{"id":10175,"date":"2017-02-08T01:44:16","date_gmt":"2017-02-08T00:44:16","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-invisibles-les-classes-populaires-et-pourtant-elles-bougent\/"},"modified":"2023-06-23T23:24:05","modified_gmt":"2023-06-23T21:24:05","slug":"article-invisibles-les-classes-populaires-et-pourtant-elles-bougent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10175","title":{"rendered":"Invisibles, les classes populaires\u00a0? Et pourtant, elles bougent"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Auteurs de <em>En qu\u00eate des classes populaires. Un essai politique<\/em> (La Dispute, 2016), Sophie B\u00e9roud, Paul Bouffartigue, Henri Eckert et Denis Merklen analysent l&#8217;effacement \u2013et non la disparition \u2013 des classes populaires.<\/p>\n<p>3% d\u2019ouvriers et employ\u00e9s parmi les parlementaires, 50\u00a0% au sein de la population&#8230;. D\u00e9sormais quasiment priv\u00e9es de repr\u00e9sentation politique, les classes populaires verront-elles leur situation prise en compte par la plupart des candidats lors des prochaines pr\u00e9sidentielle\u00a0? On peut en douter. Avant m\u00eame le tournant &#8220;identitaire&#8221; que l\u2019extr\u00eame droite a r\u00e9ussi \u00e0 imposer au d\u00e9bat public, la droite comme la gauche de droite se souciaient davantage des &#8220;classes moyennes&#8221; suppos\u00e9es exprimer un &#8220;ras le bol fiscal&#8221;, jug\u00e9es plus remuantes dans la rue et plus facilement mobilisables vers l\u2019isoloir. Lesdites &#8220;classes moyennes&#8221; n\u2019ont d\u2019ailleurs pas fini d\u2019occuper l\u2019essentiel de l\u2019espace d\u2019une rh\u00e9torique politique avertie de la puissance de l\u2019identification \u00e0 cette cat\u00e9gorie, puisque de larges fractions des classes populaires s\u2019y reconnaissent d\u00e9sormais. <\/p>\n<p>Pourtant, comment imaginer qu\u2019une gauche digne de ce nom puisse reb\u00e2tir une alternative en se privant de reconstruire des liens vivants avec les groupes sociaux qui souffrent le plus des oppressions et des injustices\u00a0? Et s\u2019il est important de comprendre comment une classe ouvri\u00e8re d\u00e9faite a laiss\u00e9 place \u00e0 des classes populaires \u00e9miett\u00e9es et priv\u00e9es de porte-voix dans l\u2019espace politique institutionnel, il l\u2019est plus encore d\u2019apprendre \u00e0 voir au travers de quelles formes de conflictualit\u00e9 sociale elles continuent de (se) bouger.<\/p>\n<h2>De la classe ouvri\u00e8re aux classes populaires<\/h2>\n<p>&#8220;Le mot ouvrier n\u2019\u00e9tait pas un gros mot&#8221; d\u00e9clarait P. Mauroy en 2002, se d\u00e9solant que la gauche ne l\u2019emploie plus. Au-del\u00e0 de la disparition de l\u2019usage du mot par les hommes politiques, depuis les ann\u00e9es 70 les \u00e9lites d\u2019origine populaire ont disparu du champ politique. Cela ne tient pas qu\u2019aux effets de la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019enseignement secondaire, qui a tari l\u2019engagement syndical ou politique pr\u00e9coce comme mode de promotion sociale. Le parti qui a longtemps \u00e9t\u00e9 le principal canal de cette promotion, le PCF, s\u2019est en partie lui-m\u00eame &#8220;d\u00e9sarm\u00e9&#8221; en renon\u00e7ant \u00e0 cette ambition, accompagnant l\u2019invisibilisation des cat\u00e9gories domin\u00e9es dans les repr\u00e9sentations publiques[[Julian Mischi, <em>Le Communisme d\u00e9sarm\u00e9. Le PCF et les classes populaires depuis les ann\u00e9es 1970<\/strong>, Agone, 2014.]].