{"id":10420,"date":"2017-05-08T11:30:00","date_gmt":"2017-05-08T09:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-prolonger-le-refus-reconstruire-l-espoir\/"},"modified":"2023-06-23T23:24:52","modified_gmt":"2023-06-23T21:24:52","slug":"article-prolonger-le-refus-reconstruire-l-espoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10420","title":{"rendered":"Prolonger le refus, reconstruire l\u2019espoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Gauche absente au second tour, digues fragilis\u00e9es contre le FN, faible vote de conviction pour le pr\u00e9sident, issue incertaine des l\u00e9gislatives, opportunit\u00e9s pour la gauche de gauche\u2026 Roger Martelli analyse les enseignements de la pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p><strong>1. Pour la troisi\u00e8me fois depuis que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est \u00e9lu au suffrage universel, la gauche \u00e9tait absente du second tour.<\/strong> La nouveaut\u00e9 est que, cette fois, la m\u00e9saventure est advenue, en m\u00eame temps, \u00e0 la gauche et \u00e0 la droite de gouvernement. Pour les deux blocs qui se partageaient l\u2019Assembl\u00e9e nationale, la plupart de leurs \u00e9lecteurs se sont trouv\u00e9s plac\u00e9s devant, au mieux, un choix par d\u00e9faut.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est dans les chiffres\u00a0: au moins 25% d\u2019abstentions et 8,8% de votes blancs ou nuls. Au total, un \u00e9lecteur sur trois a dit qu\u2019on le contraignait \u00e0 un choix impossible. C\u2019est \u00e0 peine moins qu\u2019en 1969 (le total des abstentions et du vote blanc s\u2019\u00e9levait alors \u00e0 35,6%). On retiendra cette fois le signal particulier que donne le niveau record des votes blancs, qui double presque par rapport \u00e0 ses scores les plus \u00e9lev\u00e9s de 1995, 2012, 1969 et 2012. Alors que l\u2019abstention est \u00e0 la fois un ph\u00e9nom\u00e8ne social (la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart des cat\u00e9gories populaires) et un indice d\u2019insatisfaction politique, le vote blanc est un acte politique conscient, propre \u00e0 une population souvent \u00e9duqu\u00e9e et politis\u00e9e. Voici quelque temps que se renforce l\u2019id\u00e9e que ce vote doit \u00eatre comptabilis\u00e9 comme un choix \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0: le scrutin pr\u00e9sidentiel de 2017 renforce sans conteste cette exigence.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/IMG\/png\/presid-2etour-graph01-big.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-24976\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph01-460-49d.png\" alt=\"presid-2etour-graph01-460.png\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"407\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph01-460-49d.png 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph01-460-49d-300x265.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><\/a><br \/>\n<\/p>\n<p><strong>2. Le score du Front au premier tour et le r\u00e9sultat du second sugg\u00e8rent que les digues existent encore<\/strong>, qui emp\u00eachent l\u2019extr\u00eame droite d\u2019acc\u00e9der au pouvoir, comme elle a pu y parvenir dans d\u2019autres pays, y compris au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne. <strong>Mais nous constatons aussi, une fois de plus, que ces digues sont moins \u00e9tanches que par le pass\u00e9<\/strong>. La peur d\u2019une victoire du Front national est d\u00e9sormais contrebalanc\u00e9e par les col\u00e8res qui se portent contre ceux que le syst\u00e8me \u00e9lectoral majoritaire place face \u00e0 elle au second tour. Le &#8220;tout sauf le FN&#8221; n\u2019a plus la vigueur qui \u00e9tait la sienne nagu\u00e8re. <\/p>\n<p>Le Front obtient certes un r\u00e9sultat inf\u00e9rieur \u00e0 ses attentes, moins \u00e9lev\u00e9 que ne l\u2019annon\u00e7aient les sondages de d\u00e9but de campagne, moins fort que ne le sugg\u00e9raient les \u00e9lections d\u00e9partementales et r\u00e9gionales de 2015. Mais il a malgr\u00e9 tout confirm\u00e9 la conjonction pr\u00e9occupante d\u2019une influence nationale r\u00e9elle et d\u2019une implantation territoriale solide, notamment dans la France du Nord, de l\u2019Est et du Sud-Est (voir les donn\u00e9es cit\u00e9es plus loin).