{"id":1032,"date":"1998-07-01T00:00:00","date_gmt":"1998-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/cooperation-scientifique1032\/"},"modified":"1998-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-06-30T22:00:00","slug":"cooperation-scientifique1032","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1032","title":{"rendered":"Coop\u00e9ration scientifique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Les suites du colloque d&#8217;OrsayLa coop\u00e9ration scientifique p\u00e2tit de l&#8217;ab\u00eeme entre l&#8217;\u00e9tendue des besoins et les efforts consentis. Le CIMPA (1), cr\u00e9\u00e9 pour former des chercheurs math\u00e9maticiens dans les pays en d\u00e9veloppement, illustre cette disproportion. Son ambition consistait \u00e0 \u00e9lever la participation de tous les pays \u00e0 la recherche math\u00e9matique au niveau des pays les plus avanc\u00e9s, en l&#8217;espace d&#8217;un demi-si\u00e8cle environ. Le potentiel math\u00e9matique de la France justifiait qu&#8217;elle joue un r\u00f4le moteur en cette mati\u00e8re. Elle y consacre deux millions par an, le cinquanti\u00e8me de ce que l&#8217;Italie attribue au Centre de physique th\u00e9orique de Trieste, sur lequel le CIMPA \u00e9tait cens\u00e9 prendre mod\u00e8le. M\u00eame si le cas est extr\u00eame, le probl\u00e8me est g\u00e9n\u00e9ral. L&#8217;organisation de la science ne r\u00e9pond pas aux besoins mondiaux. Ce n&#8217;est pas nouveau. Ce qui l&#8217;est en revanche, c&#8217;est la conscience du probl\u00e8me. Je veux insister sur un seul aspect: le d\u00e9veloppement de la science, dans l&#8217;avenir, d\u00e9pend du d\u00e9veloppement des peuples.<\/p>\n<p> <strong> Raccourcissement des perspectives de la recherche <\/strong><\/p>\n<p>Au cours du si\u00e8cle pass\u00e9, la production scientifique, \u00e9valu\u00e9e en nombre d&#8217;articles, a cr\u00fb de fa\u00e7on exponentielle, elle a doubl\u00e9 tous les dix ans. Les effectifs de chercheurs ont augment\u00e9 dans les m\u00eames proportions. Cette croissance n&#8217;a concern\u00e9 qu&#8217;un petit nombre de pays, relativement riches ou puissants, et l&#8217;organisation mondiale de la science au plus haut niveau s&#8217;est polaris\u00e9e autour des Etats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique. M\u00eame si la dynamique interne aux sciences a men\u00e9 \u00e0 des r\u00e9sultats consid\u00e9rables, la science dans son ensemble a \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9e par des moteurs externes \u00e0 elle. Parmi eux, l&#8217;exploitation intensive des ressources naturelles non renouvelables a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur, elle cr\u00e9e de s\u00e9rieux probl\u00e8mes pour l&#8217;avenir: comment se passer de ces ressources ? Comment transformer la question en moteur de la recherche ? La guerre froide et la comp\u00e9tition pour l&#8217;espace ont imprim\u00e9 leur marque \u00e0 l&#8217;explosion scientifique et universitaire des ann\u00e9es 60 et, depuis l&#8217;effondrement de l&#8217;URSS, la guerre \u00e9conomique a amen\u00e9 dans la recherche scientifique d&#8217;autres vues, plus courtes et moins ambitieuses. Plus exactement, le raccourcissement des perspectives, d\u00e9j\u00e0 sensible au cours des ann\u00e9es 80, s&#8217;est trouv\u00e9 en r\u00e9sonance avec la nouvelle donne mondiale.<\/p>\n<p> <strong> Un d\u00e9bat de politique g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9bordant le b\u00e9n\u00e9volat <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;une des voies possibles pour le futur est que l&#8217;affrontement \u00e9conomique c\u00e8de la place sous la pression des besoins \u00e0 une coop\u00e9ration \u00e9conomique visant et aboutissant \u00e0 une participation de tous les peuples \u00e0 une vie mondiale \u00e9quilibr\u00e9e. Dans cette perspective, la coop\u00e9ration et le r\u00e9\u00e9quilibrage peuvent constituer un moteur puissant du d\u00e9veloppement scientifique mondial dans les pays en d\u00e9veloppement et les pays les plus avanc\u00e9s scientifiquement. J&#8217;illustre cette th\u00e8se par un argument emprunt\u00e9 \u00e0 Claude Lobry, directeur du CIMPA. Dans de nombreux pays africains, l&#8217;alimentation \u00e9lectrique pose probl\u00e8me, notamment pour la maintenance des \u00e9quipements informatiques et de t\u00e9l\u00e9communications. Des gens astucieux et bricoleurs parviennent \u00e0 faire rouler des voitures hors d&#8217;\u00e2ge. Mais on ne bricole pas comme des autos les r\u00e9seaux \u00e9lectriques, \u00e9lectroniques ou hertziens. Dans la seule