{"id":1030,"date":"1998-07-01T00:00:00","date_gmt":"1998-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique1030\/"},"modified":"1998-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-06-30T22:00:00","slug":"politique1030","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1030","title":{"rendered":"Politique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> D\u00e9bat entre Christophe Charle <\/p>\n<p>Voir aussi  D\u00e9licates contradictions <strong> , Du pluriel au singulier**Apr\u00e8s les \u00e9lections r\u00e9gionales, le sociologue Pierre Bourdieu interpellait vivement la gauche plurielle. L&#8217;occasion d&#8217;ouvrir un d\u00e9bat sur la crise de la politique, le contenu d&#8217;une politique de changement, les m\u00e9thodes de gouvernement. Autour de la table Jean-Fran\u00e7ois Gau, Jeanne Labrune, et Christophe Charle. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  Christophe Charle : <\/strong> Ce que nous avions \u00e9crit sous le titre &#8220;Pour une gauche de gauche&#8221; est, je pense, \u00e0 l&#8217;origine de ce d\u00e9bat. Apr\u00e8s les \u00e9lections r\u00e9gionales, nous \u00e9tions choqu\u00e9s par le r\u00e9sultat mais surtout par le fait que les hommes politiques, en g\u00e9n\u00e9ral, s&#8217;enfermaient dans des discussions sur les alliances. Comment emp\u00eacher le Front national d&#8217;occuper des positions, sans s&#8217;interroger sur le sens des r\u00e9sultats, sur l&#8217;essoufflement de la dynamique des l\u00e9gislatives apr\u00e8s un an ? L&#8217;article \u00e9tait collectif, m\u00eame si Pierre Bourdieu l&#8217;a sign\u00e9 pour lui donner plus de renom. Il \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 marquer que le d\u00e9bat politique n&#8217;\u00e9tait pas assez approfondi. La r\u00e9ponse d&#8217;un repr\u00e9sentant du Parti socialiste, insuffisante \u00e0 mon avis, a suivi. Un public plus large a montr\u00e9 que nos questions l&#8217;int\u00e9ressaient, m\u00eame si nos r\u00e9ponses n&#8217;\u00e9taient pas compl\u00e8tes. Il y a maintenant un petit mouvement des partis politiques. Il me semble que le Parti communiste pr\u00eate plus attention peut-\u00eatre que d&#8217;autres. Il faudrait analyser pourquoi cette interrogation le concerne aussi m\u00eame s&#8217;il n&#8217;a pas, bien s\u00fbr, les m\u00eames positions que le PS. En tout cas, il ne faudrait pas qu&#8217;\u00e0 la rentr\u00e9e la r\u00e9flexion soit au m\u00eame point qu&#8217;en avril ou mars: un constat d&#8217;inqui\u00e9tude, ou de d\u00e9sarroi, sans r\u00e9ponse. Il faut que toute la gauche r\u00e9fl\u00e9chisse sur ces probl\u00e8mes, cruciaux pour l&#8217;avenir imm\u00e9diat de la politique. C&#8217;est le sens de notre d\u00e9marche. Beaucoup nous ont dit: &#8221; Vous voulez fonder un parti, cr\u00e9er une liste pour les europ\u00e9ennes. &#8221; Cela n&#8217;a aucun int\u00e9r\u00eat pour nous. Nous voulons ne pas rester enferm\u00e9s dans un discours entre les intellectuels et la classe politique; et que le citoyen de base se pose lui aussi ces questions-l\u00e0 et change son rapport \u00e0 la politique, puisque le taux d&#8217;abstention s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 chaque scrutin. Je vous remercie de m&#8217;avoir invit\u00e9, au nom des gens avec qui je travaille.<\/p>\n<p>Jean-Fran\u00e7ois Gau: Comment voyons-nous ce sur quoi vous avez attir\u00e9 l&#8217;attention de tous ? D&#8217;abord, comme une crise de la repr\u00e9sentation politique &#8221; qui touche donc les partis politiques, les \u00e9lus &#8221; qui provient \u00e0 la fois du rejet du contenu de la politique men\u00e9e depuis une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es et d&#8217;une contestation de la pratique de la politique, cette fa\u00e7on qu&#8217;ont les hommes politiques d&#8217;expliquer plut\u00f4t que d&#8217;\u00e9couter et de faire proc\u00e9der leurs choix du d\u00e9bat d\u00e9mocratique. C&#8217;est, dans le m\u00eame temps, une crise des institutions politiques, la d\u00e9l\u00e9gation de pouvoir tendant de plus en plus \u00e0 se transformer en d\u00e9possession de pouvoir. Enfin &#8221; votre initiative en t\u00e9moigne &#8221; c&#8217;est une crise de la politique en tant que telle. Non seulement, de plus en plus de citoyens en sont exclus, mais la politique comme telle est mise en question, parce qu&#8217;elle est pr\u00e9sent\u00e9e comme impuissante \u00e0 agir sur le r\u00e9el. L&#8217;essentiel se d\u00e9ciderait ailleurs: dans l&#8217;\u00e9conomie, la finance&#8230; D&#8217;o\u00f9 une crise de la citoyennet\u00e9 elle-m\u00eame. Le mot &#8221; crise &#8221; est