{"id":1014,"date":"1998-06-01T00:00:00","date_gmt":"1998-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/demain-l-euro1014\/"},"modified":"1998-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-05-31T22:00:00","slug":"demain-l-euro1014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1014","title":{"rendered":"Demain l&#8217;euro ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> D\u00e9bat entre Pierre Lellouche et Francis Wurtz <\/p>\n<p><strong> Avec des nuances, des divergences de point de vue dont le d\u00e9bat livrera toute l&#8217;ampleur, pour Pierre Lellouche * et Francis Wurtz **, le passage \u00e0 l&#8217;euro est un \u00e9v\u00e9nement historique.&#8221; Le pire qui pourrait arriver \u00e0 la France, ce serait de rentrer dans l&#8217;euro sans y \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e au niveau de ses dispositifs sociaux &#8220;, pour le premier.&#8221; Il ne faut surtout pas penser que les jeux sont faits. Il faut montrer avec clart\u00e9 o\u00f9 est le choix entre Europe lib\u00e9rale et Europe sociale &#8220;, pour le second. Extraits. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  Du trait\u00e9 de Maastricht au passage \u00e0 l&#8217;euro. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Pierre Lellouche : <\/strong> (A propos de l&#8217;abstention du groupe RPR \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale sur le passage \u00e0 l&#8217;euro). J&#8217;\u00e9tais personnellement favorable au Non mais pour conserver la coh\u00e9rence du groupe, nous avons jug\u00e9 n\u00e9cessaire de faire \u00e9voluer cette position vers l&#8217;abstention et la motion de censure. Nous voulons signifier que le peuple fran\u00e7ais, qu&#8217;on le regrette ou pas, a ratifi\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendum le trait\u00e9 de Maastricht, il y a six ans. Il est d\u00e8s lors difficile de rouvrir le d\u00e9bat sur Maastricht, \u00e0 moins de consid\u00e9rer que le peuple fran\u00e7ais n&#8217;a pas de parole. En revanche, nous voulions dire que la monnaie unique aura de nombreuses cons\u00e9quences importantes; il se trouve qu&#8217;\u00e0 notre avis M. Jospin a failli de trois fa\u00e7ons dans la pr\u00e9paration de l&#8217;entr\u00e9e de la France dans l&#8217;euro. D&#8217;abord, n&#8217;obtenant pas pour la France un contrepoids politique au pouvoir de la future Banque centrale, qui a d\u00e9sormais des pouvoirs exorbitants. Le Parlement europ\u00e9en lui-m\u00eame, et M. Wurtz le confirmera sans doute, l&#8217;a notifi\u00e9, dans une r\u00e9solution, il y a une quinzaine de jours. Deuxi\u00e8mement, la modification des crit\u00e8res de cette banque n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 obtenue. Vous savez qu&#8217;il y a d&#8217;autres banques centrales dans le monde, m\u00eame ind\u00e9pendantes, qui ont pour objectif la lutte contre l&#8217;inflation, pour l&#8217;emploi et la croissance. Or, dans le cas de la Banque europ\u00e9enne, le seul crit\u00e8re retenu sera celui de la lutte contre l&#8217;inflation et pour la stabilit\u00e9 des prix. Enfin, et c&#8217;est aussi une pr\u00e9occupation du groupe communiste \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e, si j&#8217;ai bien compris, l&#8217;euro va poser un certain nombre de questions sur le mod\u00e8le social fran\u00e7ais, celui des monopoles publics. Nous pensons que la politique de M. Jospin est aux antipodes de ce qu&#8217;il convient de faire pour permettre \u00e0 la France d&#8217;entrer dans l&#8217;euro. Pour nous, cette entr\u00e9e passe par la baisse des d\u00e9penses et des d\u00e9ficits publics, la baisse des imp\u00f4ts. Or, l&#8217;ensemble des mesures prises par le gouvernement Jospin va \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9. Voil\u00e0 pourquoi tout en r\u00e9affirmant notre attachement \u00e0 l&#8217;euro, c&#8217;est-\u00e0-dire au r\u00e9f\u00e9rendum de 1992, l&#8217;acte de souverainet\u00e9 manifest\u00e9 par l&#8217;opinion publique, nous voulions signifier notre d\u00e9saveu de la politique de M. Jospin.