{"id":10154,"date":"2017-02-01T00:37:39","date_gmt":"2017-01-31T23:37:39","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-mineurs-refugies-quand-l-urgence-en-cache-une-autre\/"},"modified":"2023-06-23T23:24:00","modified_gmt":"2023-06-23T21:24:00","slug":"article-mineurs-refugies-quand-l-urgence-en-cache-une-autre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10154","title":{"rendered":"Mineurs refugi\u00e9s : quand l\u2019urgence en cache une autre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Entre violences, insuffisance de moyens et dispositifs inadapt\u00e9s, les autorit\u00e9s maintiennent les migrants dans une extr\u00eame pr\u00e9carit\u00e9 dont les mineurs sont les premi\u00e8res victimes. Reportage.<\/p>\n<p>Ce vendredi 27 janvier, devant le centre humanitaire de la Chapelle destin\u00e9 aux hommes migrants primo-arrivants, ils sont quelques-uns \u00e0 venir dans la rue chercher un petit-d\u00e9jeuner propos\u00e9 par le collectif Solidarit\u00e9 migrants Wilson sous des temp\u00e9ratures avoisinant les moins trois degr\u00e9s. <\/p>\n<p>La semaine derni\u00e8re, une vid\u00e9o avait tourn\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux, provoquant la col\u00e8re des collectifs de soutien, o\u00f9 l\u2019on voyait une trentaine de migrants tentant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment d\u2019ouvrir de force les portes du centre. <\/p>\n<h2>Paris sans campement ?<\/h2>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u00c7a se passe un peu mieux maintenant \u00bb<\/em>, expliquent plusieurs b\u00e9n\u00e9voles. <em>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019activation du plan grand froid, de nouvelles places sont ouvertes: dans la bulle pour un accueil nocturne d\u2019urgence, en h\u00f4tel et une soixantaine dans un autre espace \u00bb<\/em>, explique Ivan, coordinateur d\u2019Utopia 56 Paris, l\u2019association sous convention avec Emmaus notamment en charge de la gestion ext\u00e9rieure du centre, de l\u2019accompagnement des personnes vers les h\u00f4pitaux et les h\u00f4tels. Ce dernier espace ouvert en derni\u00e8re minute, confie une b\u00e9n\u00e9vole, est cependant tr\u00e8s pr\u00e9caire. <em>\u00ab\u00a0Les personnes finissent par revenir\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute-t-elle. <\/p>\n<p>Interrog\u00e9s sur les violences polici\u00e8res devant le centre ou dans la rue, notamment pour emp\u00eacher la reconstitution de campements, les diff\u00e9rents b\u00e9n\u00e9voles s\u2019accordent \u00e0 dire que <a href=\"http:\/\/www.msf.fr\/presse\/communiques\/migrants-rue-paris-harcelement-et-violences-policieres-doivent-cesser\">le r\u00e9cent communiqu\u00e9 de M\u00e9decin sans fronti\u00e8res<\/a> alertant sur les violences r\u00e9guli\u00e8res a momentan\u00e9ment refroidi les ardeurs polici\u00e8res aux alentours du centre. Un <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/la-chapelle-en-lutte\/blog\/300117\/rue-pajol-une-rafle-devant-nos-enfants-par-benoit-lochon-parent-deleve\">autre t\u00e9moignage publi\u00e9 par un parent d\u2019\u00e9l\u00e8ve<\/a> r\u00e9v\u00e9lera cependant l\u2019\u00e9vacuation particuli\u00e8rement violente d\u2019un groupe de migrants devant l\u2019\u00e9cole Pajol, le m\u00eame jour.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quences du manque d\u2019ouverture de nouveaux espaces et de la volont\u00e9 affich\u00e9e par la mairie d\u2019un Paris sans campements, des regroupements plus cach\u00e9s se sont r\u00e9partis aux alentours du centre, endroits que certains r\u00e9fugi\u00e9s pointent vaguement du doigt comme pour en prot\u00e9ger l\u2019emplacement. Ils sont par ailleurs quelques-uns \u00e0 faire cercle sur les bouches d\u2019a\u00e9ration entre les deux voies rapides du boulevard Ney. <em>\u00ab\u00a0Ils se relayent pour attendre et dormir ici car c\u2019est l\u2019un des deux endroits o\u00f9 il fait chaud\u00a0\u00bb<\/em>, explique Priscille, du collectif Solidarit\u00e9 migrants Wilson.