<\/p>\n<p>Prendre acte de l\u2019effacement de la &#8220;classe ouvri\u00e8re&#8221; du paysage social et politique, ainsi que de son remplacement par ces &#8220;classes populaires&#8221; p\u00e9riodiquement invoqu\u00e9es sur la sc\u00e8ne publique ne suffit pas. Car ce changement d\u2019appellation a des implications multiples et comporte des pi\u00e8ges \u00e0 d\u00e9jouer. Il faut donc rappeler que les classes sociales ne pr\u00e9existent pas \u00e0 leurs conflits mais que, suivant Marx, c\u2019est dans la lutte des classes qu\u2019elles se construisent ou d\u00e9construisent. M\u00eame si on d\u00e9finit les classes populaires non pas comme simple agr\u00e9gat statistique, mais comme l\u2019ensemble des cat\u00e9gories sociales culturellement<\/p>\n<p>domin\u00e9es et \u00e9conomiquement malmen\u00e9es\u2013 aujourd\u2019hui essentiellement les employ\u00e9s et les ouvriers -, encore faut-il saisir aussi les formes d\u2019exploitation et de lutte qui les constituent. Et ce, m\u00eame si leurs pratiques de contestation sociale sont tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Loin de toujours se rejoindre, elles peuvent m\u00eame se heurter\u00a0: &#8220;casseurs&#8221; issus des banlieues perturbant des cort\u00e8ges de lyc\u00e9ens, agents des transports publics cessant le travail face \u00e0 des agressions \u00e9manant de jeunes des &#8220;quartiers&#8221;. Dit autrement, parler des classes populaires ne doit pas faire oublier qu\u2019elles bougent.<\/p>\n<p>Mais elles bougent bien diff\u00e9remment de la mani\u00e8re dont la &#8220;classe ouvri\u00e8re&#8221; se manifestait au c\u0153ur de la vie sociale et politique, notamment des ann\u00e9es trente aux ann\u00e9es 1960, sous la forme du mouvement ouvrier. Car au-del\u00e0 d\u2019un groupe social nombreux autour duquel se f\u00e9d\u00e9rait le salariat modeste, il s\u2019agissait surtout d\u2019un sujet politique. La fin de cette h\u00e9g\u00e9monie sur les milieux populaires s\u2019est traduite par la r\u00e9apparition de diff\u00e9renciations et de divisions qui existaient, mais qui \u00e9taient masqu\u00e9es. Et bien d\u2019autres divisions actuelles sont autre chose qu\u2019une r\u00e9surgence du pass\u00e9. Par exemple, la racialisation des rapports sociaux ou la pr\u00e9carit\u00e9 contemporaine, qui se distingue de multiples mani\u00e8res de la pr\u00e9carit\u00e9 prol\u00e9tarienne du XIXe si\u00e8cle. <\/p>\n<p>Le paysage actuel des classes populaires est bien caract\u00e9ris\u00e9 par la force des processus de division et de dispersion, anim\u00e9s par les m\u00e9tamorphoses du capitalisme et les restructurations incessantes du monde du travail. Mais un retour critique sur le pass\u00e9 du mouvement ouvrier &#8211; au prix certes d\u2019un renoncement \u00e0 la nostalgie ou \u00e0 la mythification qui ne sont jamais loin &#8211; am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer les dimensions politiques et culturelles de son affaissement. On se donne alors les moyens de mieux d\u00e9tecter les potentialit\u00e9s renouvel\u00e9es de relance d\u2019un projet d\u2019\u00e9mancipation sociale ancr\u00e9 dans les groupes populaires, quand la vision la plus courante est celle du rouleau compresseur d\u2019un capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral destructeur de toutes les r\u00e9sistances.