<\/p>\n<p> <strong> Francis Wurtz : <\/strong> On peut reconna\u00eetre de la coh\u00e9rence dans l&#8217;attitude des d\u00e9put\u00e9s communistes. Nous \u00e9tions contre le trait\u00e9 de Maastricht. Dans la d\u00e9claration commune que nous avons sign\u00e9e avec le Parti socialiste, il y a exactement un an, le 29 avril 1997, nous avions inscrit noir sur blanc notre diff\u00e9rence d&#8217;approche avec lui sur l&#8217;euro et avions renouvel\u00e9 notre demande d&#8217;un r\u00e9f\u00e9rendum. Nous avons donc r\u00e9it\u00e9r\u00e9 notre position au moment du d\u00e9bat \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale. Il y a l\u00e0 une volont\u00e9 de transparence qui, dans la crise politique actuelle, m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre soulign\u00e9e. En revanche, ce que vient de dire M. Lellouche attire quelques br\u00e8ves remarques. Le pr\u00e9sident Chirac, dans la campagne \u00e9lectorale qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 son \u00e9lection, s&#8217;\u00e9tait formellement engag\u00e9, le 6 novembre 1994 \u00e0 &#8221; 7\/7 &#8220;, pour un r\u00e9f\u00e9rendum sur la base d&#8217;une argumentation \u00e0 laquelle je n&#8217;ai rien \u00e0 enlever, rien \u00e0 retirer. Comment lui-m\u00eame, ceux qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 lui aujourd&#8217;hui, peuvent-ils justifier le refus de ce r\u00e9f\u00e9rendum ? La seconde remarque porte sur les r\u00e9serves tr\u00e8s compr\u00e9hensibles \u00e9nonc\u00e9es par M. Lellouche, en ce qui concerne la Banque centrale europ\u00e9enne. Je partage ces critiques. Mais o\u00f9 je ne peux pas suivre M. Lellouche, c&#8217;est lorsqu&#8217;il semble d\u00e9couvrir cette double tare de la Banque centrale europ\u00e9enne alors que les statuts de la Banque centrale europ\u00e9enne sont dans Maastricht, l&#8217;article 105 pr\u00e9voit que la mission de la banque est encore plus ultra-lib\u00e9rale que celle de la r\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine, que ses statuts ne pr\u00e9voient pas un haut niveau d&#8217;emploi, comme le fait le statut de la FED, mais uniquement de garantir la stabilit\u00e9 des prix, c&#8217;est-\u00e0-dire une politique restrictive sur le plan mon\u00e9taire et budg\u00e9taire. De m\u00eame, le trait\u00e9 de Maastricht r\u00e9cuse toute possibilit\u00e9 de contrepoids politique \u00e0 la Banque centrale, lui interdit d&#8217;accepter quelque injonction que ce soit de quelque parlement, gouvernement et autre autorit\u00e9. Troisi\u00e8me remarque, puisque M. Lellouche pensait que nous pourrions peut-\u00eatre tomber d&#8217;accord sur la critique \u00e0 adresser au gouvernement de la France. Non. Parce que vous reprochez au gouvernement de ne pas assez r\u00e9duire les d\u00e9penses publiques et sociales. Si j&#8217;avais une critique amicale \u00e0 lui faire, ce serait la critique inverse: d&#8217;\u00eatre trop sensible aux injonctions pr\u00e9paratoires \u00e0 la monnaie unique.