int\u00e9ressant, car il exprime une contradiction: s&#8217;il n&#8217;y avait que ces ph\u00e9nom\u00e8nes que j&#8217;\u00e9voque, on pourrait parler d&#8217;extinction ou de mort de la politique, mais ils percutent d&#8217;autres r\u00e9alit\u00e9s, comme, par exemple, votre initiative, de nouvelles formes d&#8217;engagements civiques ou associatifs, la mont\u00e9e de l&#8217;esprit critique, et toute une s\u00e9rie de mouvements sociaux. Autant d&#8217;indications de l&#8217;issue possible \u00e0 cette crise: par l&#8217;ouverture \u00e0 l&#8217;intervention citoyenne, par l&#8217;invention de nouvelles formes de vie d\u00e9mocratique. Nous en sommes persuad\u00e9s pour nous-m\u00eames car cette crise nous concerne, \u00e9videmment comme parti politique. Nous pensons \u00e9galement qu&#8217;il est absolument imp\u00e9ratif de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 de nouvelles institutions dans la cit\u00e9, l&#8217;entreprise, toute la soci\u00e9t\u00e9, liant davantage d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative et d\u00e9mocratie directe. Enfin, nous essayons d&#8217;innover, d\u00e8s aujourd&#8217;hui, dans la pratique, par exemple avec la cr\u00e9ation d&#8217;espaces citoyens. Il y en a 650 en France. Ce sont des lieux de proximit\u00e9, ouverts \u00e0 tous, appartenant \u00e0 ceux qui y participent, con\u00e7us comme des lieux de d\u00e9bats, de solidarit\u00e9 et d&#8217;intervention politique. Avec l&#8217;id\u00e9e d&#8217;inaugurer un nouveau type de liens entre l&#8217;individu et les choix politiques nationaux. Je ne dis pas que ce soit LA r\u00e9ponse. C&#8217;est une volont\u00e9 du Parti communiste de contribuer \u00e0 la r\u00e9appropriation par les citoyens de la politique, de favoriser \u00e0 partir de leur intervention une dynamique politique nationale permettant d&#8217;influer r\u00e9ellement sur les choix.<\/p>\n<p> <strong> Jeanne Labrune : <\/strong> Vous, vous parlez ici au nom d&#8217;une parti politique ou d&#8217;un groupe de travail. Moi ce n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 titre individuel bien que depuis l&#8217;appel \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance civique nous nous retrouvions beaucoup entre cin\u00e9astes pour discuter de politique. La crise de la repr\u00e9sentativit\u00e9 politique vient en partie du fait que le hommes politiques ont pris l&#8217;habitude de jouer sur deux tableaux. Ils sont \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;Etat mais ils n&#8217;assument leur responsabilit\u00e9 de gouvernants que sur des modes d\u00e9fensifs. L&#8217;Etat n&#8217;est quasiment plus souverain que dans les mesures r\u00e9pressives. Sur la question des sans-papiers, on le voit bien. C&#8217;est au nom de la ma\u00eetrise des flux de population, au nom du ch\u00f4mage, qu&#8217;ils font des sans-papiers des boucs \u00e9missaires et qu&#8217;ils les expulsent. Mais d\u00e8s lors que les gens veulent se battre pour d\u00e9fendre leur pouvoir d&#8217;achat, leurs conditions de travail, les repr\u00e9sentants de l&#8217;Etat se disculpent en reconnaissant volontiers qu&#8217;ils n&#8217;ont pas tout pouvoir, qu&#8217;ils sont pris dans la machine de l&#8217;\u00e9cono mie mondiale et que leur marge de manoeuvre est tr\u00e8s petite. D&#8217;ailleurs quand on lit les textes de trait\u00e9s internationaux (les textes de l&#8217;OMC pour l&#8217;AMI) on est frapp\u00e9 de voir que la souverainet\u00e9 des Etats n&#8217;est pleinement reconnue que dans le do maine de la police et de la d\u00e9fense nationale. Je crois que les gens sentent que les hommes politiques n&#8217;ont plus le pouvoir r\u00e9el et que ce manque de pouvoir les conduit \u00e0 gesticuler beaucoup devant les m\u00e9dias pour exister, pour se donner un pouvoir m\u00e9diatique qui est tout \u00e0 fait illusoire, qui tient de la m\u00e9thode Cou\u00e9. Je me souviens d&#8217;un d\u00e9bat accablant entre Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy o\u00f9 l&#8217;on avait vraiment l&#8217;impression d&#8217;avoir affaire \u00e0 deux membres d&#8217;un club de rh\u00e9toriciens, de sophistes, jouant avec les mots. On voyait bien que l&#8217;enjeu \u00e9tait une victoire rh\u00e9torique, qui serait le plus brillant des deux, mais fondamentalement rien de neuf, d&#8217;inventif n&#8217;\u00e9tait propos\u00e9. Comment r\u00e9pondre \u00e0 la crise politique ? C&#8217;est le r\u00f4le d&#8217;un parti comme le Parti communiste d&#8217;ouvrir des espaces citoyens mais chacun se doit de r\u00e9fl\u00e9chir sur la politique et parfois de fa\u00e7on informelle, intuitive et