{"id":10245,"date":"2017-03-07T10:50:00","date_gmt":"2017-03-07T09:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-les-greves-de-femmes-ont-elles-un-genre-particulier\/"},"modified":"2023-06-23T23:24:17","modified_gmt":"2023-06-23T21:24:17","slug":"article-les-greves-de-femmes-ont-elles-un-genre-particulier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10245","title":{"rendered":"Les gr\u00e8ves de femmes ont-elles un &#8220;genre&#8221; particulier ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 la veille du 8 mars 2017, premi\u00e8re grande gr\u00e8ve nationale pour les droits des femmes, retour en arri\u00e8re sur quelques grandes gr\u00e8ves men\u00e9es par des femmes. Avec cette question en toile de fond : ont-elles \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes des gr\u00e8ves d\u2019hommes ? <\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je ne rentrerai pas, non je ne rentrerai pas l\u00e0-dedans, je ne remettrai plus les pieds dans cette taule. Vous pouvez rentrer, vous. Allez voir quel bordel que c\u2019est, on est toutes noires !\u00a0\u00bb<\/em>, crie-t-elle, des larmes dans la gorge. &#8220;Elle&#8221;, c\u2019est une ouvri\u00e8re des usines Wonder, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ht1RkTMY0h4\">film\u00e9e par la cam\u00e9ra de Jacques Willemont<\/a> en juin 1968. Une sc\u00e8ne <a href=\"https:\/\/www.scienceshumaines.com\/la-revoltee-des-usines-wonder_fr_22091.html\">devenue culte<\/a> et symbolique, pour l\u2019historienne des femmes Fran\u00e7oise Th\u00e9baud, des revendications des femmes en gr\u00e8ve. <\/p>\n<p>Alors que l\u2019Hexagone s\u2019appr\u00eate \u00e0 conna\u00eetre la premi\u00e8re grande gr\u00e8ve nationale pour <em>\u00ab\u00a0faire entendre les exigences de celles qui repr\u00e9sentent 52% de la population\u00a0\u00bb<\/em>, selon l\u2019appel lanc\u00e9 le 28 f\u00e9vrier dernier, c\u2019est l\u2019occasion de se pencher sur le sujet. Comment les femmes ont-elles fait gr\u00e8ve depuis que la gr\u00e8ve existe\u00a0?<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0La gr\u00e8ve est un acte viril au point de d\u00e9part\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Historiquement, il existe des diff\u00e9rences entre hommes et femmes en gr\u00e8ve, confirment les historiens et historiennes que nous avons contact\u00e9s. Non pas parce que les femmes seraient &#8220;par nature&#8221; diff\u00e9rentes, mais parce qu\u2019elles sont ou ont \u00e9t\u00e9 prises dans des rapports de pouvoir les opposant aux hommes. Parce qu\u2019on leur assigne et qu\u2019on leur assignait un lieu naturel, le foyer. Enfin parce qu\u2019elles n\u2019ont \u00e9t\u00e9 pendant longtemps que &#8220;tol\u00e9r\u00e9es&#8221; dans les usines. <em>\u00ab\u00a0La gr\u00e8ve est un acte viril au point de d\u00e9part, le travail productif ce sont les hommes\u00a0\u00bb<\/em>, affirme Michelle Perrot, professeure \u00e9m\u00e9rite d&#8217;histoire de l\u2019universit\u00e9 Paris-Diderot. <\/p>\n<p>Alors que les hommes affrontent essentiellement les patrons, les femmes qui font gr\u00e8ve font souvent face \u00e0 un deuxi\u00e8me obstacle, tout aussi redoutable : leur mari. H\u00e9l\u00e8ne Brion, institutrice, f\u00e9ministe, et syndicaliste CGT, raconte <a href=\"http:\/\/www.marievictoirelouis.net\/document.php?id=182&#038;auteurid=183\">dans <em>La Voie f\u00e9ministe<\/em><\/a>, un manifeste paru en 1917, un exemple tir\u00e9 de la gr\u00e8ve qui a eu lieu cinq ans plus t\u00f4t, \u00e0 la raffinerie de Lebaudy: <em>\u00ab\u00a0Une femme qui arrive, pleurante, morte de honte, suivie par un homme qui, \u00e0 coups de trique et de pieds, la force \u00e0 avancer\u2026 C\u2019est une gr\u00e9viste de la veille et de l\u2019avant-veille que son tsar ram\u00e8ne au travail, parce que \u00e7a lui d\u00e9pla\u00eet que sa femme fasse gr\u00e8ve \u00bb<\/em>. <\/p>\n<h2>Les femmes gr\u00e9vistes, \u00ab\u00a0des roulures, des filles de rien\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p><em>\u00ab\u00a0Le monde ouvrier aussi et la soci\u00e9t\u00e9 voulaient les femmes \u00e0 la maison, on ne voulait pas de femmes \u00e0 l\u2019usine. Et si elles y allaient, c\u2019\u00e9tait pour une p\u00e9riode limit\u00e9e, de douze ans \u00e0 vingt ans, jusqu\u2019au mariage. On attendait leur salaire, on ne les voulait pas du tout gr\u00e9vistes. Les femmes leadeuses de gr\u00e8ves, on les compte sur les doigts d\u2019une main. Elles ne sont pas bien consid\u00e9r\u00e9es, c\u2019est des roulures, des filles de rien\u00a0\u00bb<\/em>, commente Michelle Perrot.