<\/p>\n<p> <strong> P. L.: <\/strong> Votre dernier point rejoint le premier, c&#8217;est celui de la coh\u00e9rence de la position communiste sur cette affaire. Je vous donne acte qu&#8217;il y a coh\u00e9rence. Vous avez men\u00e9 bataille contre le trait\u00e9 de Maastricht, je me souviens tr\u00e8s bien que le 29, peu apr\u00e8s l&#8217;annonce de la dissolution de l&#8217;Assembl\u00e9e, vous avez d\u00e9cid\u00e9 de maintenir votre position contre Maastricht et le passage \u00e0 la monnaie unique. Ce que je ne comprends pas tr\u00e8s bien, et c&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 cesse votre coh\u00e9rence, c&#8217;est que vous participez \u00e0 un gouvernement qui fait une politique europ\u00e9enne exactement inverse et dont les cons\u00e9quences \u00e9conomiques et sociales seront aux antipodes de celles que vous pr\u00e9conisez. L\u00e0 o\u00f9 je vous rejoins, c&#8217;est pour dire que ma critique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de M. Jospin est de nature lib\u00e9rale. L&#8217;Europe qui se pr\u00e9pare est une Europe lib\u00e9rale avec la fin des monopoles publics, avec la r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques, avec le contr\u00f4le des d\u00e9ficits publics non pas par les parlements nationaux, mais une r\u00e8gle des 3% qui est g\u00e9r\u00e9e par une Banque centrale compl\u00e8tement ind\u00e9pendante des pouvoirs politiques. Vous, communistes, \u00eates tout \u00e0 fait clairs sur les cons\u00e9quences et c&#8217;est d&#8217;ailleurs la raison de votre refus. L\u00e0 o\u00f9 ce n&#8217;est plus compr\u00e9hensible, c&#8217;est qu&#8217;en refusant tout cela, vous participez \u00e0 un gouvernement qui le fait, sans le dire aux Fran\u00e7ais d&#8217;ailleurs. C&#8217;est le grand \u00e9cart habituel des socialistes: on fait semblant d&#8217;\u00eatre europ\u00e9en d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 mais, d&#8217;un autre, on dit aux Fran\u00e7ais qu&#8217;on leur garantit leurs acquis sociaux, toute l&#8217;Europe va imiter notre mod\u00e8le \u00e0 la fran\u00e7aise. Je vous assure que non. Je ne connais aucun pays europ\u00e9en qui soit pr\u00eat \u00e0 adopter le mod\u00e8le social fran\u00e7ais ou les 35 heures et les monopoles publics.(&#8230;)<\/p>\n<p> <strong>  L&#8217;euro, quelle &#8220;force de frappe&#8221; ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> F. W.: <\/strong> (&#8230;) Il faut \u00eatre tr\u00e8s franc avec les Fran\u00e7ais. Nous avons la m\u00eame conviction qu&#8217;hier. L&#8217;exp\u00e9rience ne nous a pas fait changer d&#8217;avis. Nous partons de la situation r\u00e9elle o\u00f9 il y a effectivement un probl\u00e8me central dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et, en Europe, c&#8217;est l&#8217;emploi. La marche \u00e0 la monnaie unique risque d&#8217;exacerber la concurrence dans la mesure o\u00f9 il y aura un tr\u00e8s grand march\u00e9 unique, des concentrations d&#8217;entreprises, une guerre \u00e9conomique \u00e0 outrance. La comp\u00e9titivit\u00e9 risque de se r\u00e9aliser par la baisse du co\u00fbt du travail et la Banque centrale europ\u00e9enne, de par sa mission m\u00eame, pour gagner la confiance des march\u00e9s financiers, pour asseoir sa cr\u00e9dibilit\u00e9, aura tendance \u00e0 avoir une politique restrictive. L&#8217;existence de la monnaie unique va priver les \u00e9conomies de ce que M. Tietmeyer avait appel\u00e9 l&#8217;air bag pour amortir les chocs; les moyens de la solidarit\u00e9 financi\u00e8re ne sont pas visibles, puisqu&#8217;on en est \u00e0 cinq pays parmi les plus riches \u00e0 annoncer une diminution de leurs contributions aux budgets europ\u00e9ens. Il y a un probl\u00e8me, il faut le mettre sur la table. Il n&#8217;y a aucune fatalit\u00e9 \u00e0 ce que tout cela se fasse comme si tout \u00e9tait