{"id":1033,"date":"1998-07-01T00:00:00","date_gmt":"1998-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/technologies-medicales1033\/"},"modified":"1998-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-06-30T22:00:00","slug":"technologies-medicales1033","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1033","title":{"rendered":"Technologies m\u00e9dicales"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les nouvelles technologies m\u00e9dicales ressuscitent les interrogations sur la nature de la conscience. Une qu\u00eate fondamentale qui fait appel \u00e0 la neurologie comme \u00e0 la philosophie. Retour sur une histoire passionnante. <\/p>\n<p>La recherche dans le cerveau des bases mat\u00e9rielles de la conscience est d\u00e9j\u00e0 une vieille histoire. L&#8217;id\u00e9e que chacune des circonvolutions du neocortex c\u00e9r\u00e9bral est le si\u00e8ge d&#8217;une fonction est apparue au XIXe si\u00e8cle. Cette id\u00e9e a permis des avanc\u00e9es consid\u00e9rables dans le domaine de la neurologie. Elle contribua ainsi \u00e0 la d\u00e9couverte de l&#8217;aire du langage dans le lobe temporal gauche par Paul Broca. Elle connut aussi ses d\u00e9rives et ses charlatans, tel Franz Gall et ses \u00e9l\u00e8ves cherchant dans le cortex l&#8217;aire de la pi\u00e9t\u00e9 ou de la vertu, et pr\u00e9tendant la d\u00e9tecter par simple palpation du cr\u00e2ne.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;aire du rire, les limites d&#8217;une d\u00e9couverte <\/strong><\/p>\n<p>Quels que soient ces al\u00e9as de l&#8217;\u00e9pist\u00e9mologie, la th\u00e9orie de la localisation des aires c\u00e9r\u00e9brales s&#8217;est surtout heurt\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me de m\u00e9thode. Le neurologue ne peut en effet suspecter qu&#8217;une r\u00e9gion participe \u00e0 la r\u00e9alisation d&#8217;une fonction qu&#8217;en observant chez un patient ayant perdu cette fonction une l\u00e9sion circonscrite. Or, ces l\u00e9sions, h\u00e9morragiques par exemple, ne sont que rarement pr\u00e9cis\u00e9ment localis\u00e9es. D&#8217;autre part, la l\u00e9sion d&#8217;une r\u00e9gion va entra\u00eener la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence en cascade de toutes les r\u00e9gions avec lesquelles elle est connect\u00e9e. Il sera donc tr\u00e8s difficile de distinguer l&#8217;effet de la l\u00e9sion elle-m\u00eame de l&#8217;effet de toutes les cons\u00e9quences qu&#8217;elle a entra\u00een\u00e9es. Durant les ann\u00e9es 60, de nouveaux arguments \u00e0 la th\u00e9orie de la localisation des fonctions c\u00e9r\u00e9brales ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s. Au cours d&#8217;examens pr\u00e9chirurgicaux de patients \u00e9pileptiques, W. Penfield a ainsi observ\u00e9 que la stimulation \u00e9lectrique de certaines r\u00e9gions du n\u00e9ocortex pouvait de mani\u00e8re reproductible \u00e9voquer \u00e0 volont\u00e9 des sensations, et m\u00eame permettre l&#8217;\u00e9vocation de souvenirs. C&#8217;est une approche similaire qui a tout r\u00e9cemment permis \u00e0 une \u00e9quipe californienne d&#8217;affirmer qu&#8217;elle venait de d\u00e9couvrir le centre du rire. L&#8217;approche de Penfield est en quelque sorte l&#8217;oppos\u00e9 de l&#8217;approche de la neurologie classique. Au lieu d&#8217;\u00e9tudier les effets de la l\u00e9sion d&#8217;une r\u00e9gion, on \u00e9tudie les effets de son activit\u00e9 excessive caus\u00e9e par la stimulation \u00e9lectrique. Mais, comme l&#8217;approche neurologique, elle souffre d&#8217;une critique majeure: comment extrapoler au cerveau sain des conclusions tir\u00e9es de l&#8217;\u00e9tude de patients atteints de maladies neurologiques qu&#8217;il s&#8217;agisse de l\u00e9sions vasculaires ou d&#8217;\u00e9pilepsie ? L&#8217;objection est particuli\u00e8rement pertinente dans le cas des patients \u00e9pileptiques puisqu&#8217;on pense que le d\u00e9veloppement de la maladie s&#8217;accompagne du maintien ou de la formation de connections