{"id":10133,"date":"2017-01-22T23:42:29","date_gmt":"2017-01-22T22:42:29","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-hollande-les-primaires-et-la-mort-du-ps-mitterrandien\/"},"modified":"2023-06-23T23:23:55","modified_gmt":"2023-06-23T21:23:55","slug":"article-hollande-les-primaires-et-la-mort-du-ps-mitterrandien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10133","title":{"rendered":"Hollande, les primaires et la mort du PS mitterrandien"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Hamon ou Valls ? Le second tour de la primaire montre que l\u2019essentiel du d\u00e9bat ne se m\u00e8ne plus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du PS, mais en dehors de lui\u2026 entre M\u00e9lenchon et Macron. Aboutissement logique, la fin de son h\u00e9g\u00e9monie \u00e0 gauche ouvre de nouvelles perspectives.<\/p>\n<p>Les dirigeants socialistes laissaient entendre que la participation \u00e0 leur primaire pouvait \u00e0 peine d\u00e9passer le million. Ils peuvent donc exulter \u00e0 bon compte. Mais les comptes, justement, ne sont pas flambants. Au premier tour de la primaire de 2011, 2,7 millions de personnes s\u2019\u00e9taient d\u00e9plac\u00e9es. Ce 22 janvier, ils ont \u00e9t\u00e9 un million de moins. Si l\u2019on tient compte de ce que, cette ann\u00e9e, une part du camp adverse a particip\u00e9 \u00e0 chacune des primaires, \u00e0 gauche comme \u00e0 droite, on peut consid\u00e9rer que ce sont 1,3 \u00e0 1,4 million d\u2019\u00e9lecteurs de gauche qui se sont d\u00e9plac\u00e9s ce dimanche, moiti\u00e9 moins qu\u2019en 2011. On peut tourner les chiffres dans tous les sens\u00a0: la &#8220;Belle alliance populaire&#8221; n\u2019a pas suscit\u00e9 l\u2019enthousiasme.<\/p>\n<p>Ceux qui ont vot\u00e9 ont plac\u00e9 en t\u00eate Beno\u00eet Hamon et Manuel Valls. L\u2019ancien premier ministre d\u00e9passe tout juste les 30%, enregistrant \u00e0 son tour le d\u00e9saveu de l\u2019ex\u00e9cutif. Le bateleur Montebourg, contrairement aux attentes, n\u2019a pas rafl\u00e9 la mise. Le discr\u00e9dit de Valls a profit\u00e9 d\u2019abord \u00e0 Beno\u00eet Hamon, qui contribua \u00e0 sa mise en place en 2014, mais qui a pris ses distances depuis. L\u2019homme neuf, pour l\u2019occasion, ce fut lui&#8230; Officiellement, le duel de dimanche prochain oppose une fois de plus la gauche et la droite du Parti socialiste. Le probl\u00e8me est que l\u2019essentiel du d\u00e9bat ne se m\u00e8ne plus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du PS, mais en dehors de lui.<\/p>\n<h2>Un PS au bord de l&#8217;explosion<\/h2>\n<p>Quel que soit le candidat retenu \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, les \u00e9lecteurs qui consid\u00e8rent que la logique suivie depuis 2012 est la seule possible voteront plut\u00f4t pour Emmanuel Macron. Quant \u00e0 ceux qui souhaitent une rupture franchement \u00e0 gauche, ils se porteront plus volontiers sur Jean-Luc M\u00e9lenchon. Dans tous les cas, le PS est d\u00e9sormais au bord de l\u2019explosion. <\/p>\n<p>Si Valls l\u2019emporte au second tour, la gauche socialiste se trouve en position de marginalit\u00e9 confirm\u00e9e. Elle a jou\u00e9 la carte du parti contre l\u2019ex\u00e9cutif\u00a0; une d\u00e9faite montrerait l\u2019inanit\u00e9 de ce projet. Il ne lui resterait qu\u2019\u00e0 se soumettre ou \u00e0 partir. Si, en revanche, Beno\u00eet Hamon b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019impopularit\u00e9 de son rival, une grande partie des cadres socialistes, et notamment des \u00e9lus, se sentiront d\u00e9li\u00e9s de toute contrainte partisane. La perspective d\u2019un m\u00e9diocre r\u00e9sultat pr\u00e9sidentiel socialiste les poussera \u00e0 rallier l\u2019option &#8220;r\u00e9aliste&#8221; et donc \u00e0 rejoindre Macron. Dans cette hypoth\u00e8se, l\u2019h\u00e9morragie risque bien d\u2019\u00eatre plus grande encore qu\u2019en cas de victoire de Manuel Valls.