitue un\u00a0\u2013 sera partag\u00e9 entre plusieurs options possibles, difficilement conciliables (bonne entente avec Macron, opposition &#8220;constructive&#8221;, alliance avec la gauche &#8220;radicale&#8221;). Quant \u00e0 la question du parti, elle reste en suspens. La seule certitude est celle de la mort du socialisme mitterrandien. Inutile de chercher ailleurs le ou les responsable(s) de sa chute. Personne n\u2019a d\u00e9truit le PS\u00a0: il s\u2019est autod\u00e9truit. Plus de quatre d\u00e9cennies de recentrage et d\u2019h\u00e9sitations l\u2019ont plac\u00e9 dans une ambigu\u00eft\u00e9 qui ne pouvait d\u00e9boucher que sur un d\u00e9sastre. Au fond, Beno\u00eet Hamon n\u2019a obtenu en avril rien d\u2019autre que ce que les sondages lui pr\u00e9disaient, avant sa victoire inattendue \u00e0 la primaire de la &#8220;Belle alliance populaire&#8221;\u2026\n\nY aura-t-il place pour une social-d\u00e9mocratie relanc\u00e9e, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un &#8220;d\u00e9mocratisme&#8221; \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine ou \u00e0 l\u2019italienne\u00a0? Les l\u00e9gislatives risquent de ne donner qu\u2019une indication bien floue sur ce champ des possibles. Les lendemains s\u2019annoncent donc difficiles, pour un parti qui a perdu son h\u00e9g\u00e9monie.\n\n<h2>4. La France insoumise peut-elle \u00eatre majoritaire\u00a0?<\/h2>\n\nLe 23 avril au soir, Jean-Luc M\u00e9lenchon manifestait \u00e9trangement son amertume, alors qu\u2019une pr\u00e9sence au second tour s\u2019annon\u00e7ait, tout \u00e0 la fois, statistiquement possible et hautement improbable. Une fois pass\u00e9 le tour d\u00e9cisif, il a affirm\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que les l\u00e9gislatives pouvaient corriger le tir et donner une majorit\u00e9 \u00e0 France insoumise, lui permettant ainsi de briguer la direction du futur gouvernement.\n\nIncontestablement, les soutiens de Jean-Luc M\u00e9lenchon disposent sur le papier d\u2019un socle non n\u00e9gligeable. Le leader de la France insoumise a plac\u00e9 la gauche de gauche \u00e0 son plus haut niveau pr\u00e9sidentiel depuis 1969. Alors que le PCF \u00e9tait pass\u00e9 peu \u00e0 peu d\u2019une implantation nationalis\u00e9e \u00e0 un archipel de plus en plus \u00e9clat\u00e9, le score d\u00e9partemental de Jean-Luc M\u00e9lenchon n\u2019est nulle part au-dessous de 13,6%. Il a replac\u00e9 la gauche du PS \u00e0 des scores exceptionnellement hauts, jusque dans des territoires o\u00f9 l\u2019influence communiste d\u2019hier s\u2019\u00e9tait \u00e9tiol\u00e9e au fil des \u00e9lections. Bien implant\u00e9 en zone urbaine dense, Jean-Luc M\u00e9lenchon a s\u00e9duit un \u00e9lectorat plut\u00f4t jeune et regagn\u00e9 une part des cat\u00e9gories populaires qui avaient accompagn\u00e9 la dynamique \u00e0 gauche des ann\u00e9es 1960-1970 et que la gauche avait perdues, toutes tendances confondues. En bref, le premier tour de la pr\u00e9sidentielle n\u2019a pas invers\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une gauche fragilis\u00e9e, mais elle lui a redonn\u00e9 une part des couleurs qu\u2019elle n\u2019avait plus.\n\nEn 2012, le r\u00e9sultat des l\u00e9gislatives (6,9%) n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur du score pr\u00e9sidentiel (11,1%). Il est vrai que la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des candidatures du Front de gauche (FDG) \u00e9taient alors communistes. Or si l\u2019\u00e9lan de la pr\u00e9sidentielle avait relev\u00e9 sensiblement les scores du FDG l\u00e0 o\u00f9 le PCF s\u2019\u00e9tait presque compl\u00e8tement marginalis\u00e9, il n\u2019avait pas pour autant contredit l\u2019\u00e9rosion des territoires o\u00f9 il \u00e9tait le mieux implant\u00e9. Les 3% suppl\u00e9mentaires par rapport \u00e0 2007 n\u2019avaient donc pas emp\u00each\u00e9 le net recul du nombre final des \u00e9lus. La pr\u00e9sidentielle de 2017 a chang\u00e9 en cela les donn\u00e9es de base\u00a0: les zones de force se sont \u00e0 nouveau \u00e9paissies le 23 avril (voir le fichier joint). JLM s\u2019est trouv\u00e9 en t\u00eate dans 66 circonscriptions m\u00e9tropolitaines\u00a0; il d\u00e9passait les 30% dans 27 d\u2019entre elles, les 25% dans 66 et les 20% dans 240[[Pour pouvoir rester en lice au second tour des l\u00e9gislatives, il faut 12,5% des inscrits. Si le taux d\u2019abstention se situe entre 40 et 50%, il faut donc \u00eatre au premier tour dans une fourchette de 20 \u00e0 25%.]].