d\u00e9sordonn\u00e9e. C&#8217;est ce qui se passe entre cin\u00e9astes parfois. Et l&#8217;appel \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance puis l&#8217;action poursuivie par certains en faveur des sans-papiers vient du fait qu&#8217;il faut parfois quitter le domaine des mots et regarder ce qui se passe en r\u00e9alit\u00e9. Il faut aussi se rendre compte que les mots, qui ont l&#8217;air parfois bien innocents, recouvrent des choses scandaleuses. L&#8217;appel \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance civique vient de cela. Nous avons pris conscience qu&#8217;\u00e0 travers les lois Pasqua-Debr\u00e9, il y avait ni plus ni moins un appel \u00e0 la d\u00e9lation. Ce n&#8217;\u00e9tait pas \u00e9crit comme \u00e7a dans les textes, le mot d\u00e9lation n&#8217;\u00e9tait pas inscrit, mais c&#8217;\u00e9tait bien de cela qu&#8217;il s&#8217;agissait. En pronon\u00e7ant le mot d\u00e9lation, nous avons nomm\u00e9 le scandale et c&#8217;est \u00e7a qui a r\u00e9veill\u00e9 une partie de l&#8217;opinion. Il faut \u00eatre vigilant et \u00e9couter ce qui se dit sous les p\u00e9riphrases. Il se cache parfois des mots et des r\u00e9alit\u00e9s tr\u00e8s sombres sous des phrases tr\u00e8s brillantes et apparemment innocentes.<\/p>\n<p> <strong> C. C. : <\/strong> Vous avez mis en \u00e9vidence cette esp\u00e8ce de langage cod\u00e9 pour initi\u00e9s qu&#8217;Orwell appelait la novlang, ces jeux de r\u00f4le de certains politiques. Il y a un vedettariat de la politique li\u00e9 au poids des m\u00e9dias. Bien des hommes politiques de valeur n&#8217;ont jamais acc\u00e8s aux m\u00e9dias. Ils sont exclus bien qu&#8217;ils participent au travail politique. Or, ils sont plus proches des citoyens et pourraient rendre publiques leurs interrogations. Les \u00e9missions politiques sont l\u00e9gion, mais confin\u00e9es au m\u00eame petit groupe. Le spectateur se lasse. La transmission des messages politiques m\u00e9rite aussi une remise en cause. Les grands m\u00e9dias devraient avoir l&#8217;obligation d\u00e9ontologique, inscrite dans leur cahier des charges, d&#8217;inviter des gens diff\u00e9rents, d&#8217;autres hommes politiques, d&#8217;autres g\u00e9n\u00e9rations, qui aient v\u00e9cu ailleurs que dans les cabinets minist\u00e9riels. Cela donnerait aux militants une reconnaissance et les remotiverait. Il y a aussi une difficult\u00e9 \u00e0 travailler avec la jeunesse. Dans mes cours, j&#8217;essaie de temps en temps des rapprochements entre le pass\u00e9 et l&#8217;histoire contemporaine. Cette ann\u00e9e j&#8217;ai fait un cours sur l&#8217;entre-deux-guerres, avec toutes les questions de la x\u00e9nophobie, de l&#8217;antis\u00e9mitisme. Certains voyaient que je voulais les amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le pr\u00e9sent, mais une grande masse se demandait en quoi \u00e7a la concernait. En 68 existait le sentiment que les jeunes pouvaient avoir quelque chose \u00e0 faire et \u00e0 dire en politique. Cela manque aujourd&#8217;hui. Si les partis politiques ont du mal \u00e0 renouveler leurs cadres, c&#8217;est que les g\u00e9n\u00e9rations suivantes n&#8217;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 &#8221; monter &#8220;, ou sont bloqu\u00e9es ou n&#8217;ont pas envie d&#8217;adh\u00e9rer. Pourquoi les jeunes, qui souffrent le plus dans notre soci\u00e9t\u00e9, ne comprennent-ils pas que leur souffrance pourra s&#8217;ext\u00e9rioriser dans une action peut-\u00eatre collective ? Vous avez donn\u00e9 comme explication le fait que le politique dit: &#8221; je ne peux pas r\u00e9pondre \u00e0 votre question, \u00e7a ne d\u00e9pend pas de moi. &#8221; Mais il y a aussi, depuis les ann\u00e9es 80, une culture de la d\u00e9politisation, un envahissement de la politique spectacle, ces campagnes pr\u00e9sidentielles o\u00f9 comptaient davantage le nombre de millions d\u00e9pens\u00e9s que le nombre d&#8217;id\u00e9es agit\u00e9es. Cela n&#8217;a-t-il pas donn\u00e9 aux jeunes une image d\u00e9risoire de la politique ?<\/p>\n<p> <strong> J.