{"id":10096,"date":"2017-01-05T08:33:31","date_gmt":"2017-01-05T07:33:31","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-a-quoi-sert-la-presidentielle\/"},"modified":"2023-06-23T23:23:48","modified_gmt":"2023-06-23T21:23:48","slug":"article-a-quoi-sert-la-presidentielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10096","title":{"rendered":"\u00c0 quoi sert la pr\u00e9sidentielle\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">L&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle mobilise encore m\u00e9dias et microcosme, mais qui croit encore qu&#8217;un vrai changement puisse en r\u00e9sulter ? Ga\u00ebl Brustier et Christian Salmon analysent la faillite de cette institution de la V\u00e8me R\u00e9publique, et imaginent des alternatives. <\/p>\n<p><em>Entretien paru dans le num\u00e9ro d&#8217;automne 2016 de<\/em> Regards. <em>Photos Laurent Hazgui<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>Docteur en science politique, collaborateur du CEVIPOL et membre de l&#8217;Observatoire des radicalit\u00e9s de la Fondation Jean Jaur\u00e8s, <strong>Ga\u00ebl Brustier<\/strong> a r\u00e9cemment publi\u00e9 <em>\u00c0 demain Gramsci<\/em> et <em>#Nuit debout. Que penser ?<\/em> (Cerf).<\/p>\n<p>\u00c9crivain et chercheur au CNRS, <strong>Christian Salmon<\/strong> a fond\u00e9 et anim\u00e9 le Parlement international des \u00e9crivains de 1993 \u00e0 2003. Il est notamment l\u2019auteur de <em>Storytelling. La machine \u00e0 fabriquer des histoires et \u00e0 formater les esprits<\/em> (La D\u00e9couverte).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-24365\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-salmon-ca0.jpg\" alt=\"presidentielle-salmon.jpg\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"309\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-salmon-ca0.jpg 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-salmon-ca0-300x202.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><\/p>\n<p><strong> <em>Regards<\/em>. Par ces temps de crise et de discr\u00e9dit profond de l\u2019espace politique institutionnel, \u00e0 quoi peut servir l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Christian Salmon.<\/strong> C\u2019est une bonne question\u2026 qui a valeur de diagnostic. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019elle se pose avec tant de force. M\u00eame quand on d\u00e9fendait une VIe R\u00e9publique, on continuait \u00e0 miser sur ce rendez-vous \u00e9lectoral. Aujourd\u2019hui, on se demande \u00e0 quoi il sert. La crise de r\u00e9gime de la politique a mis \u00e0 mal une id\u00e9e ch\u00e8re \u00e0 notre histoire de France r\u00e9cente : l\u2019alternance. Globalement, les Fran\u00e7ais ne voient vraiment plus \u00e0 quoi servirait une alternance. La cr\u00e9dibilit\u00e9 de la parole politique et des dispositifs concrets pour agir sont en panne. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on a des d\u00e9cisions sans visage, celles de Bruxelles, du FMI, des march\u00e9s\u00a0; de l\u2019autre, des visages impuissants, ceux de nos hommes politiques dont on observe la gesticulation vaine et les postures guerri\u00e8res. C\u2019est le \u00ab paradoxe du volontarisme impuissant \u00bb qui est la forme que prend la volont\u00e9 politique lorsque le pouvoir est priv\u00e9 de ses moyens d\u2019agir. R\u00e9sultat de cette dislocation : l\u2019action est per\u00e7ue comme ill\u00e9gitime et la parole politique a perdu toute cr\u00e9dibilit\u00e9. <\/p>\n<p><quote>\u00ab\u00a0Nous allons avoir une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle qui sera sans doute la derni\u00e8re du genre. Et qui ne va rien changer. La parole de la classe politique est vide et personne ne croit qu\u2019un pr\u00e9sident peut changer les choses.