aberrantes entre aires corticales normalement ind\u00e9pendantes. Enfin l&#8217;approche, en son temps novatrice, de Penfield conna\u00eet elle aussi ces d\u00e9rives simplistes. Comment affirmer que l&#8217;on a d\u00e9couvert l&#8217;aire du rire, et implicitement son unicit\u00e9, alors que l&#8217;on sait que le rire est un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9minemment h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, \u00e0 composante hormonale, pouvant par exemple \u00eatre induit par des malformations de l&#8217;hypothalamus, une r\u00e9gion compl\u00e8tement distincte du n\u00e9ocortex ?<\/p>\n<p> <strong> Les progr\u00e8s dans l&#8217;\u00e9tude de la localisation des fonctions c\u00e9r\u00e9brales  <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9tude de la localisation des fonctions c\u00e9r\u00e9brales a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement renouvel\u00e9e au cours des ann\u00e9es 80 par l&#8217;av\u00e8nement des techniques d&#8217;\u00e9tude non invasives (c&#8217;est-\u00e0-dire pouvant \u00eatre exerc\u00e9es sur n&#8217;importe quel sujet sans chirurgie, et donc non r\u00e9serv\u00e9es aux examens de patients souffrant de pathologie neurologique), parmi lesquelles la tomographie \u00e0 \u00e9mission de positons. Bri\u00e8vement, cette m\u00e9thode permet d&#8217;observer en temps r\u00e9el les variations du flux sanguin et de la consommation de glucose dans le cerveau d&#8217;un sujet \u00e9veill\u00e9, \u00e9tant admis que l&#8217;augmentation de ces param\u00e8tres dans une r\u00e9gion refl\u00e8te son activit\u00e9 \u00e9lectrique accrue. On peut ainsi \u00e9tudier quelles parties du cerveau d&#8217;un violoniste sont activ\u00e9es lorsqu&#8217;il joue du Bach plut\u00f4t que du Boulez, lorsqu&#8217;il fait des gammes ou qu&#8217;il d\u00e9chiffre. Pour l&#8217;essentiel, la tomographie \u00e0 \u00e9mission de positons a confirm\u00e9 ce qui \u00e9tait connu jusqu&#8217;\u00e0 maintenant sur la localisation des fonctions. Ainsi, on a pu observer l&#8217;activation d&#8217;une certaine aire du lobe temporal gauche chez un sujet parlant, confirmant l&#8217;observation plus que centenaire de Broca. Plus subtilement, on a pu r\u00e9cemment montrer que cette m\u00eame aire de Broca est activ\u00e9e lorsque le sujet parle une langue \u00e9trang\u00e8re, en plus d&#8217;autres r\u00e9gions impliqu\u00e9es dans l&#8217;apprentissage et la rem\u00e9moration. Ces techniques d&#8217;imagerie non invasive ont entra\u00een\u00e9 un regain d&#8217;int\u00e9r\u00eat des scientifiques pour des questions aussi vieilles que l&#8217;humanit\u00e9, telles que: qu&#8217;est ce que la conscience ? Quel lien notre cerveau entretient-il avec cette derni\u00e8re ? Plusieurs ouvrages r\u00e9cents offrent des pistes de r\u00e9flexion.<\/p>\n<p> <strong> R\u00e9alit\u00e9s physiques, \u00e9tats de conscience et connaissance objective <\/strong><\/p>\n<p>Comment la conscience contr\u00f4le le cerveau (\u00e9ditions Fayard, 254 p., 140 F) est pr\u00e9sent\u00e9 par son auteur, prix Nobel de m\u00e9decine d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1997, comme son testament scientifique, fruit d&#8217;une vie consacr\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9tude des bases neuronales de la conscience. John Eccles se place dans le cadre philosophique d\u00e9fini par Karl Poppers avec lequel il a longuement travaill\u00e9. Pour lui, le monde se divise en monde 1, monde des r\u00e9alit\u00e9s physiques, biologiques (dont notre cerveau) et techniques (outils, oeuvres&#8230;); monde 2 des \u00e9tats de conscience (connaissance subjective et exp\u00e9riences); monde 3 de la connaissance au sens objectif (patrimoine culturel et syst\u00e8mes th\u00e9oriques). Le probl\u00e8me scientifique pos\u00e9 par la conscience se r\u00e9sume donc \u00e0 l&#8217;\u00e9tude des liens entre les mondes 1 et 2. Pour John Eccles, cette interaction se r\u00e9alise au niveau d&#8217;unit\u00e9s structurelles