{"id":1018,"date":"1998-06-01T00:00:00","date_gmt":"1998-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/memoires1018\/"},"modified":"1998-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-05-31T22:00:00","slug":"memoires1018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1018","title":{"rendered":"M\u00e9moires"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Doudou Diene <\/p>\n<p><strong> L&#8217;Unesco a b\u00e2ti un projet de comm\u00e9moration qui s&#8217;accompagne d&#8217;un travail de recherche scientifique . <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Apr\u00e8s la Route de la soie, l&#8217;Unesco s&#8217;est lanc\u00e9e dans un nouveau projet baptis\u00e9 la Route de l&#8217;esclave. Qu&#8217;est-ce qui justifie cette nouvelle initiative ? <\/strong><\/p>\n<p>Doudou Di\u00e8ne: Ce projet est n\u00e9 au B\u00e9nin, en septembre 1994, \u00e0 l&#8217;initiative d&#8217;Ha\u00efti et de plusieurs pays africains. Les objectifs de la Route de l&#8217;esclave correspondent d&#8217;abord \u00e0 une exigence de v\u00e9rit\u00e9 historique. La traite n\u00e9gri\u00e8re transatlantique est la plus grande trag\u00e9die de l&#8217;histoire, par sa dur\u00e9e, plus de quatre si\u00e8cles, et par son ampleur. On estime qu&#8217;elle a touch\u00e9 entre 20 millions et 100 millions d&#8217;Africains ! Si, dans l&#8217;histoire, nous savons de nombreux \u00e9pisodes de peuples envahis ou d\u00e9plac\u00e9s pour des raisons de famine ou de guerre, jamais une population n&#8217;a \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9e en si grand nombre, d&#8217;un continent \u00e0 l&#8217;autre, de mani\u00e8re syst\u00e9matiquement organis\u00e9e et sur une p\u00e9riode aussi longue. Or, cette immense trag\u00e9die est quasiment absente de la m\u00e9moire collective de l&#8217;humanit\u00e9 et des livres d&#8217;histoire du monde entier, l&#8217;Afrique incluse. L&#8217;Unesco doit promouvoir cette question universelle, c&#8217;est un devoir de m\u00e9moire pour tous les hommes. Cet enjeu de m\u00e9moire doit soutenir le combat pour les droits de l&#8217;Homme et la d\u00e9mocratie. Toute trag\u00e9die collective importante oubli\u00e9e ou qui n&#8217;est pas analys\u00e9e et assum\u00e9e, peut se reproduire sous d&#8217;autres formes. Le retour sur la traite n\u00e9gri\u00e8re, l&#8217;analyse la plus rigoureuse et compl\u00e8te de ses causes permettra d&#8217;\u00e9viter d&#8217;autres trag\u00e9dies. Ce d\u00e9placement de populations a constitu\u00e9 un immense choc, une rencontre culturelle forc\u00e9e entre des millions d&#8217;Africains, d&#8217;Am\u00e9rindiens et d&#8217;Europ\u00e9ens dans l&#8217;aire des Antilles et des Am\u00e9riques. Il s&#8217;agit d&#8217;aider \u00e0 clarifier et \u00e0 comprendre ces interactions culturelles, sociales, \u00e9conomiques, religieuses que la traite n\u00e9gri\u00e8re a g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, depuis son d\u00e9but jusqu&#8217;\u00e0 nos jours. Nous tissons un vaste r\u00e9seau de chercheurs et d&#8217;institutions qui travaillent sur cette trag\u00e9die. Nous avons donc fond\u00e9 un comit\u00e9 international scientifique relay\u00e9 par des comit\u00e9s nationaux dans tous les pays concern\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Quelles sont les sp\u00e9cificit\u00e9s de la traite n\u00e9gri\u00e8re ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. D.: <\/strong> Si l&#8217;esclavage est un ph\u00e9nom\u00e8ne universel, la traite n\u00e9gri\u00e8re a une triple sp\u00e9cificit\u00e9: sa dur\u00e9e, la population vis\u00e9e: l&#8217;Africain noir, son organisation morale, juridique et intellectuelle. Organisation morale et intellectuelle, parce que l&#8217;id\u00e9ologie du racisme s&#8217;est faite \u00e0 travers la traite. Les soci\u00e9t\u00e9s qui pratiquaient la traite \u00e9taient des soci\u00e9t\u00e9s chr\u00e9tiennes qui se disaient &#8221; civilis\u00e9es &#8220;. Nous sommes dans l&#8217;Europe des Lumi\u00e8res. Il fallait donc rassurer les consciences et justifier la vente d&#8217;\u00eatre humains en tant que marchandise. Une justification pass\u00e9e par le d\u00e9nigrement culturel de l&#8217;homme noir et de l&#8217;Afrique. Beaucoup de gens sont \u00e9tonn\u00e9s d&#8217;apprendre que les plus grands penseurs des Lumi\u00e8res y ont jou\u00e9 un r\u00f4le important, comme Voltaire qui a \u00e9crit que l&#8217;\u00e9piderme de