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl Brustier<\/strong><\/quote><\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl Brustier.<\/strong> En fait, on peut penser que cette pr\u00e9sidentielle est une \u00e9lection pour rien. La crise id\u00e9ologique se poursuit \u00e0 vitesse grand V. Ce syst\u00e8me institutionnel est une esp\u00e8ce de Potemkine qui ne permet pas de voir ce qui se joue derri\u00e8re, la mutation de la soci\u00e9t\u00e9. Avec le jeu institutionnel de la V\u00e8me R\u00e9publique, remani\u00e9e vingt-quatre fois, et les r\u00e8gles m\u00e9diatiques qui vont d\u00e9sormais avec, nous allons avoir une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle qui sera sans doute la derni\u00e8re du genre. Et qui ne va rien changer. En effet, la parole de la classe politique est vide et personne ne croit qu\u2019un pr\u00e9sident peut changer les choses. Je suis plus int\u00e9ress\u00e9 par ce qui se produira dans les organisations politiques et dans la soci\u00e9t\u00e9 civile au lendemain du 6 mai, apr\u00e8s le deuxi\u00e8me tour, que par la campagne pr\u00e9sidentielle elle-m\u00eame. L\u2019\u00e9t\u00e9 2017 sera plus important que l\u2019hiver et le printemps de la m\u00eame ann\u00e9e. <\/p>\n<p>M\u00eame quand la V\u00e8me R\u00e9publique fonctionnait bien, le congr\u00e8s d\u2019\u00c9pinay en juin 1971 a eu un impact plus grand que l\u2019\u00e9lection en juin 69 de Georges Pompidou. \u00c0 des militants de gauche sinc\u00e8res et d\u00e9sireux d\u2019agir, j\u2019ai envie de dire\u00a0: prenez votre mal en patience, attendez\u00a0: ce qui se passera apr\u00e8s aura plus d\u2019importance. Deux mythes se sont effondr\u00e9s\u00a0sans que les grands leaders politiques n\u2019en aient r\u00e9ellement pris la mesure\u00a0: la moyennisation de la soci\u00e9t\u00e9, celle des ann\u00e9es 1960, issue des Trente glorieuses, et l\u2019id\u00e9al d\u2019une Europe d\u00e9mocratique. La d\u00e9faite id\u00e9ologique est au c\u0153ur de ce tableau sombre qui nous attend pour cette pr\u00e9sidentielle. <\/p>\n<p><strong>La question \u00e9tait moins faut-il faire l\u2019impasse sur 2017 que de savoir qu\u2019en faire\u2026 Autrement dit, la pr\u00e9sidentielle peut-elle \u00eatre utilis\u00e9e pour d\u00e9jouer le pi\u00e8ge de la pr\u00e9sidentielle\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Christian Salmon.<\/strong> Ce qu\u2019on entend toujours dans la critique de la pr\u00e9sidentielle, c\u2019est le pouvoir exorbitant confi\u00e9 \u00e0 un seul homme omniscient. Mais cette critique, du point de vue de la science politique, est un peu courte. La V\u00e8me R\u00e9publique est un mod\u00e8le de d\u00e9mocratie pr\u00e9sidentialiste qui correspond \u00e0 un personnage hors norme, De Gaulle \u2013 elle \u00e9tait taill\u00e9e pour lui \u2013, mais elle \u00e9tait associ\u00e9e au vieux mod\u00e8le de souverainet\u00e9 nationale \u2013 contr\u00f4le des fronti\u00e8res, de la monnaie, etc. La crise politique est une crise de la souverainet\u00e9. Face \u00e0 cette crise, deux r\u00e9ponses structurent le d\u00e9bat politique. <\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9 les souverainistes, nostalgiques de l\u2019\u00c9tat-nation qui exigent une reterritorialisation de la puissance, la sortie de l\u2019euro, la r\u00e9surrection des fronti\u00e8res&#8230; Bref, le retour \u00e0 la maison. D\u2019un autre, les mondialistes, les nomades, qui abandonnent tous les attributs de la Nation et jusqu\u2019au syst\u00e8me d\u00e9mocratique, et confient la politique aux experts, aux march\u00e9s financiers, aux capitaux. Ici les \u00ab Zemmouriens \u00bb, favorables \u00e0 un retour \u00e0 la maison avec armes et bagages, fronti\u00e8res et ancien franc, et de l\u2019autre