<\/p>\n<h2>Des dizaines de mineurs sans protection<\/h2>\n<p>Parmi les r\u00e9fugi\u00e9s pr\u00e9sents ce vendredi matin, Ali, originaire d\u2019Afghanistan, est \u00e0 Paris depuis un mois et demi. Ce dernier a les traits tir\u00e9s mais vient de passer sa deuxi\u00e8me nuit en h\u00f4tel gr\u00e2ce \u00e0 Utopia 56. <em>\u00ab\u00a0Je ne rentre pas \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb<\/em>, confie-t-il \u00e0 propos du centre humanitaire. Du haut de ses seize ans, il ne peut solliciter une demande d\u2019h\u00e9bergement puisqu\u2019il n\u2019est pas majeur. <em>\u00ab\u00a0Les mineurs sont r\u00e9orient\u00e9s vers le Dispositif d\u2019\u00e9valuation mineurs isol\u00e9s \u00e9trangers g\u00e9r\u00e9 par la Croix-Rouge, qui refuse cependant pr\u00e8s de 80% des demandes des personnes mineures. On en a actuellement douze \u00e0 l\u2019h\u00f4tel qui ont \u00e9t\u00e9 refus\u00e9s. Avec d\u2019autres associations comme l\u2019ADJIE, on essaye de faire des recours\u00a0\u00bb<\/em>, explique Ivan. <\/p>\n<p>Il y a une semaine, l\u2019ADJIE, collectif qui assure une permanence d\u2019Accompagnement et de d\u00e9fense des jeunes isol\u00e9s \u00e9trangers, avait <a href=\"http:\/\/infomie.net\/spip.php?article3651\">publi\u00e9 un communiqu\u00e9<\/a> d\u00e9non\u00e7ant notamment le refus de la Croix-Rouge sous l\u2019\u00e9gide du d\u00e9partement de Paris de <em>\u00ab\u00a0mettre \u00e0 l\u2019abri et de prot\u00e9ger des dizaines de mineurs non accompagn\u00e9s qui sollicitent une protection au titre de l\u2019enfance en danger\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 sa permanence pr\u00e8s de Jaur\u00e8s ce lundi soir, ils sont environ une cinquantaine \u00e0 attendre d\u2019\u00eatre pris en charge. Beaucoup dorment \u00e0 la rue, dans des squats ou chez des particuliers puisqu\u2019ils ne peuvent b\u00e9n\u00e9ficier des structures d\u2019accueil souvent bond\u00e9es r\u00e9serv\u00e9es aux majeurs. <\/p>\n<h2>Extr\u00eame opacit\u00e9<\/h2>\n<p>D\u2019autres ont eu plus de chance, comme Faza et son cousin, originaires de Guin\u00e9e, arriv\u00e9s d\u00e9but janvier, seize ans tous les deux. Refus\u00e9s \u00e0 l\u2019enregistrement de leur protection en tant que mineur par le DEMIE apr\u00e8s un premier entretien de quinze minutes sans recevoir de d\u00e9cision administrative de non-admission, ils ont d\u00fb se tourner \u00e0 nouveau vers Utopia 56, rencontr\u00e9 devant le centre humanitaire, pour trouver une place en h\u00f4tel. Ils y sont rest\u00e9s deux semaines avant d\u2019\u00eatre finalement h\u00e9berg\u00e9s par la m\u00e8re d\u2019une b\u00e9n\u00e9vole. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s trois tentatives et trois refus, bien qu&#8217;il disposait d\u2019extraits de naissance, Faza doit cette fois-ci en passer par le tribunal des enfants pour contourner l\u2019obstruction. Corentin Bailleul, qui l\u2019accompagne, explique :\u00a0<em>\u00ab\u00a0Le DEMIE est l\u2019unique point d\u2019entr\u00e9e. Mais comme Faza, ils sont nombreux \u00e0 se voir refuser l\u2019acc\u00e8s au dispositif alors m\u00eame qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l\u2019abri et que leur minorit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9e. Quand ils ont la chance d\u2019\u00eatre \u00e9valu\u00e9s, 75% d\u2019entre eux ne sont pas admis. M\u00eame en cas d\u2019avis positif du DEMIE, il y a parfois un refus d\u2019admission au niveau du d\u00e9partement de Paris. Une partie des avis positifs se transforment alors en d\u00e9cisions n\u00e9gatives\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 d\u2019o\u00f9 le chiffre surprenant de 75% de refus. Il revient ensuite \u00e0 l\u2019ADJIE de saisir le juge des enfants qui accorde en g\u00e9n\u00e9ral une protection \u00e0 50% d\u2019entre eux. <\/p>\n<p>Alors comment expliquer ce nombre de refus ? Les divers accompagnants de l\u2019ADJIE \u00e9voquent l\u2019extr\u00eame opacit\u00e9 qui r\u00e8gne autour de ces proc\u00e9dures, qu\u2019il s\u2019agisse du DEMIE ou du D\u00e9partement de Paris, une opacit\u00e9 qui inqui\u00e8te de nombreuses associations.