r\u00e9gl\u00e9 comme du papier \u00e0 musique. D&#8217;ailleurs, je ne suis pas le seul \u00e0 le dire: M. Boissonnat, expert hyper-favorable \u00e0 la monnaie unique, dit lui-m\u00eame que, pendant trois ans, tout peut arriver. Nous ne souhaitons pas l&#8217;\u00e9chec de l&#8217;Europe, nous ne souhaitons \u00e9videmment pas l&#8217;\u00e9chec de la politique de la gauche. Le succ\u00e8s de la gauche, le succ\u00e8s de l&#8217;Europe, implique qu&#8217;\u00e0 partir d&#8217;une vision plus claire des enjeux et des contradictions, les Fran\u00e7ais qui en sont d&#8217;accord, s&#8217;unissent, autour de leurs aspirations, pour faire r\u00e9ussir le programme de la gauche. Si ce programme se heurte \u00e0 des obstacles issus de la monnaie unique, il faudra agir pour changer, pour ce que nous appelons &#8221; r\u00e9orienter la construction europ\u00e9enne &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> P. L.: <\/strong> J&#8217;ai vot\u00e9 pour le trait\u00e9 de Maastricht en 1992 et, sur ce point, je n&#8217;ai pas vari\u00e9. Je n&#8217;ai pas vari\u00e9 non plus sur les limites de l&#8217;exercice, que j&#8217;ai rappel\u00e9es tout \u00e0 l&#8217;heure. Sur le fond, l&#8217;id\u00e9e de doter le grand march\u00e9 europ\u00e9en d&#8217;un compl\u00e9ment mon\u00e9taire est une bonne id\u00e9e pour plusieurs raisons. Une grande monnaie de r\u00e9serve emp\u00eachera les Am\u00e9ricains de jouer au yo-yo avec le dollar et, donc, de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;avantages commerciaux indus par rapport \u00e0 nous. Elle \u00e9vitera par ailleurs des d\u00e9valuations comp\u00e9titives qui sont \u00e0 chaque fois extr\u00eamement co\u00fbteuses en terme d&#8217;emplois. On se souvient de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 en 1992-1993 avec la lire italienne, la peseta espagnole et la livre britannique. La monnaie unique va faire de l&#8217;Europe un ensemble fort \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la plan\u00e8te. Si l&#8217;on consid\u00e8re les cons\u00e9quences de l&#8217;euro sur l&#8217;emploi, c&#8217;est beaucoup plus compliqu\u00e9. Par rapport au mod\u00e8le social fran\u00e7ais, il est clair que ces cons\u00e9quences vont \u00eatre n\u00e9gatives. Quand, dans un pays comme le n\u00f4tre, un emploi sur quatre est un emploi public, quand la r\u00e9ponse d&#8217;un gouvernement socialiste et communiste est de cr\u00e9er 350 000 emplois publics pour les jeunes. Quand on essaie d&#8217;expliquer aux Fran\u00e7ais que c&#8217;est en travaillant moins qu&#8217;on va gagner plus et cr\u00e9er de nouveaux emplois par les 35 heures hebdomadaires, vous \u00eates en contradiction massive avec ce que vous faites par ailleurs, c&#8217;est-\u00e0-dire signer l&#8217;euro. Je trouve que la position des socialistes, comme celle des communistes, est compl\u00e8tement intenable. Vous ne pouvez pas dire tout et son contraire. En choisissant l&#8217;euro et l&#8217;Europe, vous choisissez un mod\u00e8le lib\u00e9ral. L\u00e0 o\u00f9 M. Wurtz a raison, c&#8217;est que la mise en place de l&#8217;euro va \u00eatre la comp\u00e9tition au co\u00fbt r\u00e9el de tous les produits, de toutes les productions \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du grand march\u00e9. Certains pays vont travailler 35 heures, d&#8217;autres 44 heures, avec des filets sociaux diff\u00e9rents, plus ou moins g\u00e9n\u00e9reux. Le n\u00f4tre l&#8217;est. Avec des co\u00fbts salariaux, une fiscalit\u00e9 qui vont \u00eatre des \u00e9l\u00e9ments de comp\u00e9tition. Vous avez raison quand vous craignez qu&#8217;une monnaie unique mette la France