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait vrai au d\u00e9but du si\u00e8cle, et c\u2019\u00e9tait encore vrai dans les ann\u00e9es 1970. Entre juillet 1975 et d\u00e9cembre 1978, 118 ouvri\u00e8res du textile men\u00e8rent une longue gr\u00e8ve, qu\u2019on a appel\u00e9e la <a href=\"https:\/\/books.google.fr\/books?id=aQyUweIbeosC&#038;pg=PA130&#038;lpg=PA130&#038;dq=gr%C3%A8ve+femmes+CIP+dans+pas+de+calais&#038;source=bl&#038;ots=HeH_cozZOw&#038;sig=sk0OuZS4F1LGwy8x5KGgF-RmY90&#038;hl=fr&#038;sa=X&#038;ved=0ahUKEwjy7JDrwKbSAhXJ1RoKHcfkCToQ6AEINzAF#v=onepage&#038;q=gr%C3%A8ve%2\">gr\u00e8ve de la CIP<\/a>, du nom de l\u2019usine de confection du Pas-de-Calais. Pour subvenir \u00e0 leurs besoins, elles vendent les chemises fabriqu\u00e9es par les machines sous le manteau\u2026 \u00c0 cause de la dur\u00e9e de la gr\u00e8ve, et pour assurer un roulement, certaines dorment sur place. Situation difficile \u00e0 vivre pour les hommes, qui voient leurs femmes &#8220;d\u00e9coucher&#8221;&#8230; <em>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un \u00e9poque h\u00e9ro\u00efque, qui repr\u00e9sentait une rupture par rapport \u00e0 leur vie de femmes mari\u00e9es, de m\u00e8res de famille\u00a0\u00bb<\/em>, commente Margaret Maruani, directrice de recherche au CNRS et fondatrice et dirigeante de la revue <em>Travail, genre, soci\u00e9t\u00e9s<\/em>.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0On leur demandait de faire la cuisine collective\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Quand elles faisaient gr\u00e8ve, les femmes ont aussi \u00e9t\u00e9 plus attentives \u00e0 l\u2019organisation quotidienne de la lutte, entre foyer et lieu de travail. Comment faire pour garder les enfants, leur pr\u00e9parer \u00e0 manger, s\u2019il faut aussi occuper l\u2019usine\u00a0? Autant de questions que ne se posaient gu\u00e8re les hommes en gr\u00e8ve, qui comptaient sur leurs \u00e9pouses. <\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Pour des raisons mat\u00e9rielles, li\u00e9es \u00e0 la division du travail salari\u00e9e et du travail domestique, dans les gr\u00e8ves de femmes avec occupation, il y a toujours une attention particuli\u00e8re, dans les usines non-mixtes, au travail domestique\u00a0\u00bb<\/em>, commente Fanny Gallot, ma\u00eetresse de conf\u00e9rences en histoire contemporaine. Et quand elles partagent l\u2019organisation avec les hommes, leur r\u00f4le est parfois vite vu : <em>\u00ab\u00a0On leur demandait de faire la cuisine collective, elles \u00e9taient rarement au premier plan\u00a0\u00bb<\/em>, raconte Michelle Perrot. <\/p>\n<h2>Des revendications qui mettent l\u2019accent sur les conditions de travail<\/h2>\n<p>Une des particularit\u00e9s des gr\u00e8ves men\u00e9es par des femmes, ou en partie men\u00e9es par des femmes, tient \u00e0 leurs revendications. Hausse de salaire, cadence de travail, statut, elles partagent nombre de demandes avec leurs coll\u00e8gues masculins. Mais, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 notamment, elles accordent aussi une place particuli\u00e8re aux conditions de travail, comme l\u2019ouvri\u00e8re de chez Wonder ou les immigr\u00e9s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. <em>\u00ab\u00a0Les ouvriers qui sont alors embauch\u00e9s \u00e0 des qualifications sup\u00e9rieures ont plut\u00f4t des revendications salariales. Mais elles ont r\u00e9ussi \u00e0 mettre au centre cette question, qui appara\u00eet peu \u00e0 peu comme l\u00e9gitime\u00a0\u00bb<\/em>, explique Fanny Gallot, autrice d\u2019un <a href=\"http:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/catalogue\/index-En_d__coudre-9782707182418.html\">livre paru en 2015<\/a> sur les gr\u00e8ves de femmes, <em>En d\u00e9coudre. Comment les ouvri\u00e8res ont r\u00e9volutionn\u00e9 le travail et la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>.