<\/p>\n<p>L\u2019adh\u00e9sion au fordisme et \u00e0 la division hi\u00e9rarchique du travail comme modes de d\u00e9veloppement s\u2019est traduite par la reproduction de cette division dans les organisations ouvri\u00e8res[[Bruno Trentin, <em>La Cit\u00e9 du travail. La gauche et le fordisme<\/em>, Fayard, 2013.]], qu\u2019elles soient d\u2019orientation sociale-d\u00e9mocrates ou communistes. La critique du travail, du productivisme, de la &#8220;soci\u00e9t\u00e9 de consommation&#8221; et de la d\u00e9mocratie de repr\u00e9sentation, port\u00e9e par les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations depuis les ann\u00e9es 1960\/1970, n\u2019a longtemps eu qu\u2019un \u00e9cho limit\u00e9 dans la gauche traditionnelle. Les conqu\u00eates institutionnelles du mouvement ouvrier, dans l\u2019entreprise comme dans la cit\u00e9, ont davantage favoris\u00e9 l\u2019int\u00e9gration de la classe dans la &#8220;soci\u00e9t\u00e9 de consommation&#8221;, plut\u00f4t qu\u2019elles n\u2019ont permis le d\u00e9ploiement de son autonomie culturelle et la construction d\u2019une contre h\u00e9g\u00e9monie. Quant aux fractions les plus domin\u00e9es de la classe \u2013 travailleurs migrants, femmes \u2013 elles l\u2019\u00e9taient aussi dans sa repr\u00e9sentation syndicale et politique.<\/p>\n<p>Trop longtemps refoul\u00e9e, la question coloniale fait retour au fur et \u00e0 mesure que la crise \u00e9conomique se prolonge, favorisant la recherche de boucs \u00e9missaires et la racialisation des rapports sociaux. De la &#8220;marche des beurs&#8221; \u00e0 &#8220;ACLEFEU&#8221;, les jeunes militants issus des &#8220;cit\u00e9s&#8221; n\u2019ont pas trouv\u00e9 leur place dans les structures de la vieille gauche. Et cette derni\u00e8re a tard\u00e9 \u00e0 prendre en compte la dynamique de l\u2019\u00e9mancipation f\u00e9minine, favorisant ainsi la d\u00e9connexion d\u2019une partie des luttes des femmes des enjeux de classe. Autant de fragilit\u00e9s qui affaiblissent culturellement et politiquement le mouvement ouvrier au moment o\u00f9, \u00e0 partir des ann\u00e9es 70, la classe dominante reprend l\u2019offensive.<\/p>\n<p>Mais les luttes d\u2019hier, organis\u00e9es, disciplin\u00e9es, l\u00e9galis\u00e9es et l\u00e9gitim\u00e9es ont occult\u00e9 les formes de r\u00e9sistance ou de r\u00e9bellion plus violentes qui singularisent, sur la longue dur\u00e9e, les conduites des groupes opprim\u00e9s. Elles ont pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme &#8220;infrapolitiques&#8221;, &#8220;proto politiques&#8221;, ou &#8220;primitives&#8221;. Or les transformations des classes populaires et de leurs comportements n\u2019autorisent plus ces pr\u00e9fixes disqualifiant\u00a0: leurs formes de mobilisation font partie d\u2019une nouvelle politicit\u00e9[[Plus large et plastique que celui de politique, ce concept indique que le politique est constitutif de toute socialisation, et que son contenu varie selon les \u00e9poques et d\u2019un groupe social \u00e0 un autre.]].<\/p>\n<h2>Aux premi\u00e8res loges de la pr\u00e9carisation sociale<\/h2>\n<p>Non seulement les ouvriers et les employ\u00e9s continuent de repr\u00e9senter une bonne moiti\u00e9 de la population au travail mais leur condition sociale et leurs styles de vie restent dans l\u2019ensemble assez distincts de ceux des classes moyennes. Plus expos\u00e9s aux formes traditionnelles ou contemporaines de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique, ils ont davantage subi les effets de la crise la plus r\u00e9cente, intervenue depuis 2008. C\u2019est sans doute la principale raison pour laquelle une identification subjective \u00e0 des classes modestes plut\u00f4t que moyennes semble s\u2019accro\u00eetre r\u00e9cemment[[Guy Michelat, Michel Simon, &#8220;Le peuple, la crise, et la politique&#8221;, La Pens\u00e9e, hors-s\u00e9rie \u2013 Suppl\u00e9ment au n\u00b0 368, mars 2012.]].