{"id":102,"date":"1995-10-01T00:00:00","date_gmt":"1995-09-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/aux-sources-du-nationalisme102\/"},"modified":"1995-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-09-30T23:00:00","slug":"aux-sources-du-nationalisme102","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=102","title":{"rendered":"Aux sources du nationalisme variante allemande"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  La d\u00e9portation massive de populations, transform\u00e9e en instrument politique au xxe si\u00e8cle, prend ses racines dans une histoire plus ancienne. Aper\u00e7u sur l&#8217;\u00e9volution en Allemagne de cette &#8221; maladie europ\u00e9enne &#8221; appel\u00e9e nationalisme. <\/p>\n<p>Le cas des Allemands des Sud\u00e8tes n&#8217;a pas fini de d\u00e9frayer la chronique et de nous int\u00e9resser, tant il est caract\u00e9ristique (symbolique) de la politique nationaliste sur laquelle nous devons r\u00e9fl\u00e9chir. Des hommes de langue allemande s&#8217;installent au xiie si\u00e8cle en Boh\u00eame. L&#8217;essor \u00e9conomique d\u00fb \u00e0 l&#8217;extraction de l&#8217;argent dans la r\u00e9gion de Kutna Hora attire des mineurs, des artisans, des marchands qui profitent des privil\u00e8ges accord\u00e9s par les princes tch\u00e8ques qui, par ailleurs, favorisent l&#8217;installation de paysans.<\/p>\n<p> <strong>  Le probl\u00e8me des Sud\u00e8tes, r\u00e9v\u00e9lateur d&#8217;une politique  <\/strong><\/p>\n<p>Bien vite, un quart de la population est allemand. Certaines villes sont exclusivement ou majoritairement allemandes. La premi\u00e8re vague nationaliste, celle des Habsbourg (apr\u00e8s la d\u00e9faite protestante de la Montagne Blanche, en 1620), \u00e9limine le fait tch\u00e8que et impose pour trois cents ans la langue (et la mani\u00e8re) allemande.<\/p>\n<p>En 1938, 3,5 millions d&#8217;Allemands (des Sud\u00e8tes) vivent donc dans une r\u00e9gion linguistiquement, culturellement ferm\u00e9e de Tch\u00e9coslovaquie. Hitler annexe ces terres. En r\u00e9ponse Benes pratique l&#8217;expulsion politique (tout Allemand des Sud\u00e8tes est consid\u00e9r\u00e9 comme un ex-nazi) de plus de trois millions de personnes, soit quelque cinq millions d&#8217;Allemands si l&#8217;on prend en consid\u00e9ration les descendants imm\u00e9diats. L&#8217;ampleur du d\u00e9sastre se mesure au fait que l&#8217;on ne compte plus dans cette r\u00e9gion que quelque 80 000 &#8221; Allemands &#8220;. Le probl\u00e8me des Sud\u00e8tes se discute aujourd&#8217;hui \u00e2prement. Des victimes tch\u00e8ques du nazisme attendent un d\u00e9dommagement financier, m\u00eame restreint, de la part des Allemands. Les expuls\u00e9s (leurs associations) exigent des d\u00e9dommagements des Tch\u00e8ques qui, au lendemain de la guerre, forts des accords internationaux, ont r\u00e9quisitionn\u00e9 leurs biens. Les premiers sont devenus riches, et les seconds bien pauvres. Il y a l\u00e0 bien des raisons, s&#8217;il nous en fallait, pour penser l&#8217;Europe autrement qu&#8217;en termes nationalistes.<\/p>\n<p>En 1915, le r\u00e9gime tsariste expulse quelque 250 000 &#8221; Allemands &#8221; de Volhynie (r\u00e9gion situ\u00e9e au nord-ouest de l&#8217;Ukraine). Le trait\u00e9 de Versailles, dont on s&#8217;efforce si souvent de taire les nuisances, scelle la fin des empires europ\u00e9ens et morcelle l&#8217;Europe selon une logique qui fait que 3,5 millions d&#8217;Allemands se retrouvent tch\u00e9(coslova)ques et que 1,2 million d&#8217;autres Allemands perdent leur terre natale. La reconstitution d&#8217;un Etat polonais inclut de fortes minorit\u00e9s allemande, ukrainienne et lituanienne respectivement \u00e0 l&#8217;Ouest, \u00e0 l&#8217;Est et au Nord-Est. Parall\u00e8lement, pour ne citer que cet autre exemple, 3 millions de Hongrois sont transform\u00e9s en minorit\u00e9 dans trois pays voisins.<\/p>\n<p>Hitler, lui, entend corriger \u00e0 sa fa\u00e7on les injustices du trait\u00e9 de Versailles sur la base du principe &#8221; allemaniser et \u00e9liminer&#8221;. Il commence par &#8221; ramener chez eux &#8221; et tout simplement d\u00e9porter 9 millions de gens (il chasse ainsi 1,2 millions de Polonais \u00e9tablis en Wartheland et dans la r\u00e9gion de Dantzig). La &#8221; folie germanisante &#8221; des nazis et, dans leur grande majorit\u00e9, des Allemands persiste. Deux ans apr\u00e8s Stalingrad qui inscrit pourtant dans l&#8217;histoire le d\u00e9clin de l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie teutonne, Himmler d\u00e9clare encore \u00e0 Posen sous un feu nourri d&#8217;applaudissements: &#8221; Notre but reste inchang\u00e9: faire que s&#8217;ajoutent \u00e0 90 millions de Germains 30 millions d&#8217;autres Germains pour que nous arrondissions notre base sanguine \u00e0 120 millions de Germains.