-F. G. : <\/strong> Le constat que vous faites concernant l&#8217;adh\u00e9sion \u00e0 un parti politique ou le militantisme politique, nous le faisons aussi, ce qui implique donc un effort d&#8217;innovation en ce domaine pour surmonter cette situation. Mais je ne parlerai pas pour autant de &#8220;d\u00e9politisation&#8221;. Par exemple, n&#8217;y a-t-il pas, depuis plusieurs ann\u00e9es, un r\u00e9veil des jeunes \u00e0 la politique, notamment au travers des mouvements anti-Le Pen et pas seulement ? Des jeunes et d&#8217;autres commencent \u00e0 secouer le cocotier. Il y a une vraie demande de nouvelles formes d&#8217;intervention dans la politique. N&#8217;est-ce pas aussi une des raisons de notre rencontre ? Ainsi, les mouvements sociaux sont entour\u00e9s de sympathie, parce qu&#8217;ils sont porteurs de refus et d&#8217;aspirations aujourd&#8217;hui partag\u00e9s par des millions et des millions de citoyens. Sans- papiers, priv\u00e9s d&#8217;emploi, enseignants, jeunes et parents de Seine-Saint-Denis, salari\u00e9s des services publics&#8230; Au travers de ces mouvements, nos concitoyens reconnaissent les grandes questions politiques qu&#8217;ils se posent eux-m\u00eames sur l&#8217;avenir de notre soci\u00e9t\u00e9 et de la civilisation. Va-t-on continuer une soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus in\u00e9galitaire, violente, inhumaine ? Avec cette id\u00e9e, qui me semble fondamentale dans votre d\u00e9marche, de se mettre au travail, pour rechercher des r\u00e9ponses permettant d&#8217;ouvrir une issue. Ces mouvements sociaux sont, en effet, porteurs de r\u00e9volte, de refus, mais aussi de demandes de r\u00e9ponses, de projets qu&#8217;il faut bien qualifier de politiques, et d\u00e9j\u00e0 d&#8217;id\u00e9es neuves. Bien entendu, dans la mesure o\u00f9 la crise de la politique est si profonde &#8221; c&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 je vous rejoins &#8221; les remarques ou les critiques qui surgissent quand on intervient sur ce terrain sont n\u00e9cessairement d\u00e9capantes. Pour un parti politique, plusieurs r\u00e9actions sont possibles: &#8220;C&#8217;est mon pr\u00e9 carr\u00e9, vous n&#8217;avez rien \u00e0 y faire&#8221;; ou encore: &#8221; Tiens, voil\u00e0 de nouveaux clients, comment vais-je faire pour les r\u00e9cup\u00e9rer ? &#8221; En ce qui concerne le Parti communiste&#8230;<\/p>\n<p> <strong> J. L. : <\/strong> C&#8217;est justement ce qui se passe pour les sans-papiers ! Des promesses de r\u00e9gularisation ont eu lieu pendant la campagne \u00e9lectorale. Elles n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 tenues: une grande partie des sans-papiers ne sont pas r\u00e9gularis\u00e9s Je suis marraine d&#8217;une famille chinoise. J&#8217;ai \u00e9crit \u00e0 tous les minist\u00e8res, \u00e0 la pr\u00e9fecture de Bobigny, j&#8217;ai fini par apprendre que mes sans-papiers \u00e9taient r\u00e9gularis\u00e9s. Je parraine une autre famille, des Turcs, et je refais le parcours. Pour eux c&#8217;est tr\u00e8s important, pour moi aussi, mais c&#8217;est une goutte d&#8217;eau dans l&#8217;oc\u00e9an. On parvient \u00e0 faire r\u00e9gulariser au cas par cas quelques personnes. Des m\u00e9dias, par exemple Lib\u00e9ration, jouent l&#8217;ironie, vont dans le sens des d\u00e9cisions gouvernementales. Il y a dans la soci\u00e9t\u00e9, au gouvernement, des gens qui adh\u00e8rent sans doute aux m\u00eames principes que nous, mais jouent une sorte de pragmatisme par rapport au Front national&#8230;<\/p>\n<p> <strong> J.-F. G. : <\/strong> Vous savez sans doute qu&#8217;il y a une diff\u00e9rence entre la mani\u00e8re dont ce dossier est trait\u00e9 et la position du Parti communiste: elle est notoire. Je reviens \u00e0 mon propos. J&#8217;ai \u00e9voqu\u00e9 ces mouvements sociaux et ces d\u00e9bats d&#8217;id\u00e9es, porteurs de critiques et d&#8217;exigences politiques. Nous consid\u00e9rons qu&#8217;ils peuvent contribuer \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence et au d\u00e9veloppement d&#8217;une dynamique po litique de changement et c&#8217;est \u00e0 cela qu&#8217;en ce qui nous concerne, nous souhaitons travailler, en tant que Parti communiste. Ce qui suppose de clarifier le type de rapports que peuvent entretenir avec un parti politique les protagonistes de ces mouvements. Je crois que ce qu&#8217;ils attendent d&#8217;un parti, c&#8217;est d&#8217;\u00eatre relais, interlocuteur, repr\u00e9sentant. Repr\u00e9sentant ? \u00c7a se gagne. Il ne suffit pas que le PC dise: &#8220;Ralliez-vous \u00e0 mon panache rouge&#8221;. Relais ? \u00c7a se prouve et il me semble que les communistes apportent une preuve de leur contribution \u00e0 ces mouvements, comme militants, comme \u00e9lus ou en tant que parti. Interlocuteur ? Il faut \u00eatre deux. \u00c7a se choisit: il ne faut d&#8217;exclusive ni d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 ni de l&#8217;autre. Puisqu&#8217;il y a des id\u00e9es, des demandes politiques qui appellent une coh\u00e9rence, un projet de transformation, travaillons-y.