{"id":1036,"date":"1998-07-01T00:00:00","date_gmt":"1998-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/amour-en-mai-681036\/"},"modified":"1998-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-06-30T22:00:00","slug":"amour-en-mai-681036","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1036","title":{"rendered":"Amour en mai (68)"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Molosse mordantDepuis quinze ans j&#8217;\u00e9cris des romans noirs. Des intrigues o\u00f9 la haine, le d\u00e9sespoir se taillent la part du lion et n&#8217;en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n&#8217;accorde aucune chance de salut. Chacun s&#8217;amuse comme il peut. J&#8217;ai en envie de rompre avec l&#8217;habitude de m&#8217;octroyer un moment de r\u00e9pit. De remonter dans le pass\u00e9. D&#8217;\u00e9voquer les banderoles, les slogans, les drapeaux rouges, les manifs. Et surtout de raconter une histoire d&#8217;amour. La mienne&#8230; &#8221; Ainsi Thierry Jonquet explique-t-il le projet de son roman Rouge, c&#8217;est la vie: quitter un moment le monde tr\u00e8s noir qui d&#8217;habitude le hante et l&#8217;inspire pour s&#8217;offrir une excursion du c\u00f4t\u00e9 de 68 et des ann\u00e9es d&#8217;enthousiaste activisme qui suivirent. Mais Rouge c&#8217;est la vie est aux antipodes de la noria d&#8217;ouvrages suppos\u00e9s f\u00eater les trente ans d&#8217;un joli mois de mai &#8221; notons qu&#8217;on f\u00eate les r\u00e9voltes quand elles sont loin de nous &#8221; il n&#8217;y eut presque rien \u00e0 l&#8217;occasion des vingt ans. Comm\u00e9morerait-on pour mieux enterrer ? Le ton n&#8217;y est ni cynique ni d\u00e9sabus\u00e9, ni donneur de le\u00e7ons, \u00e0 peine un brin nostalgique. On y go\u00fbte, simplement, la fra\u00eecheur sauvage de ces ann\u00e9es de subversion o\u00f9 toute une jeunesse, qui \u00e9coutait Dylan et les Stones, d\u00e9laissait les Gaffiot pour aller aux manifs, esp\u00e9ra que les temp\u00eates surgies d&#8217;un peu partout allaient faire basculer le vieux monde. Victor et L\u00e9a, les protagonistes de ce roman, partag\u00e8rent cette utopie. Lui chez les trotskistes, \u00e0 Paris. Elle chez les sionistes socialistes, au kibboutz. Puis se rencontr\u00e8rent un jour de 1973, par l&#8217;entremise de Monsieur Hasard dont les burlesques interventions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es au fil des pages donnent \u00e0 cette histoire d&#8217;amour et de r\u00e9volte un caract\u00e8re extr\u00eamement drolatique. Il y a donc de l&#8217;humour, de la cocasserie dans Rouge c&#8217;est la vie &#8221; notamment lorsqu&#8217;on \u00e9voque certaines p\u00e9rip\u00e9ties militantes de Victor &#8221; beaucoup de tendresse aussi au sens fort du terme: on y croise de l&#8217;affection, de l&#8217;amiti\u00e9, un sens aigu de la communaut\u00e9 humaine. Des valeurs communistes, donc. Et c&#8217;est aussi, sous forme de balade, un livre de m\u00e9moire: celle d&#8217;abord d&#8217;un aspect m\u00e9connu du mouvement ouvrier, les d\u00e9bats et les oppositions entre L\u00e9nine et le Bond, le parti socialiste juif, et l&#8217;\u00e9volution de ce courant atypique. M\u00e9moire r\u00e9cente aussi celle-l\u00e0 presque jamais \u00e9voqu\u00e9e par les journalistes ou les \u00e9crivains, les ann\u00e9es 70, l&#8217;occupation de Lip, g\u00e9r\u00e9e par ses seuls travailleurs, l&#8217;Unit\u00e9 populaire victorieuse au Chili et bient\u00f4t \u00e9cras\u00e9e, les crimes de France et les mobilisations ici, tant d&#8217;autres faits encore qui rythmaient nos jours et nos nuits. Une m\u00e9moire que se sont efforc\u00e9s de mettre sous le boisseau tous ceux qui &#8221; rentr\u00e8rent tout doucement dans le rang, les uns apr\u00e8s les autres. (&#8230;) Triomphe des ren\u00e9gats (&#8230;) revanche des carri\u00e9ristes. (&#8230;) heure de gloire pour les nouveaux philosophes. Un sentiment de noyade (&#8230;) Restait \u00e0 vivre le dos au mur dans une soci\u00e9t\u00e9 devenue folle. en resserrant les rangs. &#8221; Les Victor et L\u00e9a qu&#8217;on quitte \u00e0 la fin du livre n&#8217;ont, eux, rien reni\u00e9 ni oubli\u00e9. Avec leurs proches, au contact d&#8217;une jeunesse toujours assoiff\u00e9e d&#8217;\u00e9galit\u00e9 et de justice, &#8220;ils se retrouvent dans la rue, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, pour marcher, comme autrefois. Contre l&#8217;extr\u00eame droite, pour les sans papiers, les sans toit, les sans droit &#8220;. Avec une fid\u00e9lit\u00e9 qui permet, une fois le livre referm\u00e9, de voir, toujours, la vie en rouge. n H. D.