{"id":10415,"date":"2017-05-05T11:30:00","date_gmt":"2017-05-05T09:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-vote-utile-vote-sanction-abstention-les-mots-de-l-election\/"},"modified":"2023-06-23T23:24:50","modified_gmt":"2023-06-23T21:24:50","slug":"article-vote-utile-vote-sanction-abstention-les-mots-de-l-election","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10415","title":{"rendered":"Vote utile, vote sanction, abstention\u2026\u00a0Les mots de l&#8217;\u00e9lection"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Avec <em>A vot\u00e9<\/em>, l&#8217;historien Laurent Le Gall, sp\u00e9cialiste de l&#8217;histoire du suffrage universel dans la France contemporaine, s&#8217;int\u00e9resse aux comportements face au scrutin. \u00c0 l&#8217;approche du second tour des pr\u00e9sidentielles, nous l&#8217;avons fait r\u00e9agir \u00e0 quelques termes.<\/p>\n<p>Pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un axe chronologique une exploration transversale, articul\u00e9e en partie \u00e0 son exp\u00e9rience personnelle, Laurent Le Gall \u2013  sp\u00e9cialiste de la politisation des campagnes fran\u00e7aises au XIXe si\u00e8cle et de l&#8217;histoire du suffrage universel dans la France contemporaine \u2013 rend compte dans son essai de la diversit\u00e9 des sens et des possibles du vote, entre parcours individuel et appartenance collective, inscription sociale ou politique. Il commente pour <em>Regards<\/em> certaines des notions majeures que la d\u00e9mocratie affecte \u00e0 son principal rituel, l&#8217;\u00e9lection.<\/p>\n<h2>Abstention<\/h2>\n<p>Travailler en termes de trajectoires en se situant au niveau des \u00e9lecteurs permet de constater que l&#8217;abstention ne date pas d&#8217;aujourd&#8217;hui. Dans les ann\u00e9es 1870, on trouve par exemple dans les communes de la banlieue parisienne un tiers de votants, ou \u00e0 Bordeaux, 50%. Se pencher sur ces chiffres permet de d\u00e9mystifier l&#8217;id\u00e9e que finalement nous serions aujourd&#8217;hui dans une perspective crisologique de la d\u00e9mocratie. La d\u00e9mocratie est un rapport contractuel entre un individu, \u00e0 un moment donn\u00e9, et la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il se meut. Apr\u00e8s, ce qui change c&#8217;est que l&#8217;abstention touche d\u00e9sormais m\u00eame &#8220;l&#8217;\u00e9lection reine&#8221; de la vie politique fran\u00e7aise, la pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>Pour le premier tour de la pr\u00e9sidentielle, des pronostics annon\u00e7aient une abstention basse et je n&#8217;ai pas \u00e9t\u00e9 fondamentalement surpris qu&#8217;elle tutoie seulement les 20%. On peut toujours critiquer le vote, appeler au tirage au sort, etc., mais ces chiffres prouvent que, \u00e0 sa mani\u00e8re, l&#8217;<em>habitus<\/em> \u00e9lectoral fonctionne encore. Ce qui ne signifie pas que l&#8217;on va voter \u00e0 toutes les \u00e9lections. Derri\u00e8re le march\u00e9 \u00e9lectoral que constitue le vote, il y a des transactions, des raisons extr\u00eamement diff\u00e9renci\u00e9es vis-\u00e0-vis du politique. Ces enjeux individuels sont connect\u00e9s \u00e0 des int\u00e9r\u00eats de classe, associatifs, culturels.<\/p>\n<h2>\u00c9vidence et \u00e9nigme<\/h2>\n<p>Cette id\u00e9e du vote <em>\u00ab\u00a0comme \u00e9vidence et comme \u00e9nigme\u00a0\u00bb<\/em>, qui vient du professeur en sciences politiques Michel Offerl\u00e9, renvoie \u00e0 tous les commentaires que g\u00e9n\u00e8re le vote. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, l&#8217;\u00e9lecteur vote deux fois\u00a0: il vote mat\u00e9riellement lorsqu&#8217;il glisse un bulletin dans l&#8217;urne, mais aussi lors des r\u00e9sultats. L\u00e0, les sondeurs, les commentateurs, les chroniqueurs, les historiens, les journalistes, etc. ne cessent de dire comment il a vot\u00e9, produisant un amalgame de discours qui viennent surench\u00e9rir sur le vote. <\/p>\n<p>Les positions \u00e9non\u00e7ant <em>\u00ab\u00a0l&#8217;\u00e9lecteur est comme ci\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0les citoyens sont comme \u00e7a\u00a0\u00bb<\/em> sont probl\u00e9matiques, elles essentialisent l&#8217;\u00e9lecteur sans rendre compte de la pluralit\u00e9 des fa\u00e7ons d&#8217;aborder le politique. Toute politique est un lieu d&#8217;\u00e9nonciation, un lieu discursif, et les \u00e9lecteurs ont diverses positions quant \u00e0 ce que devrait \u00eatre une \u00e9lection, en fonction de leurs histoires, de leurs trajectoires, de leur capital social, politique ou culturel. Le vote est une sorte de n\u00e9gatif, au sens photographique, de ce que l&#8217;on est, de ce qu&#8217;est la soci\u00e9t\u00e9. Pour comprendre ce que veut dire &#8220;voter&#8221; pour la plupart des concitoyens, il faut retirer toutes ses couches de discours, en ayant \u00e0 l&#8217;esprit que derri\u00e8re la notion d&#8217;\u00e9lecteur se trouve une pluralit\u00e9 d&#8217;actes et de pens\u00e9es du politique. <\/p>\n<h2>Alternance<\/h2>\n<p>En 1981, l&#8217;alternance correspondait \u00e0 une alternance entre la gauche et la droite. Aujourd&#8217;hui ce qui est fascinant \u2013 et en tant que citoyen d\u00e9sesp\u00e9rant et angoissant \u2013, c&#8217;est que l&#8217;alternance peut \u00eatre pens\u00e9e non plus sur ce mode gauche-droite, mais sur un mode de parti ou de d\u00e9mocratie partidaire. Cela avec un parti, le Front national, qui ressemble \u00e0 n&#8217;importe quelle formation politique\u2026 sauf dans le rapport qu&#8217;il entretient \u00e0 la d\u00e9mocratie. Qu&#8217;un certain nombre de citoyens puissent penser que l&#8217;alternance, ce peut \u00eatre cela, constitue l&#8217;un des grands changements de ces \u00e9lections.<\/p>\n<h2>Vote utile<\/h2>\n<p>Les commentateurs adorent utiliser des cat\u00e9gories pour essayer de mieux faire entendre et comprendre ce qu&#8217;est un fait social. Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 l&#8217;on vote, c&#8217;est bien que l&#8217;on consid\u00e8re ce geste comme utile. Il y a un effet de croyance, qui peut \u00eatre compl\u00e8tement int\u00e9rioris\u00e9 sous la forme d&#8217;un habitus. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, l&#8217;utilit\u00e9 du vote est pr\u00e9sente dans notre patrimoine \u00e9lectoral commun. Et puis la question du vote utile repose sur l&#8217;id\u00e9e que l&#8217;\u00e9lecteur se met dans un fonctionnement rationnel et strat\u00e9gique. Or les enqu\u00eates sociologiques nous mettent en garde contre cette image d&#8217;un \u00e9lecteur obligatoirement rationnel. Il peut l&#8217;\u00eatre, mais il l&#8217;est aussi en fonction de capitaux culturels, sociaux, etc. qui font que nous sommes tous in\u00e9gaux devant la mani\u00e8re dont on per\u00e7oit ce qu&#8217;est un vote utile. <\/p>\n<p>L&#8217;une des vraies questions est vote-t-on pour, ou contre\u00a0? Vraisemblablement, dans nos trajectoires \u00e9lectorales, nous avons parfois vot\u00e9 pour, mais avons-nous toujours vot\u00e9 &#8220;pour&#8221; \u00e0 100%\u00a0? Cela valait peut-\u00eatre