<\/p>\n<p> <strong> C. C. : <\/strong> C&#8217;est s\u00e9duisant, mais on a d\u00e9j\u00e0 entendu cette musique \u00e0 l&#8217;\u00e9poque du programme commun. Ce n&#8217;est pas jeter le discr\u00e9dit sur ce que vous dites que de trouver que votre attitude de synth\u00e8se syst\u00e9matique par rapport \u00e0 ces mouvements va poser probl\u00e8me. Si les gens choisissent de militer de cette fa\u00e7on-l\u00e0, c&#8217;est justement qu&#8217;ils ont peur que leur parole sp\u00e9cifique soit incluse dans un autre message, qui sera un peu le leur mais pas exactement le m\u00eame, peur de perdre le contr\u00f4le. Vous essayez d&#8217;\u00e9pouser ces luttes et de les soutenir et vous \u00eates en m\u00eame temps solidaires du gouvernement o\u00f9 si\u00e8gent des ministres communistes, vous votez des lois, dont certaines ne sont pas forc\u00e9ment celles qui sont r\u00e9clam\u00e9es: vous \u00eates un peu sur une corde raide ! N&#8217;y a-t-il pas danger pour vous de vous faire rejeter, soit par ceux dont vous voulez \u00eatre les porte-parole, qui vont vous demander pourquoi soutenir le gouvernement si vous le critiquez tout le temps; soit par le gouvernement qui vous dira: choisissez votre camp ? Comment, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du gouvernement, pouvez-vous essayer de modifier une politique qui est men\u00e9e par un autre parti plus fort que vous et qui a du mal \u00e0 \u00e9couter souvent ? Au moment de l&#8217;Union de la gauche ancienne formule, on ouvrait de grands d\u00e9bats avec le peuple convoqu\u00e9 dans les grands meetings, on publiait ensuite un programme, on faisait voter les \u00e9lecteurs en leur disant &#8221; faites-nous confiance &#8220;. L&#8217;entr\u00e9e dans le gouvernement pluriel s&#8217;est engag\u00e9e sur un autre sch\u00e9ma puisque tout \u00e9tait improvis\u00e9. Le gouvernement a sans doute du temps devant lui, Jacques Chirac risquant de ne pas dissoudre l&#8217;Assembl\u00e9e \u00e0 nouveau, vu l&#8217;\u00e9tat des forces dans son camp. Le gouvernement doit s&#8217;inscrire maintenant dans un projet \u00e0 plus long terme, sinon il retombera dans cette esp\u00e8ce de gestion \u00e0 court terme critiqu\u00e9e dans les ann\u00e9es Mitterrand, qui consistait \u00e0 \u00e9viter les dangers en jouant des contradictions du camp adverse, ce qui n&#8217;est pas finalement une politique. La question pos\u00e9e \u00e0 la gauche officielle ou non est de sortir de cette logique. Il me semble que la gauche doit globalement r\u00e9fl\u00e9chir sur une autre fa\u00e7on de travailler. Comment articuler un discours officiel \u00e0 un discours de base et que ce discours ne soit pas d\u00e9natur\u00e9 d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 ou de l&#8217;autre ? Comment faire pour que les citoyens se prononcent sur un vrai projet au moment des \u00e9lections ?<\/p>\n<p> <strong> J.-F. G. : <\/strong> Vous avez raison. Ce sc\u00e9nario que vous venez d&#8217;\u00e9voquer &#8221; qui consisterait \u00e0 penser que, compte tenu de l&#8217;\u00e9tat o\u00f9 se trouve la droite, le bon moyen d&#8217;aborder l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle est de ne pas faire de vagues pour n&#8217;effaroucher personne &#8221; un tel calcul serait suicidaire pour la gauche et meurtri\u00e8re pour notre peuple. Car, au total, les citoyens jugeront et voteront en fonction des changements r\u00e9els qui auront lieu ou non, pour eux, pour la soci\u00e9t\u00e9. Nous consid\u00e9rons donc qu&#8217;il faut passer \u00e0 une nouvelle phase \u00e0 gauche, pour pousser ce qui a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 et d\u00e9cider de r\u00e9formes plus profondes. Vous demandez &#8221; pouvez-vous passer votre temps \u00e0 critiquer le gouvernement ? &#8221; Croyez-moi, nous pr\u00e9f\u00e9rons de beaucoup passer notre temps \u00e0 contribuer \u00e0 ce qu&#8217;il soit r\u00e9pondu aux attentes que les Fran\u00e7ais ont plac\u00e9es dans la gauche en mai 97 ! Quand nous avons d\u00e9cid\u00e9 de participer \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience en cours, nous ne l&#8217;avons pas fait en sp\u00e9culant sur son \u00e9chec, mais en connaissant bien le rapport des forces, en sachant que, non seulement il y aurait des r\u00e9sistances au changement de la part des grandes forces capitalistes et de la droite, mais qu&#8217;il y aurait des r\u00e9ticences \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la gauche plurielle. Notre entr\u00e9e au gouvernement ne s&#8217;est pas faite sur un projet puisque ce travail avec le Parti socialiste et les citoyens s&#8217;\u00e9tait tout juste entam\u00e9 et qu&#8217;il n&#8217;a pas pu \u00eatre effectu\u00e9 faute de temps. Nous avons choisi de travailler au