<\/p>\n<p>Si la &#8220;d\u00e9souvri\u00e9risation&#8221; du salariat populaire est incontestable, encore faut-il insister sur cette donn\u00e9e majeure\u00a0: le recul de la grande industrie et de l\u2019emploi industriel stricto sensu s\u2019accompagne de la mont\u00e9e d\u2019activit\u00e9s dites &#8220;de service&#8221;, mais qui comportent souvent des t\u00e2ches manuelles, peu qualifi\u00e9es, p\u00e9nibles physiquement. La pr\u00e9carit\u00e9 des conditions d\u2019emploi s\u2019y traduit par la mobilit\u00e9 de cette main d\u2019\u0153uvre entre industries et services. La dispersion dans des collectifs de travail instables, la constante circulation entre des activit\u00e9s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, l\u2019alternance entre p\u00e9riodes d\u2019activit\u00e9s et p\u00e9riodes de ch\u00f4mage \u2013 toutes \u00e9volutions induites par les m\u00e9tamorphoses du tissu \u00e9conomique et de la gestion des activit\u00e9s productives \u2013 marquent la participation \u00e9clat\u00e9e de larges segments de ce salariat modeste aux activit\u00e9s \u00e9conomiques. <\/p>\n<p>Combinant ch\u00f4mage et pr\u00e9carit\u00e9 des contrats de travail, ces logiques favorisent l\u2019\u00e9clatement des cat\u00e9gories populaires en une multitude de petits groupes, dont les exp\u00e9riences professionnelles et sociales sont tr\u00e8s diverses, rendant difficile leur regroupement en vue d\u2019objectifs communs. Ces logiques se combinent avec la poursuite d\u2019un processus d\u2019ensemble de d\u00e9senclavement de certaines fractions populaires et de leur meilleure int\u00e9gration sociale, oppos\u00e9e \u00e0 des tendances \u00e0 l\u2019enfermement territorial pour ce qui est des fractions les plus paup\u00e9ris\u00e9es. Plus longuement scolaris\u00e9es, les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de ces classes populaires ont eu tendance \u00e0 s\u2019\u00e9loigner de l\u2019ancienne culture ouvri\u00e8re. Elles entrent plus souvent en relation avec d\u2019autres mondes sociaux, par l\u2019\u00e9cole ou leur implication dans des activit\u00e9s de service. L\u2019activit\u00e9 f\u00e9minine s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0: si la classe ouvri\u00e8re s\u2019\u00e9tait construite autour d\u2019une figure masculine et de valeurs de la virilit\u00e9, le salariat populaire d\u2019aujourd\u2019hui est mixte et la virilit\u00e9 s\u2019y trouve parfois mise en question. Impossible, d\u00e9sormais, de faire l\u2019impasse sur les rapports sociaux de sexe qui le travaillent. Impossible, de m\u00eame, d\u2019ignorer les rapports sociaux de race, surtout au sein des composantes peu qualifi\u00e9es de ce salariat, aliment\u00e9es plus que d\u2019autres par les migrations ou des individus issus de l\u2019immigration. <\/p>\n<p>L\u2019intrication des rapports sociaux de classe, de sexe et de race \u2013 m\u00ealant effets de domination et opportunit\u00e9s d\u2019\u00e9mancipation \u2013 peut y favoriser l\u2019innovation sociale\u00a0: dans des conflits sociaux comme dans les associations de quartiers, des femmes issues de l\u2019immigration sont souvent aux avant-postes. La pr\u00e9carisation des situations d\u2019emploi et, plus largement, des conditions d\u2019existence affecte davantage les fractions subalternes du salariat\u00a0: suffirait-elle \u00e0 caract\u00e9riser d\u00e9sormais les classes populaires\u00a0? \u00c0 les distinguer des classes moyennes, qui b\u00e9n\u00e9ficieraient encore des avantages du compromis salarial\u00a0? \u00c0 constituer les classes dites populaires comme un &#8220;pr\u00e9cariat&#8221;, au sens o\u00f9 Robert Castel a utilis\u00e9 ce n\u00e9ologisme pour souligner \u00e0 la fois sa proximit\u00e9 avec un prol\u00e9tariat contemporain et l\u2019institutionnalisation de la pr\u00e9carit\u00e9 sociale\u00a0? [[Robert Castel, &#8220;Au-del\u00e0 du salariat ou en-de\u00e7\u00e0 de l&#8217;emploi\u00a0? L&#8217;institutionnalisation du pr\u00e9cariat&#8221; in <em>La mont\u00e9e des incertitudes. Travail, protections, statut de l\u2019individu<\/em>, Paris, Seuil, 2009.]]