en situation de d\u00e9savantage ou de d\u00e9semploi. Pardon de vous dire que c&#8217;est l\u00e0 le probl\u00e8me de la gauche. Il me para\u00eet impossible de mener une politique europ\u00e9enne qui sera lib\u00e9rale et une politique interne conservatrice des acquis sociaux. Les communistes sont l\u00e0 dans un grand \u00e9cart intenable&#8230;<\/p>\n<p> <strong>  L&#8217;euro et les march\u00e9s financiers <\/strong><\/p>\n<p> <strong> F. W.: <\/strong> Les choses doivent \u00e9voluer, certainement pas dans le sens que vous souhaitez. Il n&#8217;y a pas de fatalit\u00e9. Beaucoup de gens bloqu\u00e9s par un sentiment d&#8217;impuissance, au fur et \u00e0 mesure que les enjeux concrets appara\u00eetront publiquement de fa\u00e7on visible, seront aptes \u00e0 se rassembler pour cr\u00e9er des rapports de force partiels&#8230; C&#8217;est vrai sur la question du pacte de stabilit\u00e9 dont vous ne parlez pas, c&#8217;est vrai sur la Banque centrale europ\u00e9enne, les services publics, c&#8217;est \u00e9galement vrai sur la n\u00e9cessit\u00e9 de taxer les capitaux. D&#8217;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l\u00e0 pourrait \u00eatre la grande entreprise de l&#8217;euro, s&#8217;\u00e9manciper de la pression des marchands financiers. J&#8217;ai encore en t\u00eate une expression de M.de Singly au Parlement europ\u00e9en disant qu&#8217;avec la libre circulation des capitaux, les march\u00e9s financiers sont devenus les gendarmes de la politique des gouvernements. Si on ne touche pas \u00e0 cela, que vaut votre contrepoids politique \u00e0 la Banque centrale ? Il ne vaut rien. Si l&#8217;on veut r\u00e9ellement un r\u00e9el contrepoids politique, pour permettre au mod\u00e8le social europ\u00e9en de se d\u00e9velopper et non pas de dispara\u00eetre, il faut s&#8217;en prendre \u00e0 la toute-puissance des march\u00e9s financiers.<\/p>\n<p> <strong> P. L.: <\/strong> Je le redis \u00e0 ma mani\u00e8re dans mon livre r\u00e9cent (la R\u00e9publique immobile, Grasset, NDLR) apr\u00e8s Philippe S\u00e9guin: la mondialisation, les 1500 milliards de dollars qui changent de main au niveau mondial, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;\u00e9quivalent du PNB de la France sur les march\u00e9s financiers, la r\u00e9volution technologique, ne sont \u00e0 nos yeux porteurs d&#8217;aucune v\u00e9rit\u00e9 historique. Il appartient \u00e0 chaque nation de trouver en elle \u00e0 la fois la force morale et les moyens de g\u00e9rer cette nouvelle situation. N&#8217;en d\u00e9plaise \u00e0 M. Wurtz et au Parti communiste, nous vivons dans un monde globalement capitaliste. A nous de savoir comment g\u00e9rer notre pays pour donner toutes leurs chances \u00e0 nos jeunes, afin qu&#8217;il y ait une v\u00e9ritable \u00e9galit\u00e9 des chances, que les gens puissent s&#8217;employer, pour que la prosp\u00e9rit\u00e9 soit mieux r\u00e9partie, pour que les gens qui ont besoin de s\u00e9curit\u00e9 trouvent ces filets de s\u00e9curit\u00e9. Notre syst\u00e8me, celui dont nous h\u00e9ritons, celui que M. Jospin et sa majorit\u00e9 sont en train de rigidifier, est un syst\u00e8me contre-productif. Nous sommes l\u00e0 pour proposer des alternatives.