gouvernement et \u00e0 la majorit\u00e9 en consid\u00e9rant que c&#8217;\u00e9tait le souhait des Fran\u00e7ais qui avaient battu la droite et que cela leur donnait des moyens suppl\u00e9mentaires en faveur d&#8217;une politique de changement. Pour l&#8217;essentiel, les graves probl\u00e8mes pos\u00e9s \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 demeurent. S&#8217;y attaquer exige des r\u00e9formes qui comportent, c&#8217;est vrai, des risques, parce qu&#8217;elles s&#8217;en prennent aux int\u00e9r\u00eats dominants. Nous travaillons dans ce but au gouvernement, au Parlement, et sur le terrain. J&#8217;ai \u00e9voqu\u00e9 les espaces citoyens, de m\u00eame que nos efforts en faveur de la formulation d&#8217;un projet politique transformateur. Pour la m\u00eame raison, nous essayons d&#8217;encourager tous les mouvements qui s&#8217;emparent de ces d\u00e9fis de soci\u00e9t\u00e9. Nous y voyons non pas un p\u00e9ril mais une chance pour que la gauche soit bien \u00e0 gauche.<\/p>\n<p> <strong> J. L. : <\/strong> J&#8217;ai un de mes proches qui enseigne dans un lyc\u00e9e de la Seine-Saint-Denis. La situation y est tr\u00e8s difficile. Les classes sont surcharg\u00e9es. Une partie des \u00e9l\u00e8ves n&#8217;a m\u00eame pas les moyens de manger \u00e0 la cantine. Ils vivent dans des conditions de grande pauvret\u00e9. Enseigner la litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 des jeunes gens qui poss\u00e8dent tr\u00e8s mal la langue fran\u00e7aise a de quoi d\u00e9moraliser tout le monde, et les enseignants qui ne peuvent plus faire leur m\u00e9tier et les \u00e9l\u00e8ves qui voient bien que le bac qu&#8217;ils auront ne vaudra pas grand chose. Il faudrait augmenter consid\u00e9rablement le budget de l&#8217;Education nationale, faire que les \u00e9l\u00e8ves handicap\u00e9s par des probl\u00e8mes de langue puissent \u00eatre mis \u00e0 niveau pour r\u00e9habiliter les \u00e9tudes. C&#8217;est l\u00e0 que tout se joue pour l&#8217;avenir. Pour l&#8217;instant ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9bloqu\u00e9 pour la Seine-Saint-Denis reste tr\u00e8s insuffisant.<\/p>\n<p> <strong> J.-F. G. : <\/strong> Je ne suis pas impliqu\u00e9 directement dans le mouvement de Seine-St-Denis; j&#8217;\u00e9coute ce que pensent les gens que vous rencontrez. En ce qui concerne les r\u00e9sultats du mouvement, ils ne r\u00e9solvent certes pas tous les probl\u00e8mes, mais la cr\u00e9ation de 3000 postes d&#8217;enseignants en trois ans n&#8217;est pas rien. C&#8217;est la premi\u00e8re fois depuis longtemps qu&#8217;il y a un tel r\u00e9sultat. Un autre \u00e9l\u00e9ment encourageant est l&#8217;exp\u00e9rience que ces gens ont faite de leur force et des relations qu&#8217;ils ont \u00e9tablies dans la lutte. Votre lutte avec les sans-papiers a \u00e9t\u00e9 sans doute pour vous enrichissante: faire l&#8217;exp\u00e9rience de la solidarit\u00e9, du d\u00e9bat, des inqui\u00e9tudes, du rassemblement sont des exp\u00e9riences humaines qui ne s&#8217;oublient pas.<\/p>\n<p> <strong> J. L. : <\/strong> Vous voyez ce que vous dites l\u00e0 me choque \u00e9norm\u00e9ment. Pour moi c&#8217;est typiquement un discours d&#8217;homme politique. Ce n&#8217;est pas \u00e0 vous de me dire quel b\u00e9n\u00e9fice personnel, psychologique, je tire de mes exp\u00e9riences de lutte. C&#8217;est un discours paternaliste. L&#8217;exp\u00e9rience de la solidarit\u00e9, je n&#8217;ai pas attendu ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour la faire. Et si l&#8217;on se bat, ce n&#8217;est pas pour r\u00e9apprendre les bienfaits de la solidarit\u00e9, c&#8217;est pour faire avancer des id\u00e9es politiques, pour faire respecter des principes.<\/p>\n<p> <strong> C. C. : <\/strong> On n&#8217;a pas d\u00e9couvert en 1997 les difficult\u00e9s de l&#8217;\u00e9cole. Ce qui m&#8217;a choqu\u00e9, c&#8217;est que le ministre d\u00e9couvre le probl\u00e8me et le traite de mani\u00e8re catastrophique, en l&#8217;envenimant. Un gouvernement de gauche, vraiment ? Qui s&#8217;affronte aux enseignants, une des bases de l&#8217;\u00e9lectorat de gauche ? Vous parliez de la r\u00e9novation des partis de gauche au pass\u00e9, l\u00e0 c&#8217;est un couac r\u00e9cent. Je suis pr\u00eat \u00e0 croire que le Parti communiste est sinc\u00e8re mais il n&#8217;est pas tout seul. Il faudrait qu&#8217;il secoue un peu ses alli\u00e9s pour que ceux-ci lui embo\u00eetent le pas et fassent leur autocritique, sinon votre sinc\u00e9rit\u00e9 ne suffira pas. Il me semble que ce qui marquerait un gouvernement de gauche est qu&#8217;il n&#8217;attende pas la crise mais