l&#8217;homme noir est faite de telle mani\u00e8re qu&#8217;elle est n\u00e9cessairement adapt\u00e9e \u00e0 l&#8217;esclavage. Rappelons que l&#8217;auteur de Candide avait des int\u00e9r\u00eats dans des soci\u00e9t\u00e9s esclavagistes. Il faut remonter aux sources de ce racisme, \u00e0 sa construction intellectuelle, bref \u00e0 son arch\u00e9ologie. Autre sp\u00e9cificit\u00e9 de la traite, avant tout une op\u00e9ration commerciale qui se devait d&#8217;\u00eatre rentable, est son organisation juridique. C&#8217;est la seule forme d&#8217;esclavage dans l&#8217;histoire de l&#8217;homme organis\u00e9e et r\u00e9glement\u00e9e par des codes noirs. Des lois &#8211; infamantes aujourd&#8217;hui &#8211; qui organisaient la traite et r\u00e9glementaient dans les moindres d\u00e9tails la soci\u00e9t\u00e9 coloniale.<\/p>\n<p> <strong> Comment la Route de l&#8217;esclave est accueillie dans les diff\u00e9rents pays ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. D.: <\/strong> La traite n\u00e9gri\u00e8re est un iceberg que nous allons faire \u00e9merger. Comme c&#8217;est une question \u00e0 forte charge \u00e9motionnelle, il existe de grandes r\u00e9serves. L&#8217;incident qu&#8217;il y a eu quand Jospin a accus\u00e9 la droite d&#8217;\u00eatre complice de la non-abolition et de l&#8217;affaire Dreyfus montre que la question de la traite constitue un refoul\u00e9 profond dans l&#8217;inconscient collectif et moral des soci\u00e9t\u00e9s occidentales qui d\u00e9clenche des r\u00e9actions fortes. Nous travaillons pour que les autorit\u00e9s politiques de tous les pays, et d&#8217;abord occidentaux, comprennent et participent au travail de l&#8217;Unesco. Les Europ\u00e9ens pr\u00e9f\u00e8rent oublier. Or, il faut qu&#8217;ils s&#8217;impliquent dans le projet: ce sont leurs archives qui contiennent l&#8217;information chiffr\u00e9e sur la traite. C&#8217;est aussi une question que l&#8217;Africain lui-m\u00eame a enfoui dans sa m\u00e9moire, pris par les probl\u00e9matiques de la fin du colonialisme. En Afrique, le probl\u00e8me de la traite n&#8217;a pas encore \u00e9t\u00e9 saisi profond\u00e9ment. L&#8217;Africain ne conna\u00eet pas dans sa chair l&#8217;exp\u00e9rience subie par le Noir r\u00e9duit en esclavage et par sa descendance. Si l&#8217;esclavage en tant que fait \u00e9conomique et commercial, a disparu des Am\u00e9riques et des Antilles, l&#8217;id\u00e9ologie et la culture qu&#8217;il a g\u00e9n\u00e9r\u00e9es et justifi\u00e9es impr\u00e8gnent toujours leurs soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Quel est ce projet de tourisme culturel en collaboration avec l&#8217;Organisation mondiale du tourisme ? La juxtaposition de ces deux noms n&#8217;est-elle pas choquante \u00e0 propos de la traite ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. D.: <\/strong> Le projet, lanc\u00e9 avec les ministres africains du Tourisme et de la Culture, a pour objectif principal l&#8217;identification, la restauration des sites li\u00e9s \u00e0 la traite: march\u00e9s, b\u00e2timents, forts&#8230; Comme le S\u00e9n\u00e9gal l&#8217;a fait pour l&#8217;\u00eele de Gor\u00e9e, face \u00e0 Dakar, ou le Ghana avec le grand fort de Cap Coast, pr\u00e8s d&#8217;Accra. Ces lieux doivent porter t\u00e9moignage, tout comme les camps de concentration nazis. La deuxi\u00e8me \u00e9tape du Programme du tourisme culturel a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e \u00e0 La Havane en 1996. L\u00e0, tous les participants ont exprim\u00e9 leur volont\u00e9 de transformer l&#8217;historique Route de l&#8217;esclave en un itin\u00e9raire de tourisme de patrimoine enrichissant pour la vie des habitants d&#8217;Afrique, des Am\u00e9riques et des Cara\u00efbes.n<\/p>\n<p> <strong>  : <\/strong><\/p>\n<p>* Directeur de la division des projets interculturels \u00e0 l&#8217;Unesco et responsable du programme de la Route de l&#8217;esclave.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Doudou Diene <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1018","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1018","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1018"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1018\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1018"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1018"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1018"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}