{"id":10315,"date":"2017-04-05T11:00:00","date_gmt":"2017-04-05T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-comment-eteindre-l-incendie-du-burn-out\/"},"modified":"2017-04-05T11:00:00","modified_gmt":"2017-04-05T09:00:00","slug":"article-comment-eteindre-l-incendie-du-burn-out","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10315","title":{"rendered":"Comment \u00e9teindre l&#8217;incendie du burn-out ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Reconna\u00eetre le syndrome d&#8217;\u00e9puisement professionnel (ou burn-out) comme maladie professionnelle ? La mesure part de bonnes intentions mais sera tr\u00e8s insuffisante pour soigner un mal vaste et complexe, aux racines duquel il vaudrait mieux s&#8217;attaquer. <\/p>\n<p>30 000 ou 3 millions\u00a0? Selon l&#8217;Institut de veille sanitaire[[L&#8217;INVS est devenu aujourd&#8217;hui Sant\u00e9 publique France.]], 30.000 travailleurs auraient \u00e9t\u00e9 victimes d&#8217;un burn-out entre 2007 et 2012, tandis que selon une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 2014 par le cabinet Technologia, plus de 3 millions de personnes seraient en situation de risque \u00e9lev\u00e9 de burn-out. Cet \u00e9cart de chiffre traduit \u00e0 lui seul le flou qui entoure la notion m\u00eame. <\/p>\n<h2>Un syndrome plut\u00f4t qu&#8217;une maladie<\/h2>\n<p><em>\u00ab\u00a0C&#8217;est un concept poubelle dans lequel on met toutes les pathologies li\u00e9es au travail, ce qui est tr\u00e8s dommageable<\/em>, d\u00e9clare la psychologue Marie Pez\u00e9, \u00e0 l&#8217;initiative en 1997 de la premi\u00e8re consultation Souffrance au travail en France. <em>Actuellement, on re\u00e7oit des gens \u00e9puis\u00e9s parce que l&#8217;intensification et la charge de travail d\u00e9passent ce que l&#8217;organisme peut fournir. Mais le terme de burn-out est un concept mediatico-politique qui cache la for\u00eat des pathologies li\u00e9es au travail \u2013 que l&#8217;on connait bien et que l&#8217;on peut d\u00e9cliner de mani\u00e8re plus fine.\u00a0\u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, pour la psychologue, comme pour nombre de ses coll\u00e8gues, le &#8220;burn-out&#8221;, avec des guillemets, serait avant tout un syndrome et non une maladie, c&#8217;est-\u00e0-dire <em>\u00ab\u00a0une mani\u00e8re qu&#8217;a le psychisme de r\u00e9agir \u00e0 une situation. Dans le cas du syndrome d&#8217;\u00e9puisement professionnel, l&#8217;organisme et le cerveau sont tellement \u00e9puis\u00e9s d&#8217;avoir sur-fonctionn\u00e9 qu&#8217;ils se mettent sur pause\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Concept fourre-tout ou pas, le 15 f\u00e9vrier dernier, une mission parlementaire proposait de faciliter la reconnaissance du burn-out en maladie professionnelle. <em>\u00ab\u00a0Nous avons des difficult\u00e9s \u00e0 prendre en compte cette nouvelle souffrance psychique et notamment \u00e0 la pr\u00e9venir\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9clarait \u00e0 cette occasion le d\u00e9put\u00e9 PS G\u00e9rard Sebaoun, rapporteur de la mission. De fait, \u00e0 ce jour, le burn-out ne figure pas sur le tableau des maladies professionnelles. Pour \u00eatre reconnu victime d&#8217;un burn-out il faut donc passer par des comit\u00e9s r\u00e9gionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) seuls habilit\u00e9s \u00e0 trancher. Une d\u00e9marche longue et complexe \u2013 418 dossiers valid\u00e9s en 2015 \u2013 qui n\u00e9cessite de justifier d&#8217;un taux minimum de 25% d&#8217;incapacit\u00e9 permanente, taux que la mission propose d&#8217;abaisser \u00e0 10%. <\/p>\n<h2>Des indemnisations insuffisantes<\/h2>\n<p>Si, sur le papier, la proposition semble marquer un progr\u00e8s en mati\u00e8re de sant\u00e9 au travail, pour Marie Pez\u00e9 il s&#8217;agit plut\u00f4t d&#8217;une fausse bonne id\u00e9e. <em>\u00ab\u00a0C&#8217;est vraiment faire preuve de peu de connaissances de la cuisine m\u00e9dico-administrative fran\u00e7aise que de vouloir \u00e0 tout prix reconna\u00eetre le burn-out en maladie professionnelle. Ces derni\u00e8res, \u00e0 l&#8217;instar des accidents du travail, sont tr\u00e8s mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es. Si vous \u00eates reconnu en burn-out en maladie professionnelle, on ne pourra pas utiliser ce diagnostic pour vous obtenir une invalidit\u00e9 de type 2 au r\u00e9gime d&#8217;assurance maladie g\u00e9n\u00e9ral, la pr\u00e9voyance que vous fournit l&#8217;entreprise ne pourra pas se mettre en route, vous aurez une indemnisation ponctuelle ou mensuelle mais minime et vous ne pourrez pas retravailler. Et si on abaisse le taux d&#8217;incapacit\u00e9 \u00e0 10% on diminue encore l&#8217;indemnisation parce que plus le taux est bas moins on vous donne.