<br \/>\n<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/ht1RkTMY0h4?rel=0&amp;showinfo=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><br \/>\n<br \/>\nD\u00e8s le d\u00e9but du si\u00e8cle, la question du harc\u00e8lement sexuel au travail est une question port\u00e9e par les femmes, qui n\u2019appellent pas alors cela &#8220;harc\u00e8lement&#8221;, mais parlent de &#8220;la mauvaise conduite des contrema\u00eetres&#8221;, raconte Fran\u00e7oise Th\u00e9baud : <em>\u00ab\u00a0Cela pouvait \u00eatre un motif pour d\u00e9marrer une gr\u00e8ve\u00a0\u00bb<\/em>. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, appuie l\u2019historienne, les revendications des femmes sont \u00e0 cette \u00e9poque souvent plus concr\u00e8tes, moins prises dans des enjeux de pouvoir et de batailles symboliques.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0\u00c9coutez gronder leur col\u00e8re\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Chanter et danser : voil\u00e0 aussi un des traits caract\u00e9ristiques des gr\u00e8ves d\u2019ouvri\u00e8res, que les hommes regardent d\u2019un mauvais \u0153il, en pensant <em>\u00ab\u00a0mais qu\u2019est-ce donc que ce boucan !\u00a0\u00bb<\/em> <em>\u00ab\u00a0Elles manifestent avec plus de chants, de danses, elles ont des cris, un peu comme si elles s\u2019amusaient, et les ouvriers leur reprochent, disant que la gr\u00e8ve n\u2019est pas une f\u00eate\u00a0\u00bb<\/em>, raconte Michelle Perrot.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait le cas par exemple des &#8220;Penn Sardin&#8221;, ces ouvri\u00e8res des usines de conserverie de sardines de Douarnenez, dans le Finist\u00e8re. Pendant que les hommes \u00e9taient en mer, les femmes \u00e9taient \u00e0 terre, et se serraient les coudes chaleureusement en chantant en breton. Le travail \u00e9tait rude, <em>\u00ab\u00a0il n\u2019y avait pas d\u2019horaire\u00a0\u00bb<\/em>, <a href=\"http:\/\/musicaspencer.canalblog.com\/archives\/2011\/10\/21\/22430670.html\">chantent les sardini\u00e8res<\/a>, qui couraient sur leur lieu de travail d\u00e8s que la sir\u00e8ne annon\u00e7ant le poisson retentissait, parfois \u00e0 quatre heures du matin. C\u2019est en chantant qu\u2019elles tinrent t\u00eate \u00e0 leur patron pendant cinquante jours, en 1924, pour obtenir une revalorisation de leur salaire et la reconnaissance du droit syndical:<\/p>\n<p><quote>\u00c9coutez claquer leurs sabots<br \/>\n\u00c9coutez gronder leur col\u00e8re,<br \/>\n\u00c9coutez claquer leurs sabots<br \/>\nC&#8217;est la gr\u00e8ve des sardini\u00e8res<\/quote><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/50VKs3g6DqQ?rel=0&amp;showinfo=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h2>Les Chantelle dansent devant les CRS<\/h2>\n<p><em>\u00ab\u00a0Elles aiment beaucoup faire charivari, elles prennent des casseroles, des po\u00eales, des attributs f\u00e9minins, et tapent dessus. Les hommes ne font pas \u00e7a, quand ils sont tout seuls\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit Michelle Perrot. <em>\u00ab\u00a0La chanson r\u00e9volutionnaire dans la lutte, c\u2019est un grand classique, mais dans les gr\u00e8ves des ann\u00e9es 1970, les femmes le font beaucoup plus que les hommes, elles d\u00e9tournent et cr\u00e9ent des chansons\u00a0\u00bb<\/em>, abonde Fanny Gallot, qui s\u2019est pench\u00e9e sur la gr\u00e8ve des ouvri\u00e8res de Lejaby, en 2010. Les Goodyear, qui \u00e9taient <a href=\"http:\/\/www.ina.fr\/video\/VDD09016445\">en lutte \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque<\/a>, <em>\u00ab\u00a0n\u2019ont pas particuli\u00e8rement d\u00e9tourn\u00e9 des chansons\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute Fanny Gallot.