bien d\u00e9crites anatomiquement dans le cortex, les dendrons (1), avec des unit\u00e9s psychiques \u00e9l\u00e9mentaires pr\u00e9sentement non identifi\u00e9es, nomm\u00e9es psychons. Ces interactions s&#8217;exerceraient selon les lois de la m\u00e9canique quantique, chaque psychon modifiant la probabilit\u00e9 d&#8217;exocytose, c&#8217;est-\u00e0-dire de communication chimique, des fibres contactant le dendron. Pour prendre une analogie approximative, notre cerveau fonctionnerait comme une sorte de r\u00e9tine r\u00e9ceptrice non aux photons de la lumi\u00e8re, mais aux psychons de l&#8217;esprit.<\/p>\n<p> <strong> Comme une r\u00e9tine r\u00e9ceptrice aux psychons de l&#8217;esprit&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>On le voit, John Eccles est \u00e9minemment dualiste. En laissant de c\u00f4t\u00e9 la critique philosophique d\u00e9j\u00e0 ancienne du dualisme, il est difficile d&#8217;aborder aujourd&#8217;hui sous un angle scientifique la th\u00e9orie de John Eccles. Le concept-cl\u00e9 de son \u00e9difice th\u00e9orique, le psychon, n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9. Par ailleurs, cette th\u00e9orie s&#8217;accorde mal avec ce que l&#8217;on sait de la physiologie du syst\u00e8me nerveux. Chacun en a fait l&#8217;exp\u00e9rience: la faim, la soif ou l&#8217;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 peuvent profond\u00e9ment affecter la conscience. On pourrait \u00e0 la rigueur imaginer que ces troubles physiologiques alt\u00e8rent la structure de nos dendrons, perturbant ainsi leur facult\u00e9 de percevoir les psychons. Mais comment interpr\u00e9ter le fait que ces \u00e9tats physiologiques aillent perturber jusqu&#8217;\u00e0 nos \u00e9tats de conscience, nos psychons dans le vocabulaire d&#8217;Eccles, et non seulement leurs traductions motrices ou comportementales ? Comme on le voit, Eccles apporte des r\u00e9ponses tr\u00e8s discutables \u00e0 des questions de premi\u00e8re importance. En particulier, son livre insiste sur le probl\u00e8me fondamental pos\u00e9 par les exp\u00e9riences de tomographie \u00e0 \u00e9mission de positons o\u00f9 l&#8217;on demande \u00e0 un sujet de penser qu&#8217;il r\u00e9alise une action sans la r\u00e9aliser. On peut ainsi d\u00e9coupler l&#8217;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale de son \u00e9ventuelle traduction motrice. Ces exp\u00e9riences montrent invariablement que des op\u00e9rations \u00e9l\u00e9mentaires telles qu&#8217;effectuer un calcul mental ou penser que l&#8217;on fait de la bicyclette activent des r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales sp\u00e9cifiques. Comment comprendre, dans le cadre de la physique classique, que de telles op\u00e9rations immat\u00e9rielles se traduisent par des \u00e9v\u00e9nements physiques mesurables, telle la consommation de glucose par une r\u00e9gion donn\u00e9e, sans que cela viole la loi de conservation de l&#8217;\u00e9nergie ? Il est impressionnant de voir combien des th\u00e9ories philosophiques qu&#8217;on pourrait penser d\u00e9su\u00e8tes, comme le dualisme du cerveau et de l&#8217;esprit, peuvent resurgir d\u00e8s qu&#8217;un Prix Nobel leur pr\u00eate son cr\u00e9dit. On ne peut donc qu&#8217;inviter \u00e0 l&#8217;\u00e9largissement du d\u00e9bat, dans le cadre du partage des connaissances, tant il est vrai que les arguments aujourd&#8217;hui \u00e9chang\u00e9s entre sp\u00e9cialistes sont intelligibles \u00e0 tous. N. C.-A.-L.<\/p>\n<p>* Chercheur \u00e0 l&#8217;INSERM<\/p>\n<p>1. Colonnes de dendrites appartenant \u00e0 des neurones distincts et organis\u00e9es parall\u00e8lement en faisceau. Les dendrites \u00e9tant des prolongements des neurones.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les nouvelles technologies m\u00e9dicales ressuscitent les interrogations sur la nature de la conscience. Une qu\u00eate fondamentale qui fait appel \u00e0 la neurologie comme \u00e0 la philosophie. 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