les \u00ab Attaliens \u00bb, qui plaident pour un \u00ab \u00e9largissement \u00bb des nations, de l\u2019Europe, du monde m\u00eame. Les uns sont tourn\u00e9s vers un pass\u00e9 illusoire, les autres louchent vers un avenir sans visage. Dualisme fun\u00e8bre dans lequel se consume l\u2019\u00e9chec du politique. Que fait-on de la politique dans le contexte de la mondialisation ? Voil\u00e0 la vraie question. Car il n\u2019y aura pas de retour au pass\u00e9. <\/p>\n<p><quote>\u00ab\u00a0Nous avons vu avec Nuit debout combien la question d\u00e9mocratique \u00e9tait premi\u00e8re parmi les pr\u00e9occupations, passant notamment devant la critique du n\u00e9olib\u00e9ralisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl Brustier<\/strong><\/quote><\/p>\n<p><strong>Mais o\u00f9 appara\u00eet un avenir politique, aujourd&#8217;hui ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Christian Salmon.<\/strong> De nouvelles figures de souverainet\u00e9 populaire \u00e9mergent un peu partout. Nuit debout en fait partie. \u00c0 Barcelone, c\u2019est \u00e0 partir d\u2019un mouvement de r\u00e9sistance aux expropriations que s\u2019est cr\u00e9\u00e9e une nouvelle forme de souverainet\u00e9 : ils ont pris la mairie. La maire Ada Colau a par exemple relanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e des villes-refuges que l\u2019on avait avanc\u00e9e avec le Parlement des \u00e9crivains. Elle a contribu\u00e9 \u00e0 faire basculer le d\u00e9bat sur la question des r\u00e9fugi\u00e9s. Nous devons nous demander ce que l\u2019on fait avec la politique, et non pas avec l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. La souverainet\u00e9 populaire n\u2019a jamais signifi\u00e9 autre chose qu\u2019une capacit\u00e9 d\u2019agir branch\u00e9e sur une collectivit\u00e9 de citoyens. Si la nation est d\u00e9bord\u00e9e de toutes parts, quelles sont les nouvelles formes possibles de branchement de la d\u00e9mocratie citoyenne sur la puissance d\u2019agir\u00a0? C\u2019est de cette question dont nous devons nous pr\u00e9occuper.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-24366\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-brustier-068.jpg\" alt=\"presidentielle-brustier.jpg\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"309\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-brustier-068.jpg 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-brustier-068-300x202.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl Brustier.<\/strong> Je suis d\u2019accord. 1958, contrairement \u00e0 la mythologie gaulliste, a marqu\u00e9 la victoire des luttes modernisatrices qui voulaient passer d\u2019une France paysanne \u00e0 une France industrialis\u00e9e, encore autoritaire mais modernis\u00e9e. Le projet de constitution de 1958, on le retrouve depuis les cabinets Tardieu, ce sont d\u2019anciens projets modernisateurs qui ont eu leur r\u00e9alit\u00e9 et leur incarnation \u00e0 travers des \u00e9lites administratives, politiques, techniciennes, qui se trouvaient aussi bien \u00e0 Londres qu\u2019\u00e0 Vichy \u2013 ils pensaient pareillement sur le plan institutionnel, mais avaient fait des paris politiques diff\u00e9rents. <\/p>\n<p>Notre monde post-industriel est encore bien diff\u00e9rent. Il est fait de flux, avec des \u00c9tats d\u00e9sarticul\u00e9s, confront\u00e9s \u00e0 d\u2019autres puissances telles que les g\u00e9ants du num\u00e9rique (Google, Amazon\u2026), les grandes m\u00e9tropoles, etc. Une \u00e9volution consid\u00e9rable heurte le fonctionnement de nos \u00c9tats-nations\u00a0: l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne implique la constitution de deux souverainet\u00e9s concurrentes. L\u2019une, europ\u00e9enne, est \u00e9litaire et consensuelle\u00a0; l\u2019autre, celle des \u00c9tats-nations, est traditionnellement conflictuelle \u2013 pacifi\u00e9e mais conflictuelle \u2013 et populaire. Dans ce syst\u00e8me, le bug est quotidien. <\/p>\n<p><strong>Et ce syst\u00e8me est incapable de r\u00e9pondre aux aspirations en faveur d&#8217;une r\u00e9novation d\u00e9mocratique\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl Brustier.