{"id":10203,"date":"2017-02-20T01:01:07","date_gmt":"2017-02-20T00:01:07","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-a-propos-de-luce\/"},"modified":"2023-06-23T23:24:10","modified_gmt":"2023-06-23T21:24:10","slug":"article-a-propos-de-luce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10203","title":{"rendered":"A propos de Luce\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Un hommage \u00e0 Luce Vigo, fille du mythique cin\u00e9aste Jean Vigo, ancienne critique cin\u00e9ma de <em>Regards<\/em>, mais surtout amoureuse du 7e art qui aura mis sa passion au service de celui-ci. <\/p>\n<p>Ce matin, lundi 20 f\u00e9vrier, Luce Vigo sera incin\u00e9r\u00e9e au cimeti\u00e8re du P\u00e8re Lachaise. Celle qui fut critique cin\u00e9ma \u00e0 <em>Regards<\/em> est morte dimanche dernier. Officiellement, elle avait quatre-vingt-cinq ans, beaucoup moins en fait. J\u2019ai eu la chance de la rencontrer, ainsi qu\u2019\u00c9mile Breton, il y a quelques ann\u00e9es. Je croisais ce couple infatigable dans toutes les occasions que se donne l\u2019Art et Essai faire vivre le cin\u00e9ma d\u2019auteur. Mais c\u2019est \u00e0 <em>Regards<\/em> que nous avons sympathis\u00e9. Luce y publiait des chroniques cin\u00e9matographiques comme elle continuait \u00e0 le faire dans plusieurs journaux et revues de cin\u00e9ma, d\u00e9fendant les films qui en avaient besoin, pr\u00e9f\u00e9rant <em>\u00ab\u00a0donner la parole aux cr\u00e9ateurs\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Pour la cin\u00e9phile et ancienne \u00e9tudiante en cin\u00e9ma que j\u2019\u00e9tais, Jean Vigo, son p\u00e8re, \u00e9tait un mythe. \u00c9crire dans le m\u00eame journal, rencontrer et fr\u00e9quenter sa fille, discuter avec elle, \u00e9tait un grand bonheur. Luce, avec sa gentillesse, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, sa curiosit\u00e9 et son regard pointu m\u2019a fait oublier sa prestigieuse filiation. Elle \u00e9tait Luce Vigo, amoureuse du cin\u00e9ma et une tr\u00e8s belle personne. Elle racontait ne pas avoir de souvenirs de son p\u00e8re, fils de l\u2019anarchiste Eug\u00e8ne Bonaventure de Vigo, qui avait pris un nom de guerre, Miguel Amereyda, anagramme de &#8220;y a de la merde&#8221;. Tout un programme, disait-elle, que ce regard sur la soci\u00e9t\u00e9 port\u00e9 par un homme, incarc\u00e9r\u00e9 pour ses positions politiques, mort dans des circonstances troubles, en prison, et dont le fils Jean Vigo chercha inlassablement \u00e0 r\u00e9habiliter la m\u00e9moire. <\/p>\n<p>Jean Vigo a film\u00e9 entre vingt-quatre et vingt-neuf ans, quatre pr\u00e9cieux films qui font partie de l\u2019histoire du cin\u00e9ma. <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em>, a \u00e9t\u00e9 interdit par la censure. Pour <em>\u00c0 propos de Nice<\/em>, Luce racontait <em>\u00ab\u00a0le plaisir de la d\u00e9couverte de la cam\u00e9ra par un jeune homme de vingt-quatre ans qui r\u00e9alise son r\u00eave, faire des acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s, pratiquer le pamphlet cruel\u00a0\u00bb<\/em>. Jean Vigo meurt quand Luce a seulement trois ans. Sa m\u00e8re, Lydu Lozinska, d\u2019origine polonaise, disparait quelques ann\u00e9es apr\u00e8s laissant la petite Luce aux soins du journaliste Louis Martin-Chauffier et de sa femme Simone, qui ont fait partie de l\u2019un des premiers r\u00e9seaux de la R\u00e9sistance, le r\u00e9seau du Mus\u00e9e de l&#8217;Homme, et de Claude Aveline, l&#8217;ex\u00e9cuteur testamentaire de Jean Vigo.