soit capable d&#8217;\u00e9couter, de comprendre les probl\u00e8mes. Cette absence de gestion d\u00e9mocratique, cette lenteur \u00e0 comprendre la coupure d&#8217;avec la base sont inqui\u00e9tantes. C&#8217;\u00e9tait vrai \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de De Gaulle, de Pompidou, de Giscard, et aussi du temps de Mitterrand \u00e0 cause de l&#8217;autosatisfaction de la gauche. Mais les \u00e9checs qu&#8217;elle a subis auraient pu la faire r\u00e9fl\u00e9chir. Un an avant, c&#8217;est &#8221; il faut faire l&#8217;inventaire, reconna\u00eetre nos erreurs, ne pas refaire les m\u00eames &#8220;; six mois plus tard, on se retrouve dans cette incoh\u00e9rence, cet autoritarisme.<\/p>\n<p> <strong> J.-F. G. : <\/strong> Reste que ce mouvement a d\u00e9bouch\u00e9 sur un r\u00e9sultat et que ce n&#8217;est pas tout \u00e0 fait un hasard qu&#8217;il ait eu lieu en Seine-St-Denis. Les enseignants communistes, les \u00e9lus communistes ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement dans le mouvement. Et leur r\u00f4le n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 seulement un r\u00f4le de participation ou de soutien, mais aussi d&#8217;initiative politique. Lorsque tout \u00e9tait bloqu\u00e9, le pr\u00e9sident du Conseil g\u00e9n\u00e9ral de Seine-St-Denis a convoqu\u00e9 une table ronde \u00e0 laquelle il a invit\u00e9 le ministre. La n\u00e9gociation a repris \u00e0 ce moment.<\/p>\n<p> <strong> C. C. : <\/strong> Le Parti communiste ne dirige pas tous les conseils g\u00e9n\u00e9raux. Il n&#8217;y aura pas cette m\u00e9diation ailleurs&#8230;<\/p>\n<p> <strong> J.-F. G. : <\/strong> Alors, prenons un autre exemple. Dans le conflit des pilotes, lorsque Jean-Claude Gayssot dit \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale, &#8221; je ne serai pas le ministre de la privatisation ni de la baisse des salaires &#8220;, vous ne pensez pas que \u00e7a favorise une issue qui ne soit ni une baisse des salaires, ni une privatisation ? Ce qui \u00e9tait loin d&#8217;\u00eatre acquis.<\/p>\n<p> <strong> C. C. : <\/strong> Tant que vous \u00eates au gouvernement, il y a risque d&#8217;une marginalisation d&#8217;une tendance par rapport \u00e0 une autre, qui finalement jouera contre toute la gauche&#8230;<\/p>\n<p> <strong> J.-F. G. : <\/strong> Je le r\u00e9p\u00e8te, nous ne disons pas que la politique actuelle nous satisfait \u00e0 100 pour 100: nous sommes pr\u00e9occup\u00e9s, nous pensons que l&#8217;heure est vraiment venue de passer \u00e0 des r\u00e9formes profondes pour que ce gouvernement m\u00e8ne une politique de gauche et r\u00e9ussisse. Tout ce qui y contribue &#8221; les mouvements sociaux et citoyens, les d\u00e9bats d&#8217;id\u00e9es, et, nous le pensons, notre propre intervention &#8221; sont une aide pour la gauche. (A Jeanne Labrune) Ce n&#8217;\u00e9tait pas le politique qui s&#8217;adressait \u00e0 vous, il me semblait dire une \u00e9vidence, elle vous a choqu\u00e9e, je le regrette.<\/p>\n<p> <strong> J. L. : <\/strong> Je ne suis pas choqu\u00e9e, je ne fais que relever une fa\u00e7on de parler paternaliste propre au discours des hommes politiques quels qu&#8217;ils soient. Au nombre de celles-ci, il y a aussi cette formule accablante, exasp\u00e9rante, qu&#8217;on entend \u00e0 n&#8217;en plus finir dans les campagnes \u00e9lectorales: &#8221; Les Fran\u00e7ais veulent ceci&#8230; les Fran\u00e7ais veulent cela &#8220;. Quand on est fran\u00e7ais justement, on a l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre dans la situation du b\u00e9b\u00e9 au cours du jugement du Roi Salomon. Chacun le voudrait pour soi tout entier et \u00e0 eux tous, les politiques, ils ne font que lui tirer dessus et se l&#8217;arracher. Les &#8221; Fran\u00e7ais &#8221; sont comme un paquet de voix qu&#8217;ils s&#8217;arrachent, tant et si bien que beaucoup de gens d\u00e9sormais ont d\u00e9cid\u00e9 de se mettre hors-jeu et de s&#8217;abstenir. Ce sont les politiques eux-m\u00eames qui sapent leur repr\u00e9sentativit\u00e9 par des comportements abusifs.