<\/strong> S\u2019ajoute en effet cette autre difficult\u00e9 : l\u2019\u00e9mergence d\u2019une demande d\u2019horizontalit\u00e9, la volont\u00e9 grandissante de ramener la source de la d\u00e9cision au plus pr\u00e8s du citoyen, du local. L\u2019esprit Parti pirate ou Nuit debout traduit un d\u00e9sir de participation, d\u2019investissement sans filtre, de libert\u00e9 num\u00e9rique. Cette exigence se double paradoxalement d\u2019une demande d\u2019incarnation tr\u00e8s grande. \u00c0 un moment donn\u00e9, le besoin d\u2019une identification s\u2019exprime, le leader devient un vecteur. Nous avons vu avec Nuit debout combien la question d\u00e9mocratique \u00e9tait premi\u00e8re parmi les pr\u00e9occupations, passant notamment devant la critique du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Les articulations entre micro-local et super-global sont \u00e0 repenser.<\/p>\n<p><quote>\u00ab\u00a0Le cr\u00e9dit des leaders politiques se joue aujourd\u2019hui dans leur m\u00e9diatisation, et non dans leur programme ou leur capacit\u00e9 \u00e0 agir. On est pass\u00e9 de l\u2019incarnation de la fonction \u00e0 l\u2019exhibition de la personne&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Christian Salmon<\/strong><\/quote><\/p>\n<p><strong>Christian Salmon.<\/strong> La politique se r\u00e9invente aujourd\u2019hui \u00e0 partir de micro-objectifs sur de vastes \u00e9chelles. Les mouvements de r\u00e9sistance s\u2019articulent sur des enjeux concrets de d\u00e9cision collective. Par exemple, les Irlandais se sont battus contre la privatisation de l\u2019eau. \u00c0 Barcelone, un mouvement s\u2019en est pris aux banques qui s\u2019approprient des logements. Par des enjeux locaux et concrets, comment r\u00e9inventer une Europe-sujet et non pas l\u2019Europe assujettie par les march\u00e9s\u00a0? <\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl\u00a0Brustier.<\/strong> Avec l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, on essaie d\u2019\u00e9lire un faiseur de pluie\u00a0! On demande \u00e0 un pr\u00e9sident de r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes, de tout savoir sur tout. Il doit \u00eatre omniscient, hyper-mn\u00e9sique, gu\u00e9risseur\u2026 Alors que le probl\u00e8me est ailleurs\u00a0: c\u2019est la r\u00e9appropriation populaire des d\u00e9cisions qui est en jeu, c\u2019est le r\u00e9armement du politique, du local au global, qui doit \u00eatre engag\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Christian Salmon.<\/strong> Ce n\u2019est pas un probl\u00e8me de personnalit\u00e9. De Gaulle disposait des attributs de la puissance, avec le franc fort et la bombe atomique. Aujourd\u2019hui, le probl\u00e8me n\u2019est donc pas la personnalit\u00e9 de tel ou tel candidat, mais la puissance d\u2019agir. Or c\u2019est \u00e0 Bruxelles et Wall Street qu\u2019elle se trouve. Le cr\u00e9dit des leaders politiques se joue aujourd\u2019hui dans leur m\u00e9diatisation, et non dans leur programme ou leur capacit\u00e9 \u00e0 agir. Ils vendent leur personnalit\u00e9, leur image, parfois une simple coiffure, une posture\u2026 On est pass\u00e9 de l\u2019incarnation de la fonction \u00e0 l\u2019exhibition de la personne&#8230;  <\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl Brustier.