perspective de la maintenance, chaque pays a besoin d&#8217;ing\u00e9nieurs et de techniciens de haut niveau. Donc d&#8217;un enseignement sup\u00e9rieur scientifique de qualit\u00e9. Pour que ce dernier soit de niveau avec les enseignements analogues des pays avanc\u00e9s, il faut que les enseignants soient li\u00e9s \u00e0 une recherche active et soient partie prenante de la vie scientifique internationale &#8221; les deux exigences se conditionnant mutuellement. L&#8217;appel \u00e0 la coop\u00e9ration se fait donc d\u00e9sormais \u00e0 ce niveau: il ne s&#8217;agit plus \u00e0 terme de fournir techniciens, ing\u00e9nieurs ni enseignants mais de donner les moyens pour que techniciens, ing\u00e9nieurs, chercheurs et enseignants puissent \u00eatre form\u00e9s sur place et vivre et travailler dans leur pays. Cela n\u00e9cessite dans chaque pays un effort propre auquel personne \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur ne peut se substituer, et, dans les pays avanc\u00e9s, en France par exemple, le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s et des modalit\u00e9s de r\u00e9pondre \u00e0 cet appel. Les modalit\u00e9s: n&#8217;y a t-il pas lieu, dans tous les secteurs de la recherche publique, de donner un nouveau souffle \u00e0 la solidarit\u00e9 internationale ? Les travaux de coop\u00e9ration avec les pays en d\u00e9veloppement ne devraient-ils pas \u00eatre inclus dans les plans et les services aux niveaux institutionnel et individuel ? N&#8217;est-ce pas un d\u00e9bat de politique g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9bordant le b\u00e9n\u00e9volat individuel et la politique scientifique des \u00e9tablissements ? Nos concitoyens ne verraient-ils pas mieux le r\u00f4le de la recherche scientifique en France s&#8217;ils mesuraient aussi sa place dans le monde en d\u00e9veloppement ? Les capacit\u00e9s: r\u00e9pondre aux appels actuels et tenter de r\u00e9pondre aux appels futurs, pressentis ou non, constitue, me semble-t-il, une justification de la recherche fondamentale. Lorsque, dans chaque science, nous extrayons les concepts et les techniques qui permettent une avanc\u00e9e des connaissances, nous faisons bien plus que r\u00e9pondre \u00e0 une curiosit\u00e9 naturelle \u00e0 l&#8217;esp\u00e8ce humaine, nous anticipons un univers de possibles, de nouvelles th\u00e9ories, de nouvelles interactions, de nouvelles applications. La recherche fondamentale, qui est un peu \u00e9cras\u00e9e dans les vis\u00e9es \u00e0 court terme, est au contraire valoris\u00e9e quand on regarde loin en avant.<\/p>\n<p> <strong> Vision (utopique ?) sur la science de l&#8217;an 2050 <\/strong><\/p>\n<p>Loin en avant ? Pas tellement. En 2 050, si le monde n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 par des strat\u00e9gies de domination, l&#8217;\u00e9conomie mondiale aura chang\u00e9: elle sera devenue \u00e9conome, en rupture avec le gaspillage actuel. La science aura poursuivi sa progression exponentielle, sous d&#8217;autres formes: tous les pays participeront \u00e0 la production scientifique et, dans chaque pays, un nombre croissant d&#8217;individus. Les r\u00e9seaux permettront la communication, en math\u00e9matiques par exemple, chacun pourra travailler et vivre dans son pays tout en participant sur son sujet \u00e0 la vie scientifique internationale. Le papier restera n\u00e9cessaire aux expos\u00e9s de synth\u00e8se et aux grands trait\u00e9s dans toutes les langues du globe. La toile informatique, ma\u00eetris\u00e9e, entretiendra l&#8217;histoire vivante de toutes les connaissances humaines. L&#8217;impr\u00e9visible que nous sommes en train de pr\u00e9parer sera en action. Et les hommes continueront \u00e0 se demander comment combler le foss\u00e9 entre le progr\u00e8s des sciences et l&#8217;\u00e9tat de la conscience commune. Utopie ? Pourquoi pas ? Si les visions utopiques nous aident \u00e0 changer le cours des choses, vive l&#8217;utopie !<\/p>\n<p>* Math\u00e9maticien, vice-pr\u00e9sident du Comit\u00e9 des sciences de la Commission fran\u00e7aise pour l&#8217;Unesco.<\/p>\n<p>1. Voir Regards n\u00b0 36, juin 1998.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1032","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1032","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1032"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1032\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1032"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1032"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1032"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}