<\/p>\n<p>Il ne sert \u00e0 rien, alors, de mettre en cause ceux qui ont consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e0 choisir entre la mondialisation et l\u2019exclusion nationale. La responsabilit\u00e9 est \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui ont \u00e9rod\u00e9 le sens du conflit s\u00e9parant historiquement la droite et la gauche, autour de la question de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la libert\u00e9. \u00c0 force de pr\u00e9f\u00e9rer la comp\u00e9titivit\u00e9, la flexibilit\u00e9, l\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire, l\u2019\u00e9tat de guerre et l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, on finit par nourrir l\u2019id\u00e9e que la gauche et la droite se sont rejointes en acceptant les normes de la concurrence et de la gouvernance.<\/p>\n<p>L\u2019extr\u00eame droite reste un mal absolu, aujourd\u2019hui comme hier. Mais il n\u2019est plus possible de continuer \u00e0 g\u00e9rer la France comme avant, et cela imperturbablement pendant cinq ans, pour appeler in extremis au rassemblement contre la droite extr\u00eame.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, \u00e0 tr\u00e8s court terme. Marine Le Pen a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 doubl\u00e9 le score de son p\u00e8re, quinze ans plus tard. La politique impuls\u00e9e demain par le nouvel h\u00f4te de l\u2019\u00c9lys\u00e9e a toutes les chances d\u2019accro\u00eetre la col\u00e8re et, au-del\u00e0 m\u00eame, de nourrir le ressentiment qui pousse aux actes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. Le second tour de 2002 \u00e9tait un signe inqui\u00e9tant\u00a0; celui de 2017 doit \u00eatre pris comme le fracas d\u2019un tocsin.<\/p>\n<p>Les territoires qui se vivent \u00e0 juste raison comme vou\u00e9s \u00e0 une certaine marginalit\u00e9 et au d\u00e9clin, les cat\u00e9gories populaires les plus fragilis\u00e9es par le recul de l\u2019\u00c9tat-providence ont fini par s\u2019habituer, trop souvent majoritairement, \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le Front national est pour eux l\u2019ultime recours, dans une logique de fermeture et de repli. C\u2019est \u00e0 cela qu\u2019il convient d\u00e9sormais de s\u2019attaquer, pour \u00e9radiquer les impasses de situations \u00e9lectorales qui, avec le temps, paraissent \u00e0 beaucoup comme ouvrant sur des choix impossibles.<\/p>\n<p>Le temps des apprentis sorciers, qui ont nourri cette trajectoire, devrait \u00eatre r\u00e9solument forclos. Le vote M\u00e9lenchon a montr\u00e9 qu\u2019il est une seule fa\u00e7on de stopper l\u2019avanc\u00e9e du Front national\u00a0: en lui opposant une gauche bien \u00e0 gauche, populaire, ancr\u00e9e dans ses valeurs fondatrices et capable de les moderniser. Quelle qu\u2019ait \u00e9t\u00e9 la configuration frustrante du second tour, c\u2019est son r\u00e9sultat qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus marquant de toute la s\u00e9quence \u00e9lectorale.<\/p>\n<p><strong>3. Emmanuel Macron a, sans surprise, obtenu un large \u00e9cart avec son adversaire du second tour. Mais, des deux candidats, il est celui qui a recueilli la part la plus faible des votes de conviction.