&#8221; Les effets du trait\u00e9 de Versailles et du nazisme n&#8217;auront servi \u00e0 rien. Forts de l&#8217;exp\u00e9rience de Staline qui avait fait d\u00e9porter en Sib\u00e9rie les Allemands de la Volga, les Tatares de Crim\u00e9e, les Lettons, etc; et des principes de Churchill (&#8220;La d\u00e9portation est, pour autant que nous puissions avoir une vue d&#8217;ensemble, le moyen le plus satisfaisant et le plus durable, pour \u00e9viter les brassages de populations qui produisent d&#8217;interminables d\u00e9sagr\u00e9ments, comme c&#8217;est le cas avec l&#8217;Alsace-Lorraine. Il faut faire table rase.&#8221;). Les n\u00e9gociateurs de Yalta et de Potsdam poursuivent l&#8217;oeuvre dans la m\u00eame id\u00e9e. La Wehrmacht entra\u00eene dans sa d\u00e9b\u00e2cle devant l&#8217;Arm\u00e9e rouge presque tout ce que l&#8217;Est de l&#8217;Europe contenait encore de civils allemands. En 1950, la seule R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale d&#8217;Allemagne comptait 16,5% d&#8217;Allemands &#8221; r\u00e9fugi\u00e9s&#8221;.<\/p>\n<p> <strong>  Le &#8221; droit du sang &#8221; et l&#8217;anath\u00e8me sur le brassage ethnique  <\/strong><\/p>\n<p>Si Hannah Arendt peut d\u00e9crire le nationalisme comme maladie europ\u00e9enne \u00e0 la base m\u00eame de ces mouvements forc\u00e9s de population et l&#8217;anath\u00e8me jet\u00e9 sur le brassage ethnique, on ne peut oublier que les id\u00e9es du nationalisme sont n\u00e9es en Allemagne en r\u00e9ponse \u00e0 la tentative napol\u00e9onienne d&#8217;exportation forc\u00e9e en Europe des principes des &#8221; droits de l&#8217;Homme &#8220;.<\/p>\n<p>Le principe du &#8221; droit du sang &#8221; (est allemand celui qui peut pr\u00e9tendre \u00e0 une ascendance allemande) fait que tous les Polonais de souche allemande qui vivaient \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de 1937 dans les territoires de l&#8217;est du Reich (la Sil\u00e9sie), ainsi que leur descendance (jusqu&#8217;en 1993), peuvent obtenir la nationalit\u00e9 allemande. Dans le contexte social actuel, le gouvernement allemand, pris au pi\u00e8ge pervers de sa Constitution, danse tout de m\u00eame sur des oeufs: vis \u00e0 vis de l&#8217;opinion publique il serait bon que ces Polonais allemands puissent prouver qu&#8217;ils sont pers\u00e9cut\u00e9s. Comme le gouvernement polonais esp\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment que l&#8217;Allemagne va appuyer sa candidature \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e dans l&#8217;Union europ\u00e9enne, on est loin de r\u00e9aliser cette hypoth\u00e8se. Bonn a donc instaur\u00e9 le droit \u00e0 la double nationalit\u00e9 (avec un double passeport). Depuis cette invention en 1993, 80 000 Polonais de Haute-Sil\u00e9sie ont un passeport allemand. Le consulat allemand de Wroclaw (Breslau) estime que 500 000 \u00e0 700 000 Polonais peuvent profiter de l&#8217;aubaine qui fournit \u00e0 des entrepreneurs allemands de la main d&#8217;oeuvre \u00e0 bon march\u00e9, d\u00e9barrasse d&#8217;autant le march\u00e9 polonais d\u00e9ficitaire du travail, \u00e9limine certains dangers d&#8217;explosion sociale et procure \u00e0 plus ou moins long terme des rentr\u00e9es de devises fortes dont le pays a bien besoin. Qu&#8217;importent en d\u00e9finitive les probl\u00e8mes annexes ! Cette double nationalit\u00e9 entra\u00eene avec soi la double obligation du service militaire et le droit de vote dans les deux pays. La Pologne est \u00e9conomiquement incapable d&#8217;assurer l&#8217;obligation militaire et l&#8217;Allemagne ne s&#8217;int\u00e9resse gu\u00e8re \u00e0 des recrues venues d&#8217;ailleurs. Quant au droit de vote accord\u00e9 par l&#8217;Allemagne \u00e0 tout citoyen enregistr\u00e9 au moins trois mois dans une commune d&#8217;Allemagne f\u00e9d\u00e9rale, il ne peut que favoriser la D\u00e9mocratie chr\u00e9tienne au pouvoir dans la mesure o\u00f9 ces &#8221; Polonais allemands &#8221; sont s\u00e9v\u00e8rement encadr\u00e9s par des associations provinciales (les Landmannschaften) qualifi\u00e9es de &#8221; revanchardes &#8221; non sans raison, avant 1989-1990.<\/p>\n<p>1. Fondation Saint-Simon, 91, bis rue du Cherche-Midi, 75006 Paris; t\u00e9l.: 42.22.38.52.La rencontre dont il est ici question remonte au 8 juin dernier.<\/p>\n<p>2. Roger Fauroux a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 fin juin par Fran\u00e7ois Bayrou animateur de &#8221; la concertation nationale sur l&#8217;\u00e9cole &#8221; en pr\u00e9lude au r\u00e9f\u00e9rendum promis par Jacques Chirac.<\/p>\n<p>3. Le Nouvel Observateur, 20 avril 1995.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  La d\u00e9portation massive de populations, transform\u00e9e en instrument politique au xxe si\u00e8cle, prend ses racines dans une histoire plus ancienne. 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