<\/p>\n<p> <strong> Thierry Jonquet, Rouge c&#8217;est la vie, Seuil, &#8221; Fiction et Cie&#8221;, 174 p., 95 F <\/strong><\/p>\n<p><strong>  Molosse mordant <\/strong><\/p>\n<p>Pierre Bourgeade, on le sait, est friand de transgressions en tout genre. On ne sera donc pas \u00e9tonn\u00e9 que cet auteur d\u00e9cide soudain de passer la ligne qui, chez Gallimard, s\u00e9pare la &#8220;blanche&#8221; et la &#8220;noire&#8221;. D&#8217;autant que des pans de son oeuvre ont manifest\u00e9 un int\u00e9r\u00eat certain pour le d\u00e9lit ou pour le crime. Qu&#8217;on pense \u00e0 Vincent Dufourcq, fils d&#8217;un libraire bayonnais, quittant la France pour l&#8217;Argentine et y devenant un hors-la-loi (l&#8217;Empire des livres); que l&#8217;on se rappelle simplement le tueur de prostitu\u00e9e de la nouvelle Une nuit, ici&#8230; Et puis l&#8217;auteur des M\u00e9moires de Judas et d&#8217;un accouplement Sade-Sainte Th\u00e9r\u00e8se d&#8217;Avila ne saurait \u00eatre tout \u00e0 fait innocent !<\/p>\n<p>Ainsi nous arrive Pitbull, qui met en sc\u00e8ne un jeune tueur \u00e0 gages, dandy cynique dont la froideur d&#8217;\u00e2me n&#8217;est qu&#8217;un reflet du monde qui l&#8217;entoure. Recrut\u00e9 sur petite annonce pour ex\u00e9cuter une star du cin\u00e9ma, notre homme d\u00e9cide de retourner le contrat \u00e0 sa mani\u00e8re et de convoiter beaucoup plus d&#8217;argent qu&#8217;on ne le lui en proposait. Mais comme ce monde est pourri, on y d\u00e9niche sans mal pire engeance que soi; ainsi le tueur va se retrouver doubl\u00e9 par des complices, et entreprendre alors de se venger le plus durement possible. On le voit, ce sont des th\u00e8mes classiques que revisite cette S\u00e9rie Noire. Mais avec un tempo qui tient en haleine jusqu&#8217;au bout, avec une \u00e9l\u00e9gance de style qui cr\u00e9e d&#8217;embl\u00e9e un vrai plaisir de lecture. Les th\u00e8mes chers \u00e0 Bourgeade, les flirts entre Eros et Thanatos, sont ici bien pr\u00e9sents, dynamis\u00e9s par le rythme du polar. Et outre le narrateur, quelques personnages hors normes nous restent en m\u00e9moire, tel l&#8217;abominable Toto, nain albinos \u00e0 la gueule de pitbull, ex\u00e9cuteur des basses oeuvres que lui confie sa m\u00e8re, une tenanci\u00e8re de maison close renomm\u00e9e. Mais, entre noirceur et fantaisie, l&#8217;auteur n&#8217;oublie pas ses d\u00e9nonciations de toujours du pouvoir politique et des manipulations. Ainsi, une m\u00e9morable s\u00e9quence contient-elle une charge au vitriol contre les m\u00e9dias du monde occidental, &#8221; pour qui l&#8217;absence d&#8217;une star \u00e0 un d\u00eener passe \u00e9videmment avant les guerres, massacres, g\u00e9nocides, \u00e9pid\u00e9mies, famine et horreurs plan\u00e9taires en tout genre qui sont devenus le pain quotidien de l&#8217;opinion &#8220;. D\u00e9cid\u00e9ment, ce Pitbull ne manque pas de mordant. Et, m\u00eame s&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;une incursion \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, le noir va bien \u00e0 Pierre Bourgeade. <\/p>\n<p>Pierre Bourgeade, Pitbull, Gallimard\/S\u00e9rie Noire, 140 p., 30 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1036","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1036","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1036"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1036\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1036"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1036"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1036"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}