<\/strong> Le nouvel \u00e9lu ne peut donc se pr\u00e9valoir d\u2019une majorit\u00e9 de soutien aux options qu\u2019il a \u00e9nonc\u00e9es au fil des mois. Il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du refus que suscite encore le parti frontiste\u00a0; cela ne fait pas oublier qu\u2019au premier tour \u2013\u00a0celui, o\u00f9 l\u2019on choisit en principe\u00a0\u2013 il n\u2019a pas atteint les 25% des suffrages exprim\u00e9s. <\/p>\n<p>En approchant les 44% des \u00e9lecteurs inscrits, il n\u2019est certes pas le pr\u00e9sident num\u00e9riquement le plus mal \u00e9lu des annales du scrutin pr\u00e9sidentiel (voir tableau ci-apr\u00e8s). Il est bien au-dessus de Georges Pompidou en 1969 ou de Jacques Chirac en 1995. Mais il est loin des 60% de ce dernier en 2002. En fait, si l\u2019on additionne la part des \u00e9lecteurs de Fran\u00e7ois Fillon et ceux de Jean-Luc M\u00e9lenchon qui se sont port\u00e9s sur lui contre Marine Le Pen (ils seraient autour de la moiti\u00e9 dans les deux cas), il n\u2019est pas si loin de son pactole \u00e9lectoral du premier tour. Il pourrait \u00eatre, d\u00e8s lors, le pr\u00e9sident qui dispose des bases les plus fragiles pour le fameux &#8220;\u00e9tat de gr\u00e2ce&#8221; que l\u2019on promettait autrefois aux nouveaux \u00e9lus.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-24977\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph02-460-705.png\" alt=\"presid-2etour-graph02-460.png\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"213\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph02-460-705.png 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph02-460-705-300x139.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><br \/>\n<\/p>\n<p><strong>4. On sait qu\u2019une \u00e9lection d\u2019un nouveau pr\u00e9sident ne vaut que si elle s\u2019adosse \u00e0 des \u00e9lections l\u00e9gislatives qui lui donnent la base parlementaire dont il a besoin pour gouverner.<\/strong> La logique majoritaire des institutions lui assure th\u00e9oriquement un avantage en ce sens et, jamais jusqu\u2019alors, un pr\u00e9sident n\u2019a manqu\u00e9 au d\u00e9part du bloc n\u00e9cessaire pour appliquer son programme. <\/p>\n<p>Mais nous ne sommes plus dans cette \u00e9poque, construite par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, o\u00f9 l\u2019esprit des institutions allait de pair avec l\u2019\u00e9tat du dispositif politique. Pendant longtemps, le principe majoritaire s\u2019est appuy\u00e9 sur un affrontement clair entre la gauche et la droite et, dans chaque camp, une force politique pouvait jouer un r\u00f4le dominant. Or ce mod\u00e8le est doublement remis en cause, par les al\u00e9as d\u2019un clivage \u00e9puis\u00e9 par les gestions suivies de part et d\u2019autre, et par la perte de l\u00e9gitimit\u00e9 du syst\u00e8me partisan lui-m\u00eame. La pr\u00e9sidentielle qui vient de s\u2019achever a confirm\u00e9 la crise des identifications politiques et l\u2019\u00e9clatement du paysage g\u00e9n\u00e9ral en quatre grands ensembles, \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalents en impact et par ailleurs plus ou moins coh\u00e9rents.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re quasiment automatique du lien entre les consultations pr\u00e9sidentielle et l\u00e9gislatives n\u2019est donc plus assur\u00e9 comme par le pass\u00e9. A priori, le nouveau pr\u00e9sident ne manque pas d\u2019atouts dans la confrontation \u00e9lectorale qui va s\u2019ouvrir. Il d\u00e9passe les 25% dans 190 circonscriptions m\u00e9tropolitaines et les 20% dans 412 d\u2019entre elles. Arithm\u00e9tiquement, la seule qui l\u2019approche est Marine Le Pen, qui b\u00e9n\u00e9ficie m\u00eame d\u2019une implantation plus ancienne que la sienne. Mais l\u2019arithm\u00e9tique et la politique ne font pas toujours bon m\u00e9nage.