<\/p>\n<p> <strong> C. C. : <\/strong> Je pense que notre analyse est assez convergente sur un certains nombre de points. Votre parti pense avoir trouv\u00e9 une m\u00e9thode pour r\u00e9soudre ses contradictions, je ne suis pas s\u00fbr que ce sera aussi simple. Je suis content que le Parti communiste essaie d&#8217;\u00e9couter, ce qui m&#8217;inqui\u00e8te c&#8217;est que la gauche globalement soit contente d&#8217;elle. Sous des allures modestes, il y a une auto satisfaction gouvernementale \u00e9nervante. Les ministres devraient cesser de dire &#8221; je me f\u00e9licite de&#8230; &#8221; Ils n&#8217;ont pas \u00e0 se f\u00e9liciter, si quelque chose a eu lieu ce n&#8217;est pas uniquement gr\u00e2ce \u00e0 eux. Il faudrait que la gauche prenne conscience que son pouvoir est fragile et peut \u00eatre remis en cause assez vite. Et surtout il faudrait que toute la gauche, pas seulement le Parti communiste, \u00e9coute, trouve des mots d&#8217;ordre mobilisateurs, n&#8217;attende pas que les crises \u00e9clatent comme cela s&#8217;est pass\u00e9 cette ann\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p><strong>  D\u00e9licates contradictions ** <\/strong><\/p>\n<p>Pour un observateur \u00e9tranger qui s&#8217;int\u00e9resserait aux faits politiques et sociaux, la France \u00e9tonne \u00e0 deux titres.<\/p>\n<p>Le gouvernement y est le plus &#8221; \u00e0 gauche &#8221; d&#8217;Europe, avec participation des Verts et du PCF, et les mouvements sociaux s&#8217;y succ\u00e8dent depuis plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Notre observateur pourrait penser \u00e0 une relation harmonieuse, une &#8221; tension positive &#8220;, qui verraient mouvements sociaux et forces progressistes gouvernementales s&#8217;\u00e9pauler et se renforcer mutuellement.<\/p>\n<p>La fragilit\u00e9 des mouvements sociaux est le premier correctif \u00e0 apporter \u00e0 cette image. Les associations sont en pointe, et leur foisonnement est le signe d&#8217;une \u00e9vidente reprise de l&#8217;activit\u00e9 militante. Mais elles ont un nombre limit\u00e9 d&#8217;adh\u00e9rents, encore moins de militants et ceux-ci jonglent comme ils le peuvent d&#8217;une priorit\u00e9 \u00e0 une autre. Les syndicats avaient mis en mouvement des forces bien plus importantes en novembre et d\u00e9cembre 1995. Mais le second souffle tarde \u00e0 venir et le secteur priv\u00e9 est toujours un d\u00e9sert syndical. Le tr\u00e8s faible nombre de jours de gr\u00e8ves pour l&#8217;ann\u00e9e 1997 confirme cette panne momentan\u00e9e.<\/p>\n<p>Si les mouvements sociaux ont une forte popularit\u00e9 et un impact politique important, c&#8217;est parce qu&#8217;ils jouent sur les contradictions les plus sensibles de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise: le ch\u00f4mage de masse, l&#8217;explosion de la pr\u00e9carit\u00e9, la mont\u00e9e du nombre des salari\u00e9s \u00e0 tr\u00e8s faibles revenus&#8230; En s&#8217;appuyant sur leur popularit\u00e9, les mouvements ont pu faire bouger les choses et faire avancer quelques revendications urgentes, mais leur force n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 suffisante pour remporter des victoires plus importantes qui auraient modifi\u00e9 radicalement les priorit\u00e9s gouvernementales.<\/p>\n<p>Le gouvernement s&#8217;abrite derri\u00e8re la contrainte internationale et sur l&#8217;Europe pour justifier ses choix politiques et \u00e9conomiques. Il pouvait pourtant satisfaire nombre de revendications: r\u00e9gulariser les sans-papiers qui en avaient fait la demande, accorder un revenu aux jeunes de moins de 25 ans, augmenter les minima sociaux, mesure dont le co\u00fbt \u00e9tait exactement \u00e9gal au cadeau fiscal fait par Alain Jupp\u00e9 aux contribuables les plus ais\u00e9s, etc. Il aurait ainsi r\u00e9pondu aux urgences et permis un renforcement du mouvement social qui aurait trouv\u00e9 l\u00e0 un encouragement \u00e0 l&#8217;action.<\/p>\n<p>A l&#8217;inverse, des lignes de fracture successives sont apparues entre le gouvernement et les diff\u00e9rentes facettes du mouvement social. Le PCF et les Verts ont soutenu les mouvements, mais, quand Lionel Jospin siffle la fin de la r\u00e9cr\u00e9ation, c&#8217;est la solidarit\u00e9 gouvernementale qui prime !<\/p>\n<p>Comment inverser cette \u00e9volution ? Le probl\u00e8me est pos\u00e9 aux syndicats et associations, qui doivent aider au renforcement du mouvement social. Il est plus difficile pour les forces politiques progressistes qui devront g\u00e9rer des contradictions chaque jour plus d\u00e9licates.<\/p>\n<p>Par Christophe Aguiton *<\/p>\n<p>* Animateur de AC!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> D\u00e9bat entre Christophe Charle <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1030","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1030","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1030"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1030\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1030"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1030"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1030"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}