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Nous avons tous de bonnes id\u00e9es \/ On le doit \u00e0 la CGT\u00a0\u00bb<\/em>, <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/fanny-gallot\/blog\/210212\/lejaby-un-long-combat-pour-la-dignite\">fredonnent les ouvri\u00e8res<\/a> de Lejaby. Sur l\u2019air de &#8220;Quand tu disais Val\u00e9ry&#8221;, les Chantelle <a href=\"http:\/\/www.academia.edu\/2942240\/Les_chansons_des_ouvri%C3%A8res_dans_les_ann%C3%A9es_1968_une_combativit%C3%A9_renforc%C3%A9e_\">inventent leur propre chant<\/a> o\u00f9 elles \u00e9voquent le &#8220;rendement&#8221;, les &#8220;cadences&#8221;, les &#8220;tickets&#8221; ou le &#8220;chrono&#8221;. Ou <a href=\"http:\/\/www.lesdessousdelafabrique.fr\/chantelle\/made-in-france\/index.html\">chantent &#8220;Le chiffon rouge&#8221;<\/a> de Michel Fugain <a href=\"http:\/\/www.humanite.fr\/node\/70550\">en t\u00eate de cort\u00e8ge<\/a>. Leurs chants sont parfois grivois, heurtant jusqu\u2019\u00e0 certaines femmes au sein des ouvri\u00e8res : <em>\u00ab\u00a0Au cul, au cul, aucune h\u00e9sitation. Non non non \u00e0 la d\u00e9localisation\u00a0\u00bb<\/em>. Elles dansent aussi, offrant des porte-jarretelles aux forces de l\u2019ordre qui les encadrent, les draguant dans un esprit de provocation, <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-savoir-agir-2010-2-page-43.htm\">raconte Eve Meuret-Campfort<\/a>, chercheuse post-doctorante en sociologie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nantes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-24660\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/greve-genre-sardinieres-a61.jpg\" alt=\"greve-genre-sardinieres.jpg\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/greve-genre-sardinieres-a61.jpg 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/greve-genre-sardinieres-a61-300x209.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><br \/>\n <\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Les femmes s\u00e9questrent aussi\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les gr\u00e8ves de femmes ont eu pendant longtemps un caract\u00e8re plus spontan\u00e9 que celles des hommes, ajoute Fran\u00e7oise Th\u00e9baud. Non pas en vertu d\u2019une pr\u00e9tendue &#8220;nature&#8221; plus frivole, mais parce que les femmes sont moins syndiqu\u00e9es et que les syndicats <em>\u00ab\u00a0prennent moins en compte leurs revendications\u00a0\u00bb<\/em>, explique l\u2019historienne. <em>\u00ab\u00a0Elles improvisent beaucoup\u00a0\u00bb<\/em>, abonde Michelle Perrot. Pour les syndicats et les partis qui voient le ph\u00e9nom\u00e8ne se d\u00e9velopper, c\u2019est parfois la panique. Le Parti communiste est d\u00e9contenanc\u00e9, par exemple, par ces ouvri\u00e8res de Douarnenez qui continuent d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9glise pendant la gr\u00e8ve&#8230;<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de dire que les femmes seraient par nature diff\u00e9rentes, ou qu\u2019elles auraient une mani\u00e8re particuli\u00e8re de faire la gr\u00e8ve, quand les hommes auraient quant \u00e0 eux une mani\u00e8re &#8220;neutre&#8221; : <em>\u00ab\u00a0Sur cette question de la sp\u00e9cificit\u00e9, il faut prendre des pincettes, car on tombe vite dans l\u2018essentialisme. Le genre, c\u2019est aussi les hommes, on peut parler de gr\u00e8ves masculines\u00a0\u00bb<\/em>, pr\u00e9vient Fanny Gallot. Ajoutons aussi que les femmes peuvent se montrer tout aussi combatives que les hommes, et emploient souvent les m\u00eames techniques. <em>\u00ab\u00a0Les femmes s\u00e9questrent aussi, elles ont s\u00e9questr\u00e9 leur directeur chez Chantelle en 1981 par exemple\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute l\u2019historienne. On les voit \u00e0 la man\u0153uvre dans le film <em>Coup pour coup<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 en 1972:<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/greve-genre-couop-pour-coup.jpg\" alt=\"greve-genre-couop-pour-coup.jpg\" align=\"center\" \/><br \/>\n<\/p>\n<h2>Pas de genre fig\u00e9<\/h2>\n<p>S\u2019il existe des diff\u00e9rences de genre r\u00e9elles, qui