\u00a0\u00bb<\/em> Et d&#8217;ajouter\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le mieux est encore de d\u00e9clarer le salari\u00e9 en d\u00e9pression, ainsi il per\u00e7oit 50% de son salaire et le compl\u00e9ment de la pr\u00e9voyance. Il est tranquille pour un moment\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Soit. Mais l&#8217;id\u00e9e sous-jacente n&#8217;\u00e9tait-elle pas de faire payer l&#8217;employeur\u00a0? Car aujourd&#8217;hui, c&#8217;est bien le r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral qui prend en charge les salari\u00e9s souffrant d&#8217;un burn-out, et non la branche professionnelle de l&#8217;assurance maladie financ\u00e9e par les employeurs. C&#8217;est du moins ce que pense Jean-Fr\u00e9d\u00e9ric Poisson, d\u00e9put\u00e9 LR des Yvelines\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La seule mani\u00e8re, au fond, d&#8217;avoir une influence sur les entreprises viendra de l&#8217;impact qu&#8217;aura la d\u00e9claration en tant que maladie professionnelle sur les cotisations vers\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em> [[In &#8220;L&#8217;assembl\u00e9e int\u00e8gre le burn-out aux maladies professionnelles&#8221;, Mediapart, 29 mai 2015.]]. <\/p>\n<h2>Repenser l&#8217;organisation du travail<\/h2>\n<p>Pour G\u00e9rard Filoche, ancien inspecteur du travail, et soutien de Beno\u00eet Hamon \u2013 qui propose dans son programme de reconna\u00eetre le burn-out comme maladie professionnelle \u2013, les choses ne sont pas si simples. <em>\u00ab\u00a0Ce n&#8217;est pas par le burn-out qu&#8217;on va faire payer les entreprises, mais par la majoration de toutes les compensations des maladies professionnelles. Celles-ci sont tr\u00e8s mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es en France. Il est imp\u00e9ratif de revaloriser leur indemnisation et leur r\u00e9paration.\u00a0\u00bb<\/em> Par ailleurs, jusqu&#8217;ici, l&#8217;inscription des pathologies au tableau des maladies professionnelles n&#8217;a jamais eu l&#8217;impact pr\u00e9ventif escompt\u00e9. Pour exemple les troubles musculo-squelettiques (TMS), pourtant inscrites, repr\u00e9sentent toujours 85% des pathologies li\u00e9es au travail. Et que dire du m\u00e9soth\u00e9liome, le cancer de l&#8217;amiante, d\u00e9clar\u00e9 au tableau depuis 1945\u00a0? <\/p>\n<p>Pour en finir avec le burn-out, l&#8217;inspecteur du travail comme la psychologue assurent qu&#8217;il est pourtant primordial d&#8217;obliger les entreprises \u00e0 repenser l&#8217;organisation du travail. <em>\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me n&#8217;est pas tellement la reconnaissance du burn-out, mais comment le pr\u00e9venir. Et la seule pr\u00e9vention que je connaisse, c&#8217;est la r\u00e9duction et le contr\u00f4le du temps de travail<\/em>, ass\u00e8ne G\u00e9rard Filoche. <em>Or la loi El Khomri signe la destruction de la prise en compte des risques psychosociaux puisque, d\u00e9sormais, les n\u00e9gociations des conditions de travail se feront \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de l&#8217;entreprise. On aura moins d&#8217;ordre public social donc moins de protection.\u00a0\u00bb<\/em> <\/p>\n<p>La question reste donc enti\u00e8re. Comment, dans ces conditions, faire pression sur les employeurs pour qu&#8217;ils freinent la cadence\u00a0? G\u00e9rard Filoche, qui situe l&#8217;origine du burn-out dans <em>\u00ab\u00a0la recherche de rendement maximum des dividendes\u00a0\u00bb<\/em>, sugg\u00e8re une solution radicale\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Occuper les entreprises et s\u00e9questrer les employeurs\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Reconna\u00eetre le syndrome d&#8217;\u00e9puisement professionnel (ou burn-out) comme maladie professionnelle ? La mesure part de bonnes intentions mais sera tr\u00e8s insuffisante pour soigner un mal vaste et complexe, aux racines duquel il vaudrait mieux s&#8217;attaquer. <\/p>\n","protected":false},"author":777,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[307,304],"class_list":["post-10315","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-web","tag-sante","tag-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10315","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/777"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10315"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10315\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10315"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10315"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10315"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}