<\/p>\n<p>Les primaires \u00e9taient cens\u00e9es \u00eatre l\u2019op\u00e9ration de survie du parti qui a domin\u00e9 la gauche depuis pr\u00e8s de quatre d\u00e9cennies. En pratique, elles ont sign\u00e9 son arr\u00eat de mort clinique. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en porte une lourde responsabilit\u00e9. En acceptant de se soumettre au jeu de la primaire, il a cru qu\u2019il pouvait r\u00e9ussir un de ces tours de passe-passe dont il est familier. Pr\u00e9sident sortant, la l\u00e9gitimit\u00e9 devait \u00eatre de son c\u00f4t\u00e9. C\u2019\u00e9tait sous-estimer son exceptionnelle impopularit\u00e9. Manuel Valls en a profit\u00e9 pour lui donner le coup de pied de l\u2019\u00e2ne\u00a0: il n\u2019est pas plus avanc\u00e9 pour autant.<\/p>\n<h2>Comp\u00e9titivit\u00e9, flexibilit\u00e9, ordre<\/h2>\n<p>Mais tout cela n\u2019est que p\u00e9rip\u00e9ties. En r\u00e9alit\u00e9, le temps du socialisme expansif du Congr\u00e8s d\u2019\u00c9pinay (1971) est d\u00e9finitivement clos. Fran\u00e7ois Mitterrand, en 1982, l\u2019a mis sur les rails de la mondialisation capitaliste et du &#8220;r\u00e9alisme&#8221; gestionnaire. Il a certes tent\u00e9, en 1988, de le sortir de la logique de l\u2019union de la gauche, en tentant la grande aventure du centre. La pr\u00e9sidentielle de cette ann\u00e9e-l\u00e0 confirma plut\u00f4t son intuition, mais les l\u00e9gislatives qui suivirent la contredirent sans appel\u00a0: le rassemblement au centre n\u2019a pas convaincu le peuple de gauche. <\/p>\n<p>Mitterrand reprit donc le jeu d\u2019\u00e9quilibre o\u00f9 il excellait\u00a0: discours de gauche et gestion gouvernementale recentr\u00e9e. En 1997, Lionel Jospin voulut rajeunir la m\u00e9thode\u00a0: sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la &#8220;gauche plurielle&#8221; s\u2019est alors assortie d\u2019un refus officiel du recentrage radical entrepris par le &#8220;social-lib\u00e9ralisme&#8221; de Tony Blair. Il \u00e9choua cruellement cinq ans plus tard.<\/p>\n<p>En 2012, Fran\u00e7ois Hollande ouvrit sa campagne sur une tonalit\u00e9 de gauche. Mais il int\u00e9gra Manuel Valls, le &#8220;social-lib\u00e9ral&#8221; assum\u00e9, dans son \u00e9quipe de campagne, puis lui confia le poste d\u00e9cisif de l\u2019Int\u00e9rieur. En 2014, il lui livra les cl\u00e9s de Matignon, sous l\u2019impulsion et la b\u00e9n\u00e9diction d\u2019Arnaud Montebourg et de Beno\u00eet Hamon. Du point de vue de la pratique du pouvoir, jugea-t-il, le temps n\u2019\u00e9tait plus \u00e0 la tergiversation. Le socialisme ne pouvait \u00eatre celui de la r\u00e9partition des richesses, mais celui de leur production\u00a0: il se devait donc d\u2019assumer totalement le triple imp\u00e9ratif de la comp\u00e9titivit\u00e9, de la flexibilit\u00e9 et de l\u2019ordre.<\/p>\n<h2>M\u00e9lenchon, Macron : les deux ruptures<\/h2>\n<p>En 2016, Jean-Christophe Cambad\u00e9lis lan\u00e7a la th\u00e9matique de la primaire, sous l\u2019intitul\u00e9 un tantinet ridicule de la &#8220;belle alliance populaire&#8221;. La logique en restait classique\u00a0: associer la totalit\u00e9 de la gauche, au nom du vote utile, \u00e0 la gestion gouvernementale recentr\u00e9e sous leadership socialiste. Fran\u00e7ois Hollande, apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9, s\u2019engagea dans l\u2019aventure. Son objectif tacite \u00e9tait alors de contraindre, en pratique, le Parti socialiste \u00e0 glisser doucement vers un parti d\u00e9mocrate, sur le mod\u00e8le italien.