<\/p>\n<p>Luce avait eu la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de participer avec \u00c9mile Breton \u00e0 deux manifestations que j\u2019avais organis\u00e9es au cin\u00e9ma Champo \u00e0 Paris. Une r\u00e9trospective sur mai 68 et une r\u00e9trospective du cin\u00e9aste finlandais Aki Kaurism\u00e4ki. Cette rencontre d\u00e9boucha sur un petit r\u00f4le dans <em>Le Havre<\/em>, o\u00f9 Luce jouait une caissi\u00e8re de cin\u00e9ma. <em>\u00ab\u00a0C\u2019\u2019\u00e9tait un petit r\u00f4le\u00a0\u00bb<\/em>, disait-elle, mais on voyait bien qu\u2019elle \u00e9tait un petit peu fi\u00e8re de l\u2019amiti\u00e9 d\u2019Aki Kaurism\u00e4ki. Ce r\u00f4le signifiait qu\u2019elle n\u2019oubliait pas que le cin\u00e9ma est fait de techniciens, de figurants, de la foule obscure des salles obscures. Car en plus d\u2019\u00eatre critique, elle avait \u00e9t\u00e9 programmatrice \u00e0 la Maison de la Culture de Bobigny notamment, o\u00f9 elle n\u2019avait jamais programm\u00e9 de films de Vigo, racontait-elle\u2026 <\/p>\n<p>Avec beaucoup de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, elle m\u2019accueillit chez elle, chez eux, dans cet appartement face \u00e0 la coupole d\u2019Oscar Niemeyer et au si\u00e8ge du Parti communiste. Leur lieu de vie \u00e9tait tout autant habit\u00e9 par eux que par le cin\u00e9ma. Luce \u00e9tait une femme moderne et curieuse des soubresauts du monde et des diff\u00e9rentes \u00e9critures cin\u00e9matographiques. Elle s\u2019occupait depuis plusieurs ann\u00e9es du prix Jean Vigo qui consacre un auteur d\u2019avenir et un premier film. Au d\u00e9but r\u00e9ticente car elle disait avoir eu du mal \u00e0 accepter ce lourd h\u00e9ritage du p\u00e8re \u2013 elle n\u2019a vu ses films qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatorze ans \u2013, elle en devint la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 partir des ann\u00e9es soixante-dix et enfin la pr\u00e9sidente.<\/p>\n<p>Elle me racontait il y a quelques ann\u00e9es ses r\u00e9unions de visionnage, \u00e0 l\u2019\u00e9poque aux Trois Luxembourg, les salles de G\u00e9rard et Anne Vaugeois, parmi ses fid\u00e8les complices du Prix. Elle disait pour pr\u00e9ciser les raisons de cet engagement\u00a0: <em>\u00ab Le prix existe depuis 1951. C&#8217;est un peu un devoir de m\u00e9moire et une fa\u00e7on de d\u00e9fendre le cin\u00e9ma ind\u00e9pendant. Jean Vigo \u00e9tait un cin\u00e9aste mort jeune mais qui s&#8217;est beaucoup battu&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Je ne manque pas la remise du prix Jean Vigo, devenu incontournable \u00e0 force d\u2019avoir r\u00e9compens\u00e9 toute l\u2019intelligence cin\u00e9matographique des soixante derni\u00e8res ann\u00e9es, bien avant qu\u2019elle ne soit \u00e9vidente : Jean-Luc Godard, Chris Marker et Alain Resnais, Semb\u00e8ne Ousmane, Philippe Garrel, Jacques Rozier, Jean-Charles Hue, Katell Quill\u00e9v\u00e9r\u00e9. Il y en a tant\u2026 Un rendez-vous que j\u2019attends pour d\u00e9couvrir un nouveau talent, <em>\u00ab\u00a0un auteur d&#8217;avenir\u00a0\u00bb<\/em> selon la d\u00e9finition de Luce, une \u0153uvre qui ne me d\u00e9cevra pas. <\/p>\n<p>Mais surtout une occasion de revoir Luce, on avait le temps, elle \u00e9tait si jeune\u2026 <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10203 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/luce-vigo-4a7.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/luce-vigo-4a7-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"luce-vigo.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un hommage \u00e0 Luce Vigo, fille du mythique cin\u00e9aste Jean Vigo, ancienne critique cin\u00e9ma de <em>Regards<\/em>, mais surtout amoureuse du 7e art qui aura mis sa passion au service de celui-ci. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":24588,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[299],"class_list":["post-10203","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10203"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10203\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/24588"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}