\n\nCe n\u2019est pas pour autant que le transfert de la dynamique pr\u00e9sidentielle se reproduira automatiquement sur le terrain l\u00e9gislatif. Il en est pour la France insoumise comme pour En Marche\u00a0: le renouvellement du personnel politique est un atout (88% des candidats n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9lus, 63% n\u2019ont aucune appartenance partisane et leur moyenne d\u2019\u00e2ge est de 41\u00a0ans)\u00a0; mais le manque de notori\u00e9t\u00e9 peut \u00eatre un handicap, surtout s\u2019il ne s\u2019appuie pas sur la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019un ex\u00e9cutif. En outre, Jean-Luc M\u00e9lenchon a impos\u00e9 sa personnalit\u00e9 dans une pr\u00e9sidentielle o\u00f9 il a su trouver les mots pour mobiliser la gauche, par la persuasion plus que par l\u2019exclusion. \u00c0 partir du soir du premier tour, il ne semble pas avoir marqu\u00e9 avec la m\u00eame force un espace qui l\u2019avait d\u00e9couvert et reconnu, sans pour autant se reconna\u00eetre dans la totalit\u00e9 de son propos. Tout se passe comme si le &#8220;d\u00e9gagisme&#8221;, qui avait occup\u00e9 une place mineure avant le 23 avril, \u00e9tait revenu sur le devant de la sc\u00e8ne. Or cette tentation risque de profiter aux candidats du pr\u00e9sident, davantage qu\u2019\u00e0 son opposition la plus r\u00e9solue.\n\nOn notera surtout que les soutiens de Jean-Luc M\u00e9lenchon \u00e0 la pr\u00e9sidentielle se retrouvent d\u00e9sunis dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des circonscriptions. Sur 538 circonscriptions m\u00e9tropolitaines, le PCF est seul en lice dans seulement 12 d\u2019entre elles (2,2%), FI dans 87 (16,3%) et les deux sont en comp\u00e9tition dans 438 (81,4%). Le r\u00e9sultat n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rent dans les tranches sup\u00e9rieures\u00a0: sur les 66 circonscriptions o\u00f9 JLM \u00e9tait au-dessus de 25%, le PC n\u2019est seul que dans 4 (6%) et FI dans 9 (13,6%)\u00a0; sur les 240 circonscriptions o\u00f9 il d\u00e9passait les 20%, le PC est seul dans 7 (2,9%) et FI dans 36 (15%).\n\nLa question du moment n\u2019est pas de savoir qui porte la responsabilit\u00e9 de cet \u00e9tat de fait\u00a0: il suffit ici de constater que, dans plus de huit circonscriptions sur dix, les \u00e9lecteurs de JLM devront choisir entre plusieurs candidatures qui ont vot\u00e9 dans le m\u00eame sens en avril. Dans une situation de mobilisation incertaine, cela pourrait \u00e9carter du second tour un grand nombre de candidatures en \u00e9tat d\u2019y figurer. Et, plus encore, cela peut perturber une dynamique prometteuse, qui peinera \u00e0 se retrouver \u00e0 l\u2019identique au niveau l\u00e9gislatif. Globalement, les sondages sugg\u00e8rent pour l\u2019instant un vote allant de 12% \u00e0 12,5% pour France insoumise et de 2% \u00e0 2,5% pour le PCF, pour un volant global de si\u00e8ges allant de 12 \u00e0 25[[Le PCF, de son c\u00f4t\u00e9, tr\u00e8s menac\u00e9 dans les Hauts-de-France, peut tenir pour gagnables une bonne dizaine de si\u00e8ges, dont quelques-uns avaient \u00e9t\u00e9 perdus dans les consultations pr\u00e9c\u00e9dentes (Bagneux, Gennevilliers, Ivry, Saint-Denis, Montlu\u00e7on, Le Havre\u2026).]].\n\nAu total, les partisans de M\u00e9lenchon, toutes \u00e9tiquettes r\u00e9unies, peuvent esp\u00e9rer un score l\u00e9gislatif global sensiblement sup\u00e9rieur \u00e0 celui de 2012. Mais, si les estimations actuelles se confirmaient, elles les situeraient au-dessous du r\u00e9sultat du 23 avril et la repr\u00e9sentation parlementaire de la gauche de gauche serait bien moins fournie que ne le laissait esp\u00e9rer la pr\u00e9sidentielle.\n\n<h2>5. Remarques finales<\/h2>\n\nA priori, les l\u00e9gislatives ne devraient pas annuler ce qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des donn\u00e9es majeures du r\u00e9sultat du 23 avril. Depuis la fin des ann\u00e9es 1970, le Parti socialiste reconstruit \u00e0 \u00c9pinay (1971) dominait largement la gauche fran\u00e7aise. Cette situation est d\u00e9sormais forclose. Le PS est plac\u00e9 devant l\u2019exigence de refondations substantielles, dans un sens ou dans un autre. Quant \u00e0 la gauche de gauche, le score de M\u00e9lenchon a confirm\u00e9 qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas en France vou\u00e9e \u00e0 la marginalisation politique. De 1978 \u00e0 2012, le PCF avait recul\u00e9 presque contin\u00fbment sans qu\u2019aucune force ne soit en \u00e9tat d\u2019occuper la place qui \u00e9tait la sienne.