r\u00e9sultent de conditions historiques et mat\u00e9rielles, le genre, ne l\u2019oublions pas, est aussi dans le regard que leur porte la soci\u00e9t\u00e9. <em>\u00ab\u00a0Les militants syndicalistes hommes ont un r\u00e9cit plus h\u00e9ro\u00efque en parlant des femmes\u00a0\u00bb<\/em>, explique la sociologue Margaret Maruani, qui a co\u00e9crit avec Anni Borzeix <a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/1983\/05\/MASCHINO\/37364\">le livre <em>Le Temps des chemises<\/em><\/a>, sur la gr\u00e8ve de la CIP. On les voit comme plus courageuses, on loue leur capacit\u00e9 de r\u00e9sistance&#8230; et on les plaint aussi plus volontiers. <em>\u00ab\u00a0Les pauvres femmes, c\u2019est dur pour elles !\u00a0\u00bb<\/em> Certaines n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 en jouer, sachant s\u2019attirer la sympathie du public et des m\u00e9dias en mettant en sc\u00e8ne leur f\u00e9minit\u00e9, leur r\u00f4le de m\u00e8re. <\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Ce qui a d\u00e9clench\u00e9 l\u2019affaire Lejaby, ce sont les pleurs d\u2019une ouvri\u00e8re (<a href=\"http:\/\/www.lamontagne.fr\/yssingeaux\/social\/2012\/01\/29\/lejaby-sa-colere-et-ses-larmes-ont-emu-la-france-le-soir-de-la-decision-du-tribunal_167012.html\">Marie-Claude Jouve<\/a>, ndlr) au moment de la fermeture<\/em>, rappelle Fanny Gallot. <em>C\u2019est paternaliste, mais cela produit un \u00e9lan de solidarit\u00e9. Les ouvriers de chez Conti, on ne les voit pas pleurer\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette mise en sc\u00e8ne, il y a aussi un pi\u00e8ge. <em>\u00ab Cela a eu un effet de popularit\u00e9, mais c\u2019est fond\u00e9 sur une esp\u00e8ce de st\u00e9r\u00e9otype selon lequel la place des femmes n\u2019est pas dans la gr\u00e8ve. L\u2019\u00e9motion est une mani\u00e8re aussi de d\u00e9politiser les gr\u00e8ves\u00a0\u00bb<\/em>, compl\u00e8te Fanny Gallot. Les Chantelle, d\u2019ailleurs, <em>\u00ab\u00a0ont plut\u00f4t tendance \u00e0 effacer le caract\u00e8re f\u00e9minin de leur discours politique\u00a0\u00bb<\/em>, <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-savoir-agir-2010-2-page-43.htm\">\u00e9crit Eve Meuret-Campfort<\/a>, pour fuir l\u2019assignation d\u2019un genre fig\u00e9 qu\u2019on veut leur coller. Alors oui, il y a sans doute quelque chose comme un &#8220;genre de la gr\u00e8ve&#8221;, mais attention \u00e0 ne pas en faire un totem immuable&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/twitter.com\/audelorriaux\">@audelorriaux<\/a><\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10245 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/greve-genre-sardinieres-14e.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/greve-genre-sardinieres-14e-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"greve-genre-sardinieres.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/greve-genre-cc6.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/greve-genre-cc6-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"greve-genre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la veille du 8 mars 2017, premi\u00e8re grande gr\u00e8ve nationale pour les droits des femmes, retour en arri\u00e8re sur quelques grandes gr\u00e8ves men\u00e9es par des femmes. Avec cette question en toile de fond : ont-elles \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes des gr\u00e8ves d\u2019hommes ? <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":24660,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[306],"class_list":["post-10245","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-feminisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10245","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10245"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10245\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/24660"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10245"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10245"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10245"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}