<\/p>\n<p> <strong> F. W.: <\/strong> Pour la gauche, l&#8217;id\u00e9al europ\u00e9en ne peut pas se contenter de ce que vous appelez le filet de s\u00e9curit\u00e9. Qu&#8217;est-ce, \u00e0 nos yeux, la construction europ\u00e9enne ? Une Europe qui a un taux de ch\u00f4mage record, des placements de capitaux \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur record, un accroissement des in\u00e9galit\u00e9s de niveau de d\u00e9veloppement des r\u00e9gions europ\u00e9ennes, notamment de celles du Sud. Il faut donc r\u00e9orienter. Sur cette base-l\u00e0, \u00e0 partir de l&#8217;exp\u00e9rience concr\u00e8te de gens, des Europ\u00e9ens en g\u00e9n\u00e9ral, sans partir d&#8217;un a priori id\u00e9ologique, sans dire que c&#8217;est l\u00e0 &#8221; tout Maastricht &#8220;, \u00e0 partir des aspirations et exp\u00e9riences, des convergences d&#8217;action sont possibles, comme on l&#8217;a vu \u00e0 Vilvorde, \u00e0 Amsterdam&#8230; Le d\u00e9bat politique devrait permettre d&#8217;y mettre du contenu, pas seulement du contenu contre l&#8217;actuelle construction europ\u00e9enne, mais du contenu pour une r\u00e9orientation positive. C&#8217;est-\u00e0-dire donner une autre ambition \u00e0 la construction europ\u00e9enne, pour une entraide face aux enjeux de la mondialisation. Le besoin existe de nations \u00e9troitement associ\u00e9es sur le plan mon\u00e9taire, sur le plan \u00e9conomique, technologique. Mais, actuellement, l&#8217;utilisation des fonds n&#8217;est plus contr\u00f4l\u00e9e. Il existe une sorte d&#8217;abdication devant les march\u00e9s financiers. Si l&#8217;on ne touche pas \u00e0 cette r\u00e8gle d&#8217;or, je ne vois pas comment l&#8217;on pourrait contenter les populations europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p> <strong>  L&#8217;euro et le dollar <\/strong><\/p>\n<p> <strong> F. W.: <\/strong> La domination du dollar est une r\u00e9alit\u00e9. Il faut s&#8217;y attaquer. C&#8217;est une ambition \u00e0 assigner \u00e0 la construction europ\u00e9enne. L&#8217;euro aura un effet certain mais encore faut-il voir lequel. Une partie des actifs financiers sera convertie en euro.les restructurations, qui ont d\u00e9j\u00e0 eu lieu dans le domaine des banques et assurances, vont cr\u00e9er des opportunit\u00e9s de placement. D&#8217;ailleurs, la presse \u00e9conomique d&#8217;Outre-Atlantique l&#8217;a soulign\u00e9, l&#8217;\u00e9conomie am\u00e9ricaine ne d\u00e9sesp\u00e8re pas de d\u00e9tourner une partie des fusions, acquisitions, etc., est-ce pour autant la bonne r\u00e9ponse ? On ne sort pas du tout de la croissance financi\u00e8re, on s&#8217;y enfonce. Autrement dit, il faut s&#8217;attaquer r\u00e9ellement \u00e0 la domination du dollar et \u00e0 la domination am\u00e9ricaine dans le monde. Nous avons pr\u00e9conis\u00e9 la constitution d&#8217;une monnaie commune, d&#8217;un fonds commun de coop\u00e9ration, d&#8217;un \u00e9cu de coop\u00e9ration qui serve r\u00e9ellement d&#8217;instrument de cosolidarit\u00e9 pour les partenaires europ\u00e9ens et d&#8217;autres pays dans le monde qui acceptent cette r\u00e8gle du jeu. On contribuerait ainsi \u00e0 s&#8217;extraire de cette logique \u00e9conomique qui co\u00fbte chaque ann\u00e9e tant d&#8217;emplois, tant de gaspillages de capacit\u00e9s humaines. S&#8217;attaquer au probl\u00e8me dollar est n\u00e9cessaire, mais certainement pas en prolongeant la croissance financi\u00e8re comme c&#8217;est le cas avec le projet euro.<\/p>\n<p> <strong> P. L.: <\/strong> Je ne comprends toujours pas pourquoi M. Wurtz et les communistes sont dans le gouvernement ! Un d\u00e9bat existe dans les milieux am\u00e9ricains sur l&#8217;impact de l&#8217;euro sur le dollar. Tout reste confus, puisque personne ne conna\u00eet l&#8217;impact d&#8217;une seconde monnaie de r\u00e9serve qui repr\u00e9sente un march\u00e9 plus important que celui des Etats-Unis. L&#8217;Europe et l&#8217;euro constitueront le premier march\u00e9 commercial au monde avec une taille sup\u00e9rieure en terme de PIB et de part du commerce mondial \u00e0 celle des Etats-Unis et deux ou trois fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle du Japon. Cette monnaie va attirer les investisseurs, les mouvements de capitaux vers les march\u00e9s europ\u00e9ens et va mettre fin au monopole absolu dont jouissait le dollar depuis l&#8217;apr\u00e8s-guerre.