\n\nLa dynamique du Front de gauche avait commenc\u00e9 \u00e0 inverser la tendance\u00a0: en 2012, pour la premi\u00e8re fois les forces \u00e9lectorales s\u2019agr\u00e9geaient \u00e0 la gauche du PS. Mais la gauche &#8220;radicale&#8221; dans son ensemble restait au niveau global qui est le sien depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es (entre 10 et 15%). Le premier tour de la pr\u00e9sidentielle a ouvert la possibilit\u00e9 d\u2019un nouveau cycle. Sa confirmation suppose de nouvelles avanc\u00e9es. Les l\u00e9gislatives esquisseront-elles un pas dans cette direction\u00a0? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. La pr\u00e9sidentielle a install\u00e9 une opposition de gauche solide et reconnue comme telle (selon l\u2019IFOP, 36% des sond\u00e9s consid\u00e8rent que France insoumise <em>\u00ab incarne le plus l\u2019opposition \u00e0 Emmanuel Macron\u00a0\u00bb<\/em>, tandis que 48% choisissent le FN). Reste \u00e0 construire la conviction que cette opposition est la base d\u2019une alternative cr\u00e9dible.\n\nUne force radicale &#8220;pure&#8221; peut-elle conqu\u00e9rir une majorit\u00e9 \u00e0 elle seule\u00a0? C\u2019est peu probable. En revanche, ce qui reste d\u00e9cisif est de savoir qui, dans une gauche potentiellement majoritaire, est en \u00e9tat de donner le ton. Depuis la fin des ann\u00e9es 1970, c\u2019est sa composante r\u00e9put\u00e9e plus &#8220;mod\u00e9r\u00e9e&#8221; qui a impos\u00e9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait la mieux \u00e0 m\u00eame de rassembler toute la gauche. Le r\u00e9sultat est devant nos yeux\u00a0: en perdant majoritairement le sens des valeurs qui la fondent historiquement, la gauche est affaiblie et laisse la main \u00e0 la droite, dans son option radicalis\u00e9e ou dans une variante plus recentr\u00e9e.\n\nLa difficult\u00e9 strat\u00e9gique reste donc de concilier l\u2019exigence d\u2019originalit\u00e9 et de clart\u00e9, sans laquelle aucune mobilisation populaire n\u2019est possible, et la n\u00e9cessit\u00e9 du rassemblement sans lequel aucune dynamique transformatrice globale n\u2019est possible. Rien n\u2019est plus mortif\u00e8re que les enlisements consensuels\u00a0; rien n\u2019est plus inappropri\u00e9 que l\u2019exacerbation de clivages qui, en \u00e9cartant a priori telle ou telle composante, risquent de laisser le drapeau du rassemblement \u00e0 une gauche d\u2019accommodement.\n\nUne gauche de gauche ne peut \u00eatre majoritaire \u00e0 elle seule\u00a0; ajoutons qu\u2019elle ne peut donner le ton \u00e0 toute la gauche que si elle est elle-m\u00eame rassembl\u00e9e. L\u2019union de la gauche dans ses formes anciennes est une impasse\u00a0; la d\u00e9sunion de la gauche d\u2019alternative est une calamit\u00e9.\n\nIl restera bien s\u00fbr \u00e0 trouver la forme possible de cette unit\u00e9. Ce n\u2019est pas facile\u00a0? Sans nul doute. Articuler la coh\u00e9rence et le pluralisme, la souplesse et la continuit\u00e9, le pragmatisme et la solidit\u00e9 intellectuelle, l\u2019efficacit\u00e9 et la d\u00e9mocratie\u00a0: voil\u00e0 qui rel\u00e8ve d\u2019\u00e9quations redoutables. Raison de plus pour ne pas partir d\u2019exclusions r\u00e9ciproques. Aucune force, m\u00eame dynamique, ne peut imposer son magist\u00e8re sur la totalit\u00e9 du champ de la &#8220;radicalit\u00e9&#8221;; mais, en sens inverse, aucune force ne peut \u00eatre r\u00e9cus\u00e9e, quand bien m\u00eame ce serait au pr\u00e9texte qu\u2019elle pr\u00e9tendrait \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie.\n\nDans tous les cas, faute d\u2019avancer ouvertement dans une convergence claire et respectueuse de tous, la gauche de gauche raterait une occasion historique. Pour elle-m\u00eame et pour la gauche tout enti\u00e8re\u2026\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/legislatives-2017-juin-06-47a.xls\">legislatives-2017-juin-06.xls<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cycle tumultueux des \u00e9lections voulues par la Constitution s&#8217;ach\u00e8ve bient\u00f4t. Va-t-il de nouveau d\u00e9jouer les pronostics et accumuler les surprises ? Ou les \u00e9lecteurs sont-ils las des tourbillons politiques\u00a0? 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