<\/p>\n<p>Les quelques donn\u00e9es de sondage disponibles laissent pr\u00e9voir pour l\u2019instant une dispersion comparable \u00e0 celle du premier tour pr\u00e9sidentiel. Selon Ipsos, une majorit\u00e9 de sond\u00e9s ne souhaite pas qu\u2019Emmanuel Macron ait une majorit\u00e9 absolue de d\u00e9put\u00e9s pour conduire sa politique. Quant \u00e0 l\u2019Ifop et \u00e0 Harris Interactive, ils testent les premi\u00e8res intentions de vote\u00a0: 22 \u00e0 26% pour des candidats d\u2019En marche\u00a0!, 20 \u00e0 22% pour la droite gouvernementale, 20 \u00e0 22% pour le FN, 8\u00a0ou 9% pour le PS, 3% pour EE-LV. La France insoumise est plac\u00e9e de 13 \u00e0 16% et le PCF \u00e0 2%. <\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, si l\u2019\u00e9lection l\u00e9gislative, accol\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidentielle depuis l\u2019instauration du quinquennat, avantage par nature le pr\u00e9sident d\u00e9sign\u00e9, elle inclut des param\u00e8tres locaux qui peuvent brouiller la logique institutionnelle. Macron a ainsi pour lui sa position \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat\u00a0; la droite gouvernementale a pour elle la densit\u00e9 de ses r\u00e9seaux locaux.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-24978\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph03-460-672.png\" alt=\"presid-2etour-graph03-460.png\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"322\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph03-460-672.png 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/presid-2etour-graph03-460-672-300x210.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><br \/>\n<\/p>\n<p><strong>5. Quant \u00e0 la gauche de gauche, elle a des possibilit\u00e9s non n\u00e9gligeables que confirment les donn\u00e9es de sondage.<\/strong> Elle avait mal r\u00e9ussi le passage de la pr\u00e9sidentielle aux l\u00e9gislatives en 2012. Elle peut b\u00e9n\u00e9ficier demain de la dynamique exceptionnelle du vote M\u00e9lenchon. Dans une quarantaine de circonscriptions, celui-ci a r\u00e9uni plus de 30% des suffrages exprim\u00e9s et plus de 25% dans 66 d\u2019entre elle. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, une part importante de cet \u00e9lectorat affirme son intention de prolonger son vote aux l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p>Mais l\u2019une des conditions pour passer d\u2019un scrutin \u00e0 l\u2019autre est l\u2019unit\u00e9 totale des forces qui ont soutenu la candidature du leader de la France insoumise. La force qu\u2019il a constitu\u00e9 sous ce label a fait la preuve de son efficacit\u00e9. \u00c0 ce titre, elle est habilit\u00e9e \u00e0 rassembler, sans pour autant qu\u2019il soit besoin de contraindre \u00e0 se rallier \u00e0 elle tous ceux qui n\u2019ont pas fait aujourd\u2019hui le choix de rejoindre le nouveau mouvement.<\/p>\n<p>Dans une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par You Gov pour le Huffington Post, plus des deux tiers des personnes interrog\u00e9es \u00e0 la fin avril (69%) consid\u00e8rent que le Front de gauche est uni, ce qui constitue un pourcentage nettement plus \u00e9lev\u00e9 que pour toutes les autres composantes partisanes. Le chiffre est plus important encore chez les sympathisants de la gauche de gauche (71%) et surtout chez les plus jeunes, qui ont \u00e9t\u00e9 un noyau de la dynamique M\u00e9lenchon en 2017 (71%%).