<\/p>\n<p>La tactique e\u00fbt pu r\u00e9ussir. Le PCF lui-m\u00eame h\u00e9sita un moment, tent\u00e9 par le jeu de la primaire, au nom du danger d\u2019extr\u00eame droite. Mais la logique de la primaire se heurta tr\u00e8s vite \u00e0 deux obstacles d\u2019envergure. Jean-Luc M\u00e9lenchon s\u2019en d\u00e9gagea par avance, en annon\u00e7ant sa candidature, sans passer par l\u2019adoubement d\u2019un Front de gauche d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 bien moribond. Quant \u00e0 Emmanuel Macron, il comprit tr\u00e8s vite que l\u2019option &#8220;d\u00e9mocrate&#8221; s\u2019accommodait mal des visages du pass\u00e9. S\u2019il fallait rompre avec le vieux socialisme, il fallait le faire franchement, avec un visage neuf, le sien.<\/p>\n<p>Contre l\u2019option d\u2019une \u00e9volution &#8220;douce&#8221; du Parti socialiste, M\u00e9lenchon et Macron ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019offrir l\u2019hypoth\u00e8se de la rupture, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, contradictoire l\u2019une de l\u2019autre. Leur dynamique dans les sondages a tr\u00e8s vite sugg\u00e9r\u00e9 qu\u2019ils avaient raison de le faire. Le roi socialiste est nu. Il va chercher \u00e0 limiter la casse. Mais son h\u00e9g\u00e9monie de trente-cinq ann\u00e9es est r\u00e9volue.<\/p>\n<h2>Une fen\u00eatre historique pour la gauche<\/h2>\n<p>Le socialisme mitterrandien fut la derni\u00e8re grande tentative sociale-d\u00e9mocrate fran\u00e7aise du XXe si\u00e8cle. Or nous avons chang\u00e9 de si\u00e8cle. La mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart du PCF le sugg\u00e9rait depuis longtemps. L\u2019essoufflement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 du PS le confirme. Le vieux courant populaire, d\u00e9mocratique, de souche r\u00e9volutionnaire, lui, reste vivant et les d\u00e9boires de l\u2019ex\u00e9cutif socialiste en sont une preuve vivifiante.<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 confirmer dans les urnes la fen\u00eatre historique que les \u00e9lecteurs de gauche peuvent d\u00e9cider d\u2019ouvrir. Depuis la fin des ann\u00e9es 1970, l\u2019h\u00e9g\u00e9monie socialiste \u00e0 minor\u00e9 le poids de la tradition de critique sociale la plus radicale. 2017 peut remettre les pendules \u00e0 l\u2019heure. La s\u00e9quence \u00e9lectorale de 2017 dira qui, de l\u2019option de gauche et de l\u2019option d\u00e9mocrate, emportera le plus de suffrages. Cela se mesurera \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, autour du vote M\u00e9lenchon. Et cela se d\u00e9cidera aussi aux l\u00e9gislatives qui suivent et qu\u2019il serait suicidaire de manquer.<\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e, une fois referm\u00e9e la s\u00e9quence \u00e9lectorale, se posera alors l\u2019enjeu non encore r\u00e9solu\u00a0: celui d\u2019une force politique neuve, populaire et plurielle, qui donne majorit\u00e9 au projet d\u2019\u00e9galit\u00e9, de citoyennet\u00e9 et de solidarit\u00e9, sans lequel la gauche est infirme et le peuple sans souverainet\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/regards-le-numero-d-hiver-10091\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-24395\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/une-hiver-sortie-d83.jpg\" alt=\"une-hiver-sortie.jpg\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"297\" \/><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10133 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/une-hiver-sortie-a8d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/une-hiver-sortie-a8d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"une-hiver-sortie.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/primaires-mort-ps-4-d5d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/primaires-mort-ps-4-d5d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"primaires-mort-ps-4.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hamon ou Valls ? 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