<\/strong> Beaucoup de leaders politiques pensent qu\u2019il ne s\u2019agit pas de changer la soci\u00e9t\u00e9&#8230; Dans la s\u00e9rie <em>House of Cards<\/em>, on voit bien que l\u2019enjeu, c\u2019est\u00a0: comment avoir la peau des autres pour prendre le pouvoir\u00a0? On est pass\u00e9 de \u00ab\u00a0Je veux devenir Jaur\u00e8s ou Cl\u00e9menceau\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0Je r\u00eave d\u2019\u00eatre Franck Underwood \u00bb, le h\u00e9ros de cette fiction. Ils r\u00eavent d\u2019\u00eatre dans une s\u00e9rie am\u00e9ricaine. Or la politique ne peut pas en rester l\u00e0. Pour preuve, la mise en cause actuelle du pouvoir politique par des mouvements comme la Manif pour tous ou Nuit debout. Ce sont deux mouvements politiques oppos\u00e9s, mais s\u2019y trouve exprim\u00e9e par deux jeunesses une m\u00eame mise en cause de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, du pouvoir politique. Ces mouvements pr\u00e9cipitent le r\u00e9gime politique de la V\u00e8me R\u00e9publique vers sa chute. Et pendant ce temps, alors que la Constitution est con\u00e7ue pour avoir Louis XIV, on a Fran\u00e7ois Hollande qui ressemble \u00e0 Puyi, dans <em>Le Dernier empereur<\/em>, enferm\u00e9 dans son monde, ne voyant plus la soci\u00e9t\u00e9, vivant en dehors d\u2019elle.<\/p>\n<p><quote>\u00ab\u00a0D\u2019un c\u00f4t\u00e9, une classe politique \u00e0 bout de souffle, absent\u00e9iste, d\u00e9vitalis\u00e9e, soucieuse uniquement de sa survie ; de l\u2019autre, des citoyens qui provoquent un vaste mouvement de &#8220;destitution&#8221; de la politique institutionnelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Christian\u00a0Salmon<\/strong><\/quote><\/p>\n<p><strong>Christian\u00a0Salmon.<\/strong> Quand le dispositif de repr\u00e9sentation est coup\u00e9 de la puissance d\u2019agir, la vie politique est coup\u00e9e du r\u00e9el, de ce qui faisait l\u2019art de la politique telle qu\u2019on la trouvait chez Machiavel. Aujourd\u2019hui, la politique, c\u2019est du spectacle, des sc\u00e8nes de films. \u00c0 Nice, la puissance publique n\u2019a pas su arr\u00eater un camion qui n\u2019avait jamais circul\u00e9 sur la promenade des Anglais\u2026 Le cr\u00e9dit politique est entam\u00e9. Pendant ce temps, l\u2019\u00c9tat r\u00e9prime les manifestants, chasse les musulmans, vote la casse du Code du travail\u2026 Ce n\u2019est pas seulement qu\u2019ils sont coup\u00e9s de tout, ils sont des exhibitionnistes permanents d\u2019un pouvoir vide, sans moyens d\u2019agir.<\/p>\n<p><strong>Vous n\u2019\u00eates pas tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9s par 2017, mais vous n\u2019\u00eates pas non plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s\u2026?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Christian\u00a0Salmon.<\/strong> Le discr\u00e9dit est une chose instable et invisible \u00e0 l\u2019\u0153il nu mais, depuis 2008, il se r\u00e9pand comme un gaz : non pas seulement celui de ce gouvernement autoritaire et impuissant \u2013 qui parfois ne r\u00e9ussit m\u00eame plus \u00e0 faire voter ses lois et ses r\u00e9formes constitutionnelles \u2013, mais de tout le syst\u00e8me politico-m\u00e9diatique qui en est r\u00e9duit \u00e0 tirer des traites sur la prochaine \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, seul moyen de retrouver quelque cr\u00e9dit aupr\u00e8s des citoyens. Mais le discr\u00e9dit est si fort que le temps court du quinquennat ne suffit m\u00eame plus \u00e0 \u00e9viter le krach. Il leur faut une rallonge, des emprunts-relais, des primaires entre deux \u00e9lections pour \u00e9viter le \u00ab d\u00e9faut \u00bb. <\/p>\n<p>On a donc un double processus : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une classe politique \u00e0 bout de souffle, absent\u00e9iste, d\u00e9vitalis\u00e9e, soucieuse uniquement de sa