pour des partis forts ayant institu\u00e9 un lien de fid\u00e9lisation puissant entre le parti, le programme et le d\u00e9bouch\u00e9 social qu&#8217;il incarnait, comme le Parti communiste apr\u00e8s la seconde guerre mondiale. Aujourd&#8217;hui, nous votons sur des points qui nous int\u00e9ressent, qui nous semblent utiles, mais nous votons \u00e9galement contre. \u00c0 titre d&#8217;exemple, nombre d&#8217;\u00e9lecteurs de gauche se sont d\u00e9plac\u00e9s aux primaires de la droite pour voter contre Nicolas Sarkozy. <\/p>\n<h2>Tirage au sort<\/h2>\n<p>Comme le dit tr\u00e8s bien l&#8217;historien et sociologue Pierre Rosanvallon, le propre de la d\u00e9mocratie, c&#8217;est de s&#8217;inventer. Imaginer des dispositifs, les raffiner constitue le propre de l&#8217;ordre d\u00e9mocratique, c&#8217;est \u00e0 la fois sa force et sa faiblesse, et c&#8217;est en cela qu&#8217;il est int\u00e9ressant. Apr\u00e8s la question c&#8217;est\u00a0: que faisons-nous de ces dispositifs\u00a0? Comment peuvent-ils s&#8217;int\u00e9grer dans un espace social\u00a0? Penser un tirage au sort repose sur l&#8217;id\u00e9e que tout le monde est int\u00e9ress\u00e9 par la politique. Or, la politique int\u00e9resse d&#8217;abord ceux qui ont un int\u00e9r\u00eat dans la politique (une id\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9e par le sociologue Patrick Champagne). Et cela suppose \u00e9galement des comp\u00e9tences, une politisation, un int\u00e9r\u00eat pour l&#8217;espace politique. <\/p>\n<p>Prenons l&#8217;exemple de la d\u00e9mocratie participative\u00a0: lorsqu&#8217;elle est mise en place, son int\u00e9gration dans l&#8217;espace social est difficile et l&#8217;on constate que la plupart des personnes qui investissent les conseils et les instances de d\u00e9cisions sont majoritairement issues des cat\u00e9gories socio-professionnelles favoris\u00e9es (CSP+), ou des militants politiques. Finalement, il n&#8217;y a pas grand-chose de nouveau. Cela ne signifie pas qu&#8217;il ne faut pas travailler sur ces questions de mobilisation, mais il faut avoir conscience que le vote est un acte \u00e9vident. Il est facile d&#8217;aller voter \u2013 c&#8217;est pour cela aussi que cela marche \u2013 et d\u00e9tr\u00f4ner cette d\u00e9mocratie \u00e9lectorale fonctionnant sur un acte simple, quand bien m\u00eame il a des cons\u00e9quences fondamentales, n&#8217;est pas chose ais\u00e9e. <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10415 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/legall-livre-9cd.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/legall-livre-9cd-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"legall-livre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec <em>A vot\u00e9<\/em>, l&#8217;historien Laurent Le Gall, sp\u00e9cialiste de l&#8217;histoire du suffrage universel dans la France contemporaine, s&#8217;int\u00e9resse aux comportements face au scrutin. \u00c0 l&#8217;approche du second tour des pr\u00e9sidentielles, nous l&#8217;avons fait r\u00e9agir \u00e0 quelques termes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":24972,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[372,497],"class_list":["post-10415","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-democratie","tag-presidentielle-2017"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10415"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10415\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/24972"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}