<\/p>\n<h2>Des v\u00e9rit\u00e9s \u00e0 taire<\/h2>\n<p>Contact\u00e9 ce lundi, Renaud Mandel, salari\u00e9 \u00e0 la Croix-Rouge et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical, revient d\u2019un d\u00e9placement \u00e0 Ch\u00e2lons-en-Champagne o\u00f9 une \u00e9ducatrice salari\u00e9e par l\u2019association La Sauvegarde de la Marne s\u2019est vue mise \u00e0 pied apr\u00e8s avoir t\u00e9moign\u00e9 \u00e0 un journal au lendemain du suicide d\u2019un jeune qui s\u2019\u00e9tait jet\u00e9 du huiti\u00e8me \u00e9tage dans un h\u00f4tel social[[<em>\u00ab\u00a0Il y a actuellement 73 jeunes et 4 \u00e9ducateurs dans un h\u00f4tel social o\u00f9 les jeunes sont m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 des adultes en situations pr\u00e9caires, souvent alcoolis\u00e9s. Les conditions d\u2019hygi\u00e8nes sont terribles. Il n\u2019y a personne le week-end.\u00a0La police peut entrer dans leurs chambres. Les jeunes ont peur, notamment de se voir expulser et de recevoir une obligation de quitter le territoire fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<\/em>, t\u00e9moigne Renaud Mandel.]]. Travailleur social depuis quinze ans, ce drame le plus r\u00e9cent et le musellement des travailleurs sociaux confront\u00e9s \u00e0 des situations de plus en plus extr\u00eames est, selon lui, une situation in\u00e9dite et tr\u00e8s inqui\u00e9tante. Il fait \u00e9galement \u00e9tat de ses difficult\u00e9s avec le DEMIE parisien. Depuis mi-d\u00e9cembre, l\u2019\u00e9lu et syndicaliste devait s\u2019y rendre pour discuter avec les salari\u00e9s afin qu\u2019ils puissent s\u2019exprimer sur leurs conditions de travail. Il essuie successivement deux refus, du chef de service puis de la directrice. <\/p>\n<p>Or les cons\u00e9quences directes de cette opacit\u00e9 et de la non ou mauvaise prise en charge de ces &#8220;pr\u00e9sum\u00e9s&#8221; mineurs, officiellement en raison du manque d\u2019espace, sont souvent dramatiques. Plusieurs centaines auraient ainsi disparu depuis le d\u00e9mant\u00e8lement calaisien. De m\u00eame, la clandestinit\u00e9 parisienne \u00e0 laquelle beaucoup se voient r\u00e9duits limite consid\u00e9rablement la visibilit\u00e9 de leurs situations. Les r\u00e9seaux de passeurs <em>\u00ab\u00a0qui ont, pour certains, migr\u00e9 du Nord vers Paris\u00a0\u00bb<\/em> confie Ivan d\u2019Utopia 56, profitent parfois de ces fragilit\u00e9s[[Plusieurs membres associatifs \u00e9voquent des cas d\u2019abus notamment sexuels \u00e9manant de particuliers qui proposent un h\u00e9bergement aux mineurs en \u00e9change de services d\u2019une autre nature. D\u2019autres parlent de prox\u00e9n\u00e9tisme.]]. <\/p>\n<p>Une situation qui ne ferait que s\u2019aggraver alors que les pouvoirs publics, en p\u00e9riode \u00e9lectorale, continuent d\u2019\u00e9touffer les scandales qui se succ\u00e8dent. A en croire diff\u00e9rents collectifs et b\u00e9n\u00e9voles, ils seraient nombreux \u00e0 non seulement arriver \u00e0 Paris ou retourner \u00e0 Calais. On me parle <em>\u00ab\u00a0d\u2019une centaine par jour, majeurs et mineurs\u00a0\u00bb<\/em> confie Ivan.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10154 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/migrants-mineurs-4ca.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/migrants-mineurs-4ca-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"migrants-mineurs.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre violences, insuffisance de moyens et dispositifs inadapt\u00e9s, les autorit\u00e9s maintiennent les migrants dans une extr\u00eame pr\u00e9carit\u00e9 dont les mineurs sont les premi\u00e8res victimes. 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