r\u00e9\u00e9lection, c\u2019est-\u00e0-dire de sa survie ; de l\u2019autre, des citoyens qui par leurs initiatives, leur luttes et leurs col\u00e8res assembl\u00e9es provoquent un vaste mouvement de \u00ab destitution \u00bb de la politique institutionnelle. C\u2019est une course-poursuite entre la politique institutionnelle, qui sert de masque aux vrais pouvoirs qui dominent le monde, et les citoyens qui s\u2019en d\u00e9tournent en se r\u00e9appropriant les termes, les lieux, les formes du d\u00e9bat public. C\u2019est ce qui tient la d\u00e9mocratie non seulement \u00ab debout \u00bb, mais en vie. Le point le plus intense des vies individuelles, disait Michel Foucault, se situe l\u00e0 o\u00f9 elles se heurtent au pouvoir, se d\u00e9battent avec lui, tentent d\u2019utiliser ses forces pour \u00e9chapper \u00e0 ses pi\u00e8ges. Il n&#8217;y a pas d&#8217;autre raison d\u2019esp\u00e9rer. <\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl Brustier.<\/strong> La p\u00e9riode de crise que nous connaissons est un moment, nous le savons, de d\u00e9composition des familles id\u00e9ologiques qui ont exist\u00e9 jusqu\u2019ici. Le brouillage des rep\u00e8res s\u2019accentue. En outre, l\u2019inadaptation de nos institutions saute aux yeux. La question centrale est la conqu\u00eate d\u2019une v\u00e9ritable souverainet\u00e9 populaire. Pour s\u2019y employer, il faut \u00e9videmment b\u00e2tir \u00e0 la fois un discours, mais aussi des outils (appareils, m\u00e9dias, r\u00e9seaux de solidarit\u00e9) permettant \u00e0 la fois de cr\u00e9er une unit\u00e9 et de porter espoirs et projets dans les institutions. Inigo Errejon ou Chantal Mouffe parlent de la <em>\u00ab\u00a0construction d\u2019un peuple\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>L\u2019apport de Nuit debout, par son foisonnement d\u2019id\u00e9es et de projets concrets, nous projette d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019apr\u00e8s 6 mai 2017. La part de pessimisme actuelle tient au fait que cette \u00e9lection pr\u00e9sidentielle est d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9e. Cependant, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise rec\u00e8le des tr\u00e9sors d\u2019inventivit\u00e9, une aspiration r\u00e9elle \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation. La \u00ab droitisation \u00bb n\u2019est pas in\u00e9luctable, elle n\u2019est que le produit d\u2019une articulation discursive certes puissante, mais qui peut, demain, \u00eatre d\u00e9faite. Articuler col\u00e8res et espoirs dans un discours positif, optimiste, \u00e9mancipateur, \u00e9galitaire, c\u2019est possible. Optimisme de la volont\u00e9, donc\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\nPropos recueillis par <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/clementine-autain\"><strong>Cl\u00e9mentine Autain<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10096 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-aquoisert-ffd.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-aquoisert-ffd-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"presidentielle-aquoisert.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-brustier-b47.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-brustier-b47-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"presidentielle-brustier.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-salmon-e97.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/presidentielle-salmon-e97-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"presidentielle-salmon.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle mobilise encore m\u00e9dias et microcosme, mais qui croit encore qu&#8217;un vrai changement puisse en r\u00e9sulter ? 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