(&#8230;) Dans la mesure o\u00f9 vous allez avoir un euro, beaucoup de transactions s&#8217;effectueront en euro, m\u00eame au-del\u00e0 de l&#8217;Europe. Les Am\u00e9ricains seront emp\u00each\u00e9s de faire du yo-yo avec leur propre monnaie.(&#8230;) Ce que vous appelez guerre financi\u00e8re mondiale, c&#8217;est une donn\u00e9e de cette fin de si\u00e8cle. Ni vous, ni moi, ni M. Wurtz ne pourront y changer. Quand je vois en Asie des monnaies qui s&#8217;effondrent, qui perdent 80% de leur valeur, que des entreprises sont contraintes de fermer et d&#8217;envoyer des milliers de gens au ch\u00f4mage, je vois l\u00e0 des causes d&#8217;instabilit\u00e9 politique, voire g\u00e9opolitique, avec des incidences militaires, et je pense qu&#8217;il faut que la communaut\u00e9 lib\u00e9rale ait des r\u00e8gles. Si l&#8217;on laisse les march\u00e9s financi\u00e8res faire, les cons\u00e9quences peuvent \u00eatre graves pour le monde. J&#8217;ai \u00e9crit tout cela dans mon livre et je n&#8217;ai pas l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre un anti-lib\u00e9ral.(&#8230;)<\/p>\n<p> <strong> F. W.: <\/strong> Pourquoi ne r\u00e9pondiez-vous pas lorsque je parlais de mouvement de capitaux ?<\/p>\n<p> <strong> P. L.: <\/strong> Parce que vous n&#8217;y parviendrez pas. Il faudrait que tous les grands pays se mettent d&#8217;accord. Tr\u00e8s probablement, cette affaire est suffisamment s\u00e9rieuse pour qu&#8217;elle fasse objet de discussion au prochain sommet du G7, que les grandes nations industrialis\u00e9es se mettent d&#8217;accord sur un code de bonne conduite vis-\u00e0-vis des march\u00e9s financiers. Vous le savez, l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;Internet, la criminalit\u00e9 internationale vont placer sur ce march\u00e9 une quantit\u00e9 importante d&#8217;argent, qui sera de l&#8217;argent de la drogue, recycl\u00e9, etc.(&#8230;)<\/p>\n<p> <strong> F. W.: <\/strong> Si les milieux financiers am\u00e9ricains se d\u00e9lectent \u00e0 la perspective de l&#8217;euro, c&#8217;est que cela va accro\u00eetre la croissance financi\u00e8re et que l&#8217;entr\u00e9e dans l&#8217;euro va en augmenter les possibilit\u00e9s. C&#8217;est cela ou l&#8217;emploi.n (&#8230;)<\/p>\n<p> <strong> D\u00e9bat anim\u00e9 par Amar Abdelkrim et Fran\u00e7oise Amoss\u00e9 lors de l&#8217;\u00e9mission radio &#8221; Plan\u00e8te &#8221; TSF-Regards du 27 avril sur TSF <\/strong><\/p>\n<p>1. Le dernier rapport du BIT estime \u00e0 250 millions le nombre d&#8217;enfants travailleurs dans le monde contre 50 millions en 1979.<\/p>\n<p>2. Auteur de Regards sur les enfants travailleurs, \u00e9ditions Page deux, 1997 et de l&#8217;Enfant exploit\u00e9 avec Bernard Schlemmer, \u00e9dition Kathala, 1996.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> D\u00e9bat entre Pierre Lellouche et Francis Wurtz <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1014","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1014","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1014"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1014\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1014"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1014"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1014"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}