. <\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, c\u2019est sans doute dans le cours du processus de pr\u00e9carisation des conditions d\u2019emploi et d\u2019existence de fractions de plus en plus larges du salariat que se joue l\u2019une des \u00e9volutions majeures depuis le basculement qui s\u2019est produit au milieu des ann\u00e9es 1970.Ce processus tend \u00e0 imposer \u00e0 ces fractions du salariat des conditions objectives de travail et d\u2019existence communes et une ins\u00e9curit\u00e9 de destin non moins commune.<\/p>\n<h2>Contre le poison identitaire, tisser de nouvelles solidarit\u00e9s<\/h2>\n<p>Ces fractions pr\u00e9caris\u00e9es du salariat ne sont pas inertes, elles ne subissent pas les conditions qui leur sont impos\u00e9es sans r\u00e9agir. Certes, les syndicats restent surtout en prise avec les fractions encore stables du salariat. Mais les travailleurs pr\u00e9caires ne sont pas absents de la sc\u00e8ne des conflits sociaux, comme on le voit avec les luttes de travailleurs sans papier ou des femmes de m\u00e9nage de l\u2019h\u00f4tellerie. Les grandes mobilisations interprofessionnelles ont \u00e9chou\u00e9 \u00e0 infl\u00e9chir le cours n\u00e9olib\u00e9ral impos\u00e9 par la bourgeoisie\u00a0: elles ont but\u00e9 sur la fracture qui s\u2019est approfondie au sein du salariat entre pr\u00e9caires et (encore) stables mais aussi sur la crise des formes traditionnelles de mobilisation sociale. &#8220;Sans papiers&#8221; ou &#8220;\u00e9quipiers de la restauration rapide&#8221; se sont parfois trouv\u00e9 esseul\u00e9s ou soutenus seulement par certaines fractions syndicales. <\/p>\n<p>Les mobilisations au sein des fractions pr\u00e9caris\u00e9es du salariat ont, de ce point de vue, souvent servi de r\u00e9v\u00e9lateur. Elles ont d\u00e9velopp\u00e9 des formes originales de protestation et parfois d\u00e9bord\u00e9 les cadres \u00e9troits de l\u2019action syndicale. Des r\u00e9voltes contre les violences polici\u00e8res aux mobilisations collectives pour l\u2019aide aux devoirs en passant par les d\u00e9marches quotidiennes pour obtenir les ressources indispensables aupr\u00e8s des institutions qui les distribuent ou par les productions culturelles Rap ou Hip-Hop, ces fractions se constituent aussi en dehors du conflit entre employ\u00e9s et employeurs. Elles se constituent dans d\u2019autres conflits qui les opposent, par exemple, \u00e0 certaines institutions, en tant qu\u2019habitants et citoyens qui cherchent \u00e0 s\u2019approprier le quartier comme lieu de solidarit\u00e9 active et d\u2019int\u00e9gration r\u00e9publicaine. <\/p>\n<p>Ces fractions pr\u00e9caris\u00e9es du salariat sont aussi impliqu\u00e9es dans des formes de conflictualit\u00e9 sociale, dont le sens politique est parfois difficilement lisible&#8230; Un d\u00e9fi s\u2019y trouve pos\u00e9 \u00e0 tous ceux qui n\u2019ont pas renonc\u00e9 \u00e0 imaginer un d\u00e9passement des soci\u00e9t\u00e9s capitalistes marchandes\u00a0: d\u00e9crypter ce que cette crise rec\u00e8le comme virtualit\u00e9s de d\u00e9veloppement de formes de d\u00e9mocratie, d\u2019implication et d\u2019auto organisation alternatives. Ce d\u00e9fi concerne \u00e9galement l\u2019horizon politique de la d\u00e9mocratie et de la r\u00e9publique car, du point de vue des classes populaires, il