<\/p>\n<p>Tous ceux-l\u00e0 ne peuvent \u00eatre d\u00e9\u00e7us\u00a0: la raison doit donc l\u2019emporter pour parvenir \u00e0 un accord au plus t\u00f4t. <\/p>\n<p><strong>6. Le second tour atypique que nous venons de vivre s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 au premier, dans un \u00e9cart de voix somme toute modeste, les quatre premiers se situant \u00e0 un niveau globalement \u00e9quivalent<\/strong>, ce qui autorisait sur le papier toutes les hypoth\u00e8ses de second tour. Mais on ne peut n\u00e9gliger des donn\u00e9es de fond, qui conditionnent la r\u00e9partition des forces r\u00e9elles. Trois d\u2019entre elles peuvent \u00eatre retenues ici\u00a0: la d\u00e9mobilisation civique des cat\u00e9gories populaires, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, apr\u00e8s une longue phase de pouss\u00e9e de la participation civique\u00a0; la crise d\u2019une droite traditionnelle perturb\u00e9e par la dynamique du Front national\u00a0; la fragilit\u00e9 d\u2019une gauche d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9e par plus de trois d\u00e9cennies d\u2019h\u00e9g\u00e9monie d\u2019un socialisme en voie de recentrage permanent et, ce faisant, priv\u00e9e de son ancrage populaire d\u2019hier.<\/p>\n<p>La gauche de gauche peut aborder l\u2019\u00e9pisode l\u00e9gislatif avec une confiance lucide. Elle part d\u2019un r\u00e9sultat qui rappelle les scores anciens du PCF, qui s\u2019inscrit dans sa trace historique, qui la redynamise en partie (mais pas partout) et qui en m\u00eame temps la d\u00e9borde, territorialement, socialement et symboliquement. Dans ce cadre, une campagne l\u00e9gislative bien men\u00e9e, de fa\u00e7on claire, sans ambigu\u00eft\u00e9 et sans sectarisme, a toutes ses chances de porter ses fruits.<\/p>\n<p>Ils ne s\u2019av\u00e8reront toutefois durables que dans le contexte d\u2019une recomposition d\u2019envergure. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le Parti socialiste mitterrandien a su incarner l\u2019esprit d\u2019une gauche bien \u00e0 gauche, mais renouvel\u00e9e. On sait ce qu\u2019il advint de ce passage de t\u00e9moin entre un communisme incapable de se refonder et un socialisme qui se prit trop vite \u00e0 confondre modernisation et capitulation.<\/p>\n<p>Le vote M\u00e9lenchon montre, en France \u00e0 l\u2019instar de l\u2019Espagne, du Portugal et peut-\u00eatre de la Belgique, que la recomposition n\u00e9cessaire peut s\u2019appuyer enfin sur un vent de radicalit\u00e9, qui rompt avec des d\u00e9cennies d\u2019essoufflement socialiste. Encore faut-il que cette gauche requinqu\u00e9e n\u2019oublie pas que la reconqu\u00eate durable des cat\u00e9gories populaires ne passe par le ressentiment mais par l\u2019esp\u00e9rance. Le Front national opposera le ressentiment \u00e0 la logique \u00e9conomico-sociale d\u2019Emmanuel Macron. La gauche bien \u00e0 gauche s\u2019attachera, elle, \u00e0 raccorder la combativit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la construction patiente d\u2019un nouvel avenir pour une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9gale, citoyenne et solidaire. L\u00e0 devra se trouver le socle d\u2019une v\u00e9ritable opposition \u00e0 l\u2019inacceptable. Avec lui, ce combat sera, non pas celui de deux France ou celui du &#8220;eux&#8221; contre &#8220;nous&#8221;, mais l\u2019\u00e9lan du &#8220;tous ensemble&#8221; pour une nouvelle donne. Et pas seulement en France\u2026<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/regards-le-numero-de-printemps-10328\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-24827\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/promo-printemps-460-170.jpg\" alt=\"promo-printemps-460.jpg\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"307\" \/><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10420 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/promo-printemps-460-532.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/promo-printemps-460-532-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"promo-printemps-460.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure 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