y a un enjeu aussi crucial qu\u2019urgent dans la construction d\u2019un \u00e9tat social visant non seulement la protection \u00e0 minima des plus vuln\u00e9rables mais agissant surtout pour garantir l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre tous ses citoyens. Si la politicit\u00e9 des classes populaires semble manquer d\u2019un projet clair d\u2019\u00e9mancipation, il n\u2019est pas moins \u00e9vident qu\u2019elles ont un clair sens des menaces qui pressent et des urgences qui comptent, qu\u2019elles savent de qui se m\u00e9fier.<\/p>\n<p>Les dynamiques de division et de d\u00e9mobilisation collective sont consid\u00e9rables au sein des classes populaires. Elles y sont attis\u00e9es par le poison identitaire et s\u00e9curitaire sem\u00e9 par de nombreuses forces politiques. Mais ces tendances ne sont ni les seules, ni toutes puissantes. Aucun parti aujourd\u2019hui \u2013 pas plus le FN que les autres \u2013 ne se pr\u00e9occupe concr\u00e8tement de la promotion de militants d\u2019origine populaire, alors que se renouvelle leur vivier\u00a0: mais est-il impossible de <em>\u00ab re-tisser la trame des diff\u00e9rents types d\u2019intellectuels et des porte-parole\u00a0\u00bb<\/em> [[Lorenzo Barrault-Stella et Bernard Pudal, &#8220;Repr\u00e9senter les classes populaires\u00a0?&#8221;, <em>Savoir\/agir<\/em>, n\u00b0 34, d\u00e9cembre 2015, p.71-80.]] des classes populaires d\u2019aujourd\u2019hui, allant de militants syndicalistes aux leaders des mouvements et associations des &#8220;quartiers&#8221;\u00a0? Et de re-tisser par l\u00e0 m\u00eame la trame des solidarit\u00e9s \u00e0 reconstruire au sein de la constellation populaire \u00e9miett\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>Nul ne doute que le mot &#8220;peuple&#8221; fleurira dans la bouche de nombreux candidats aux \u00e9lections\u00a0: dans le meilleur des cas pour d\u00e9signer ces 90% ou 99% qui s\u2019opposent \u00e0 l\u2019oligarchie\u00a0; dans le pire et tr\u00e8s probablement le plus fr\u00e9quent, comme interpelant les &#8220;Fran\u00e7ais&#8221; (de souche) oppos\u00e9s \u00e0 la menace de l\u2019Etranger\/e ou de l\u2019Islam. De l\u00e0 \u00e0 ce leur parole et leurs int\u00e9r\u00eats se fassent s\u00e9rieusement entendre \u00e0 l\u2019occasion de cette \u00e9ch\u00e9ance&#8230;<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10175 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/classes-pop-home-484.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/classes-pop-home-484-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"classes-pop-home.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteurs de <em>En qu\u00eate des classes populaires. Un essai politique<\/em> (La Dispute, 2016), Sophie B\u00e9roud, Paul Bouffartigue, Henri Eckert et Denis Merklen analysent l&#8217;effacement \u2013et non la disparition \u2013 des classes populaires.<\/p>\n","protected":false},"author":666,"featured_media":24530,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[295],"class_list":["post-10175","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-nupes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10175","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/666"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10175"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10175\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/24530"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10175"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10175"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10175"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}